Journal des Alternatives

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ROMAN

L’invité

Alexandra GILBERT, 27 novembre 2004

Les missionnaires, la variole, le Japon, les États-Unis et les idéologies politiques : l’invité, c’est l’étranger. La rencontre des traditions coréennes et de l’Occident est partout présente, faisant figure d’intrus façonnant ainsi le destin de la Corée.

L’invité, c’est également le pasteur Ryu Yosop qui retourne en Corée du Nord après plusieurs années d’exil aux États-Unis. Il rencontrera la rigidité du système nord-coréen, mais surtout, il revisitera l’histoire de son pays et les événements tragiques qui ont précédé la séparation des deux Corées. En replongeant dans l’histoire de la province de Hwanghae, près du 38e parallèle, théâtre de rares violences, l’auteur propose une sorte de mea culpa en tentant de comprendre comment des voisins, des amis et des familles en vinrent à s’entretuer - libérant ainsi l’invité de la responsabilité de massacres sans nom... Une prise de position audacieuse. La narration du roman, éclatée, reprend douze chapitres d’un rite chaman ; elle allie l’histoire de la Corée, la vie en exil aux États-Unis, les souvenirs d’enfance, les fantômes, les légendes et les traditions coréennes.

Malgré une loi sur la sûreté nationale, l’auteur, Hwang Sok-Yong, avait réussi à visiter la Corée du Nord, ce qui cependant lui valut l’exil, puis la prison en Corée du Sud où il s’était établi avec sa famille à compter de 1948, après qu’elle se soit réfugiée en Manchourie. Auteur de nombreux romans, il recherche la vérité historique, prônant l’engagement social et intellectuel.


L’invité, de Hwang Sok-Yong, traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, Paris, Zulma, 2004, 283 pages.