La politique du chaos

vendredi 2 mars 2007, par Michel WARSCHAWSKI

Avec pour objectif d’imposer le pouvoir de leur Empire et les règles du capitalisme sauvage au niveau planétaire, les États-Unis ont lancé depuis près de deux décennies une guerre globale contre les peuples. De l’Afghanistan à la Somalie, les interventions militaires se sont multipliées au cours des années, qu’elles prennent la forme de frappes aériennes ou d’une véritable invasion par les forces armées des États-Unis, par des coalitions militaires internationales (Afghanistan) ou encore par le biais de forces militaires alliées (Israël, Éthiopie).

Avec pour objectif d’imposer le pouvoir de leur Empire et les règles du capitalisme sauvage au niveau planétaire, les États-Unis ont lancé depuis près de deux décennies une guerre globale contre les peuples. De l’Afghanistan à la Somalie, les interventions militaires se sont multipliées au cours des années, qu’elles prennent la forme de frappes aériennes ou d’une véritable invasion par les forces armées des États-Unis, par des coalitions militaires internationales (Afghanistan) ou encore par le biais de forces militaires alliées (Israël, Éthiopie).

Parce que l’objectif consiste à soumettre les peuples, il s’agit de véritables guerres de destruction, souvent même de démantèlement des États existants. L’Irak constitue à cet égard un exemple tragique, mais la Palestine n’est pas en reste, si on examine la folie destructrice des divers gouvernements israéliens entre 2000 et 2004. Les destructions et les massacres ne sont pas, dans la guerre globale, des dommages collatéraux, mais l’essence même de celle-ci.

Pourtant, malgré des centaines de milliers de morts et des dommages matériels colossaux, la guerre globale est loin d’avoir atteint ses objectifs, comme le confirme le rapport Baker-Hamilton. Souvent, elle a même constitué un facteur d’affaiblissement pour l’impérialisme américain et sa force de dissuasion. L’armée US est embourbée en Irak, l’Afghanistan n’est pas pacifié, la Palestine et le Liban résistent en infligeant à l’armée israélienne des défaites mémorables. Même l’Amérique latine, l’arrière-cour de l’Empire, se permet le luxe de mettre en place des gouvernements progressistes.

Baker et Hamilton l’écrivent clairement : les dix dernières années ont montré les limites de la politique d’intervention armée nord-américaine. Mais cela ne signifie pas que Washington ait l’intention de mettre fin à sa stratégie de guerre sans fin, et d’en revenir à une politique de repli sur soi, comme elle a su le faire après la Première Guerre mondiale. George W. Bush et le dernier carré de néo-cons fanatiques qui l’entoure ont tout simplement choisi d’ignorer le rapport Baker Hamilton.

Quelques jours après sa publication, le président américain a même décidé d’augmenter la mise et d’expédier plus de 20,000 soldats supplémentaires en Irak. Sachant que leur stratégie de guerre sans fin est désormais remise en question par une proportion importante de leur opinion publique et de leur propre classe, ils ont décidé d’intensifier leur guerre. Ils espèrent sans doute qu’elle provoque des réactions si vives qu’elles obligeraient les États-Unis à poursuivre l’agression militaire planétaire.
Ils sont dangereux, comme une bête blessée qui n’a plus rien à perdre.

Quoi qu’il en soit, l’après-Bush ne signifiera pas un retour à la paix. Dans l’esprit du rapport Baker-Hamilton, il s’agira plutôt du choix d’une méthode différente. Celle-ci est déjà mise en œuvre dans plusieurs pays. Elle consiste d’abord et avant tout à détruire les sociétés de l’intérieur, en fomentant ou en attisant les guerres civiles. On pense aux conflits interethniques dans la région des Grands Lacs, en Afrique, à la guerre civile au Liban qui constitue un objectif prioritaire pour l’axe Washington-Tel Aviv, au conflit armé entre le Fatah et le Hamas dans les territoires palestiniens occupés, téléguidé par Washington et mené par l’agent principal des États-Unis au sein du Fatah - Muhammad Dahlan. Et même si le conflit sunnite-chiite en Irak ne constitue pas l’objectif de l’administration Bush, elle a tout fait pour le rendre inévitable.

Détruire de l’intérieur les peuples que les bombes n’ont pas réussi à assujettir permet aussi a l’impérialisme de faire l’économie d’un envoi massif de troupes américaines dans les pays concernés.

Aujourd’hui, si la situation politique dans les territoires palestiniens occupés apparaît dramatique, si l’atomisation de la population s’ajoute à une catastrophe économique planifiée, la responsabilité des dirigeants du Hamas et d’une partie du Fatah aura jusqu’à présent permis d’éviter le pire. C’est sur le Liban que Washington et Tel Aviv concentrent leurs efforts. Une série d’incidents non fortuits, ces dernières semaines, entre chiites et sunnites et entre chrétiens et chiites, montrent clairement à quoi aspirent les apprentis sorciers de la Maison-Blanche. Là aussi, il est important de souligner le sens des responsabilités de la direction du Hezbollah, qui fait tout son possible pour empêcher que les réactions aux provocations systématiques de Fouad Seniora, l’homme de Washington à Beyrouth, ne dégénèrent en guerre civile.

En cherchant à créer des fronts unis avec le Fatah dans les territoires occupés, et avec le parti chrétien du général Aoun au Liban, les principaux courants islamistes du Proche-Orient donnent aujourd’hui la seule réponse possible aux intégristes de Washington et à leur stratégie du choc des civilisations.

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