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Dossier environnment

L’urgence bolivienne

Hélène Robitaille-Hidalgo, 11 mai 2010

La survie de certains peuples boliviens est intimement liée au maintien de l’équilibre
terrestre. Pour ceux qui se considèrent comme les gardiens de la Pachamama –Mère Nature – l’échec de la conférence de Copenhague peut avoir l’allure d’un matricide, surtout lorsqu’ils voient leurs terres souffrir d’anhydrie.

Malgré leur nature plutôt timide, les peuples autochtones boliviens dénoncent âprement les politiques industrielles de développement économique qui causent la détérioration de leur environnement et qui menacent leur pérennité.

« Si nous ne prenons pas maintenant des décisions importantes, dans 30 ans nos enfants et les générations futures auront de sérieux problèmes. Des gens meurent déjà de chaleur en Europe. Et les pays capitalistes ne veulent pas changer leurs politiques pour éviter de plus grands dommages à la nature », dit Evo Morales le 20 décembre 2009 dans le village de Chuquisaca, soit deux jours après la clôture du Sommet de Copenhague.

Insatisfait par les résultats de la Conférence de Copenhague sur les changements climatiques, le Président bolivien Evo Morales tient à affirmer la volonté du peuple bolivien d’ exercer un leadership dans le domaine de l’environnement. Cette initiative s’est concrétisée entre le 19 et le 22 avril 2010 dans la ville de Cochabamba, lors de la Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre mère. De nombreux mouvements sociaux ont été alors conviés à cette « grande mobilisation » internationale afin de trouver des solutions alternatives au réchauffement climatique.

La survie de la terre est celle de l’homme

Dans ce pays perché sur les sommets de la cordillère des Andes, enclavé entre les plis des montagnes, 10 millions d’habitants y ont construit leurs nids. Qu’ils soient Aymaras, Quechuas ou Guaranis, les peuples autochtones, qui composent 80 % de
la population bolivienne, n’ont aucune source d’eau certaine pour hydrater leur terre.

Déjà les effets des changements climatiques se font sentir sur cette population andine. Le peuple Uru Chipaya, qui a vécu durant 4000 ans dans l’Altiplano bolivien, sera forcé de migrer vers les villes dû à la diminution de l’eau dans la rivière Lauca et à l’accentuation de la sécheresse. D’ici 50 ans, ce peuple craint de disparaître, rapporte le journaliste Rory Carroll, pour The Guardian.

Le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) craint également que la fonte des glaciers de l’Illimani, situés dans le département de la Paz, affecte l’approvisionnement d’eau des agriculteurs de la communauté Aymara Khapi qui devront quitter leurs terres ancestrales.

La bolivie à l’avant-garde

Avec une nouvelle constitution novatrice approuvée par référendum le 25 janvier 2009, la Bolivie devient une source d’inspiration pour les États qui veulent faire valoir les enjeux environnementaux avant les enjeux économiques.

L’article 33 de la Constitution bolivienne garantit à chacun le droit de vivre dans un environnement sain, protégé et équilibré, alors que l’article 34 garantit le droit aux individus et aux communautés d’exercer des actions légales pour défendre
leur droit à un environnement sain.

Certains écologistes et juristes, dont John Henriksen, un expert Norvégien des droits de la personne, réclament que les droits des peuples autochtones soient considérés avec plus d’insistance lors des conférences internationales sur l’environnement.

Avec la tenue de cette conférence mondiale sur les changements climatiques, la Bolivie est peut-être entrain de se positionner comme chef de file dans le domaine des solutions environnementales alternatives. Le peuple autochtone bolivien,
historiquement assujetti, se voit ainsi projeté à l’avant-scène internationale. Leurs valeurs ancestrales pourraient s’avérer garantes d’un avenir respectueux