Journal des Alternatives

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En marge du 3ième Sommet des citoyens de Montréal

La gauche en Amérique du Sud et le terrain municipal

17 au 19 septembre, Cegep du Vieux-Montréal

Marta Harnecker, 2 septembre 2004

La gauche latino-américaine développe depuis quelque temps d’intéressantes expériences municipales, qui nous offrent de riches leçons.

La gauche latino-américaine développe depuis quelque temps d’intéressantes expériences municipales, qui nous offrent de riches leçons, non seulement pour aller plus loin dans ce terrain comme pour bâtir un projet de société alternative au capitalisme, un projet socialiste essentiellement démocratique où le peuple joue réellement un rôle protagoniste, comme avec le Frente Amplio en Uruguay, le Partido dos Trabalhadores au Brésil et d’autres ailleurs sur le continent.

De nouvelles priorités

Les gouvernements de gauche tentent de mettre en pratique des formes de pouvoir s’opposant aux abus de pouvoir, au favoritisme, mais surtout qui délègue le pouvoir à la population. D’où une inversion de priorités en faveur des secteurs les plus démunis, sans pourtant abandonner ceux qui ont toujours mérité l’attention du pouvoir. D’autre part les municipalités de gauche tentent non pas de réduire le rôle de l’Etat, mais de le « déprivatiser », d’empêcher que l’appareil d’état soit utilisé en fonction des intérêts des secteurs privilégiés.

Changer de chauffeur, mais aussi de véhicule
Un des grands défis de ces gouvernements locaux de gauche est d’essayer de dominer l’appareil bureaucratique dont ils héritent. Aux obstacles légaux, économiques, à l’hostilité des gouvernements centraux, s’ajoutent le clientélisme, le manque d’intérêt des fonctionnaires publics. Il ne suffit pas changer de chauffeur pour que la même voiture passe par les chemins rocailleux de la participation populaire, il faut changer aussi de voiture. Dans certaines mairies de gauche, il a été possible de moderniser sans créer de chômage en procédant au recyclage des travailleurs. Ailleurs, on a constitué des commissions administration - fonctionnaires - mouvements populaires pour discuter la politique salariale des fonctionnaires. La gauche comprend le besoin des fonctionnaires d’avoir de meilleurs salaires, mais cette compréhension ne signifie pas qu’il faille renoncer aux priorités sociales. Ce n’est pas l’autoritarisme qui peut surmonter l’absence de discipline des fonctionnaires. En se préoccupant des conditions de travail et de vie des fonctionnaires, en leur permettant de récupérer leur dignité, l’image que le fonctionnaire a de lui-même se trouve modifiée, ce qui augmente a son tour son auto-estime et produit un effet positif sur son rendement.

Parti et gouvernement

Quand la gauche gagne un gouvernement local, on apprend vite qu’être dans l’opposition, c’est une chose et qu’être au gouvernement, c’en est une autre. Quelquefois, les rapports entre ces gouvernements municipaux de gauche et les partis dont ils sont issus sont difficiles. Mais les gouvernements de gauche ont besoin d’un parti actif, en fait d’une équipe politique qui réfléchisse au-delà du quotidien, qui pense aux grandes lignes de travail et qui puisse faire, de temps en temps, une évaluation critique de la marche du gouvernement de façon à corriger au moment opportun la direction prise. Bien que le gouvernement doive conserver son autonomie face au parti, celle-ci ne peut être absolue.

Marta Harnecker, originaire du Chili, est auteure et vit présentement à Caracas.