Journal des Alternatives

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La Constitution européenne pour les nuls

Hubert-Aymeric PYNCHON, 17 décembre 2004

Il n’aura échappé à personne que le projet de futur traité de Constitution Européenne ™ a été rédigé par des auteurs dont le niveau intellectuel dépasse de loin celui du Bravepatriote de base. Dame ! Un Valéry Giscard d’Estaing, ancien président de la République ET académicien français, ça vous change d’un retraité de la SNCF...

Avant de vous décider en votre âme et conscience pour un "OUI" franc et massif au prochain référendum, Brave Patrie vous offre la possibilité de briller en société et d’affûter vos arguments dans le courrier des lecteurs de vos quotidiens préférés en vous résumant ce qu’il faut retenir de ce projet de futur traité de Constitution Européenne ™.

Préambule. L’Europe est née en 1994, lors de la signature du traité de Maastricht.

C’est clair, net, simple et précis.

Les racines chrétiennes, médiévales, gréco-latines, etc. (pourquoi pas neanderthal ou cro-magnon, tant que nous y sommes ?) relèvent d’un passé dont plus personne ne se souvient. De toutes les manières, les gens ne vont plus à la messe. Quant à l’Histoire, des films comme Les Visiteurs, ou Astérix permettent amplement de se faire une bonne idée de la question sans avoir besoin de sortir de l’École des Chartes.

Article 1 La concurrence sauvage est la règle en matière d’économie.

La gabegie économique héritée des années mitterrando-jaruzelskiennes entraînait des délocalisations vers des pays où l’on ne parle même pas le broken english. Depuis cinq ans [1] que l’euro unique avait cours dans notre belle Union bleu bordée d’étoiles dorées, il était donc plus que temps de passer à l’économie unique. La concurrence stimule l’imagination, crée des emplois, vous rend plus beau, plus fort et c’est du reste ce qui vous permet de ravir l’épouse de votre meilleur ami. Les spermatozoïdes ne font pas autre chose. Et les spermatozoïdes, c’est la vie !

Article 2 Les services publics sont condamnés à disparaître.

A l’image de ces Pandas ou Tricératops d’un autre temps, les servicuum publici ont fait le leur. Mis à part les sempiternels rétrogrades associatifs et encartés, qui se plaindra encore de ne plus faire la queue trois heures avant d’atteindre un guichet fermé dont l’occupant - absent - n’était de toute façon pas aimable ? Les longues marches à pied, sous la neige, en tenant votre enfant couvert d’engelures blotti contre vous par la faute de machinistes davantage préoccupés par le diamètre syndical de leurs sandwichs, ne seront plus qu’un vieux cauchemar.

Article 3 La langue officielle de l’UE est l’anglais.

On s’est en effet aperçu que c’était quand même infiniment plus pratique pour discuter avec un Letton ou un Finlandais. Certains d’entre eux sont-ils francophones ? Eh bien, de quoi vous plaignez-vous ?

Article 4 La défense européenne est assurée par l’OTAN.

Nos alliés d’ex-Nouvelle Angleterre et d’ex-Louisiane, ayant eu la gentillesse de couvrir l’Europe de bases toutes équipées par leur braves "boys", il eut été dommage de ne pas continuer à profiter d’un tel investissement. Le mur de Berlin est tombé ? C’est bien la preuve de son efficacité : on ne change pas une équipe qui gagne. L’Alliance atlantique est devenue caduque dans son principe ? Vous devez faire partie de ceux qui pensent qu’il faudrait détruire l’Arc de Triomphe au prétexte que Napoléon a perdu à Waterloo...

Ajoutons que la Turquie étant déjà membre de l’OTAN, cela n’en rendra que plus limpides les négociations concernant les conditions de sa non-entrée qui, de toutes façons, sont reportées à plus tard.

Article 5 Le parlement européen sert à amuser la galerie.

Il était de notoriété publique que les députés européens au parlement de Strasbourg ne se faisaient élire que pour passer à France Europe Express, se goinfrer en notes de frais, et accessoirement jouer avec les canaux de traductions simultanées. Cette mise au point aura le mérite de clarifier une situation de fait.

Article 6 Il n’y a pas d’article 6.

L’article 6 a été remplacé par l’article III-37b-115 a (cf. annexes 17B vol. IX)

Article 7 La majorité qualifiée, absolue ou relative (M) sera déterminée à partir de la formule suivante :

ƒM = Ex (n+1, n+2) - (cos n+y) ( !µ) - (x) (x-µ) - [(2 y) ß(3y) (a2+b2)) ÷ (sin µ (n-ß))]

Sachant que : x est le nombre d’élus au parlement dont le prénom commence par une voyelle, y, le nombre de ministres gauchers dans le gouvernement de chaque pays, n, la date anniversaire, en numérologie, de Jacques Delors, ß, le nombre de sessions extraordinaires les années bissextile, µ l’âge du troisième doyen de la Cour des Comptes du deuxième pays à avoir effectué l’avant dernière présidence tournante de l’Union Européenne, et a et b, des variables fluctuantes mises ici pour faire joli.

Article 7 bis Le temps que Deep Blue obtienne un résultat, la Commission prendra toutes les décisions.

Article 8 La Commission ne rendra de compte qu’à elle-même.

Ses membres ayant été cooptés dans la plus parfaite équité, soyez assurés que tout cela sera fait dans la plus grande transparence.

Article 9 La Constitution n’est pas révisable.

Et puis quoi, encore ?


[1Comment : cinq ans ? Et oui... Vérifiez donc sur la petite monnaie au fond de votre poche : les pièces les plus anciennes ont bien été frappées en 1999.