Journal des Alternatives

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L’insouciance et l’arrogance de Jean Charest

Gil COURTEMANCHE, 22 avril 2005

Au-delà du scandale dévoilé dans ses menus détails, dans ses sordides et médiocres combines et acrobaties comptables, la Commission Gomery nous décrit autre chose de plus fondamental. Elle trace un portrait concret et fascinant du nouveau capitalisme, celui qui s’est développé durant les vingt dernières années au rythme de la mondialisation et de la liberté absolue de faire le plus de profits sans égard à quelque forme de décence ou de morale que ce soit. Dans ce monde qui nous est absolument étranger, il n’existe aucun rapport entre le service rendu et la rémunération, entre le travail, l’effort et le salaire.

Nous sommes dans une sorte d’univers virtuel ouvert à quelques personnes bien « introduites » et dans lequel toutes les richesses ou toutes les injustices sont permises. Notez-le bien, ces gens ne s’excusent jamais, ils ne plaident pas coupables, ils se disent de bonne foi. Ils n’ont jamais volé, ils ont profité du système qui leur ouvrait la porte. Ils n’ont pas spolié les deniers publics, ils ont construit leur entreprise en se disant qu’exagérer un peu dans la facturation ne ferait de mal à personne. Ils nous expliquent calmement qu’ils ne vivent pas dans la société mais dans ce monde virtuel de la richesse normale qui ne doit rien aux normes et aux conduites auxquelles tous les citoyens se sentent assujettis. L’insouciance et l’arrogance de ces Corriveau, Blais, Gosselin qui se réjouissent de leur richesse usurpée (semblable à celle des Hells Angels), constitue le vrai scandale. Voilà des bandits heureux de l’être. Ils font du commerce et cela les absout.

Depuis deux ans, j’observe notre gouvernement provincial avec effarement et effroi, tout comme je regarde ces Hells de la commandite avec les mêmes sentiments. Ce gouvernement et ces profiteurs dénués de toute éthique font partie du même monde, celui de l’insouciance et de l’arrogance des riches. Ces gens s’habillent chez les mêmes tailleurs impersonnels, arborent les mêmes cravates rayées, fréquentent les mêmes restaurants. Nous sommes gouvernés par une classe de politiciens et d’entrepreneurs que rien ne gêne, ni la bêtise ni le mensonge. Une sorte de phénomène de civilisation américaine qui s’abat ces jours-ci sur le Québec. Nous sommes dans la génération des Enron et des Worldcom. Tous les faux semblants et toutes les combines sont permises. Nos nouveaux capitalistes possèdent dorénavant la parole divine, leur évangile est infaillible. Comme le pape, ils ne négocient pas, infaillibles qu’ils sont, ils décrètent, ils imposent. Depuis deux ans, nous sommes gouvernés par des affairistes, des petits bourgeois duplessistes fiers de leur pouvoir, et Robert Bourassa doit se retourner dans sa tombe.

Qu’est-ce qui réunit Jean Charest et ceux qui sont au banc de la Commission Gomery ? Une même notion de la société et de la politique. Pour ces gens, la société n’est pas un espace collectif mais un lieu qui permet aux plus audacieux, aux mieux dotés de s’épanouir. Pour ces gens, la politique est un outil pour construire la société à leur propre image. Dans leur société et dans leur politique n’existent que des intérêts individuels et jamais le voisin n’existe, à moins qu’il ne soit un collègue ou un associé. Ces gens ne vivent pas au Québec avec les Québécois, ils vivent entre eux et s’échangent des trucs et des secrets pour mieux profiter. Ils se connaissent tous ces gens, se fréquentent, organisent ensemble des tournois de golf et des élections municipales, des festivals du poulamon et des élections provinciales. Ces gens sont des amis, des copains, des relations et depuis deux ans, ces gens souvent méprisants nous gouvernent avec insouciance et arrogance.