Journal des Alternatives

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Entrevue avec l’animateur Pierre Therrien

La Course destination un monde différent

Daphnée DION-VIENS, 4 octobre 2002

Longtemps animateur de la défunte émission La Course destination monde, qui a permis aux Québécois et Québécoises de vibrer au rythme de la planète, le nez rivé à leur petit écran, Pierre Therrien sera pendant quelques jours cet automne le porte-parole de la 6e édition des Journées québécoises de la solidarité internationale, qui se tiendront du 17 au 27 octobre.

« La Terre et ses habitants souffrent. Il est plus que jamais essentiel et primordial de s’engager socialement, affirme d’entrée de jeu Pierre Therrien, d’un ton à la fois indigné et décidé. Il faut faire quelque chose et je veux apporter ma voix à celle des autres. » C’est donc avec conviction et enthousiasme qu’il a accepté d’être le porte-parole des Journées québécoises de la solidarité internationale organisées par l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), dont Alternatives est membre. Événement annuel, les Journées québécoises sont l’occasion de s’informer et de réfléchir sur les causes et conséquences des différents conflits qui sévissent à l’échelle internationale.

Une planète exploitée

Pierre Therrien n’en est pas à ses premières armes. Il a toujours été engagé socialement, que ce soit en donnant de son temps à l’organisation Centraide ou encore pour amasser des fonds pour la recherche sur les maladies du cœur. Mais aujourd’hui, c’est avant tout les enjeux de la scène internationale qui retiennent son attention.

« J’ai de plus en plus le goût de m’engager parce que je crois de moins en moins au monde dans lequel on vit. J’ai de la difficulté à accepter la façon dont la Terre est gérée. C’est le pouvoir économique qui mène, ce sont les intérêts privés qui menacent notre planète et qui essaient de tirer le maximum de ses ressources naturelles. Il n’y a aucune vision à long terme », déplore-t-il.

Depuis quelques années, l’ouverture des marchés et les nouvelles dynamiques à l’échelle internationale ont contribué à la « mondialisation des problèmes » et à créer un fossé encore plus grand entre les pays du Nord et les pays du Sud, affirme-t-il. « La réalité, c’est que pendant que certains se demandent quelles émissions de télévision vont-ils regarder ce soir, d’autres essaient d’aller chercher une chaudière d’eau sans se faire tuer ! Il faut commencer par être conscient de ces réalités ! »

Il va encore plus loin et affirme que nous avons tous notre part de responsabilité dans le sort de la planète : « Il faut faire comprendre aux gens que ce sont les pays industrialisés qui exploitent les pays du Sud. Nous exploitons les plus pauvres de cette planète. Et nous avons la responsabilité de faire comprendre à nos dirigeants que l’argent, le profit et l’exploitation ne correspondent en rien à l’importance de gouverner intelligemment dans le respect des autres. »

Et le respect des autres commence avant tout chez soi, dans son environnement immédiat. « Si on n’est pas tout d’abord sensibilisé à notre petit environnement, aux gens qui nous entourent, comment espérer être sensibilisé au sort du reste de notre planète ? »

Acheter c’est voter

Pour Pierre Therrien, la sensibilisation commence donc par une prise de conscience au quotidien, qui doit se manifester jusque dans notre panier d’épicerie ou notre magasinage du samedi. « Il faut utiliser notre pouvoir d’achat comme un droit de vote ! Nous devons d’abord revoir nos modes de fonctionnement, de production et de consommation chez nous. Il y a beaucoup trop d’abus et de surconsommation. Chacun doit s’arrêter et réfléchir, se demander avant chaque achat : est-ce que j’en ai vraiment besoin ? »

Il propose d’emprunter plutôt que de tout acheter, de boycotter certaines compagnies qui exploitent leurs travailleurs, de réfléchir et se renseigner avant de faire un achat. « Ça peut vraiment faire une différence ! » , affirme-t-il.

Pour être conscient des implications de ses achats, il faut d’abord être bien informé. Il rappelle qu’il y a 20 ans, l’information disponible était beaucoup plus restreinte : « Avec la mondialisation des marchés est apparu aussi la mondialisation de l’information. Nous sommes aujourd’hui beaucoup plus conscients des impacts de l’ouverture des marchés et de la surconsommation, même s’il faut toujours faire l’effort de s’informer. »

Mais s’il faut rechercher l’information, on doit aussi être critique vis-à-vis des médias qui ne sont pas sans faille, rappelle Pierre Therrien : « Les médias ne parlent pas assez de tout ça parce qu’ils ont des intérêts qui sont autres que le désir d’informer. Ils entrent dans la même logique économique que tout le reste.[…] Mais heureusement, il y a de plus en plus de gens qui tiennent un autre discours dans leurs cuisines. Ce discours doit sortir sur la place publique. Il faut en parle ? »

Faites votre choix

C’est justement le mandat de l’événement organisé par l’AQOCI. Sous le thème « Choisissons notre monde pour une paix plus juste » , les 6e Journées québécoises de la solidarité internationale porteront un regard sur les conflits dans le monde, tout en soulignant qu’un bon nombre d’entres eux proviennent de la volonté des grandes puissances d’accéder aux ressources naturelles et de les contrôler. Du 17 au 27 octobre, expositions, conférences et spectacles se dérouleront à travers une douzaine de régions du Québec. Une occasion de comprendre les causes des différents conflits et une invitation à agir, pour le respect de chacun. Parce que comme le souligne le porte-parole de l’événement, « la Terre appartient à ceux qui l’habitent, et non à ceux qui l’exploitent ».


Pour connaître la programmation complète des Journées québécoises de la solidarité internationale près de chez vous, communiquez avec l’AQOCI au (514) 871-1086 ou consultez leur site Internet : www.aqoci.qc.ca