Journal des Alternatives

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Raoul Léger

La vérité morcelée

Catherine VAILLANCOURT-LAFLAMME, 1er juin 2002

La CinéRobothèque de l’Office national du film s’enrichit d’une nouvelle production que ceux et celles préoccupés par la situation au Guatemala ne devront pas manquer. Raoul Léger : la vérité morcelée est un documentaire intelligent et touchant de Renée Blanchar, une jeune réalisatrice à l’avenir certainement très prometteur.

Trente-cinq années de guerre civile au Guatemala (1961-1996) se sont traduites par 669 massacres « recensés », près de 800 cimetières clandestins et environ un million de personnes déplacées. Cette terreur est l’œuvre de l’État guatémaltèque, exécutée par l’armée nationale avec le soutien complice du gouvernement américain. En 1999, le président Clinton a officiellement reconnu l’appui de la CIA, du Pentagone et du Département d’État au régime militaire guatémaltèque.

En 1952, des réformes agraires élaborées, dans ce pays où 3 % de la population possède plus de 65 % du territoire, inquiètent l’élite en place, dont de grandes compagnies fruitières américaines, qui s’empressent de donner son appui à un gouvernement militaire qui usurpera le pouvoir. Depuis la signature des Accords de paix, en 1996, plusieurs tentatives ont été entreprises pour lutter contre l’impunité entourant de telles atrocités. La lourdeur des processus judiciaires asphyxie malheureusement les ardeurs de la population qui tente de faire valoir ses droits.

En 1981, est exhumé d’une fosse commune le corps de Raoul Léger, missionnaire laïque originaire du Nouveau-Brunswick. Selon le gouvernement militaire guatémaltèque, pris dans une embuscade, Raoul et ses camarades de la guérilla auraient choisi de se suicider plutôt que de se rendre. Mais des rumeurs courent...enlèvement, torture, assassinat... Vingt ans plus tard, le mystère demeure entier et les deux sœurs de Raoul, Andréa et Cléola, ont l’intention, en se rendant sur les lieux, de comprendre les circonstances entourant la mort de leur frère....

Ce film parle de la mort d’un homme de convictions et d’un pays qu’il a aimé. Il dénonce les agissements de certains gouvernement, d’ici et de là-bas, et surtout, il évoque l’injustice, la violence, la torture et l’impunité. Il souhaite que l’histoire du Guatemala soit entendue.