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L’étau se resserre sur Gaza

Simon COUTU, 30 novembre 2006

Les drones, les hélicoptères Apaches et les caméras des médias internationaux continuent de tourner autour de la bande de Gaza. Plus d’un an après le retrait unilatéral de l’État israélien, la pression monte sur la ligne de terre bordée par les murs et la Méditerranée.

Le traumatisme de Beit Hanoun est grand et la plaie toujours ouverte. Le mois dernier, environ 80 Palestiniens sont morts, dont 18 dans une horrible bavure israélienne qui a tué femmes et enfants. « Nous vivons dans un climat de terreur constante, affirme Mona Elfaraa, une médecin de l’hôpital Al Awda, non loin de Beit Hanoun. Les gens ont peur de sortir de chez eux. Ils restent à l’intérieur pour écouter les nouvelles à la télévision. »

La mission des Nations unies a éprouvé de grandes difficultés à acheminer les vivres à l’intérieur de la zone militaire, comme en témoigne John Ging, le responsable des activités de l’UNRWA sur le terrain à Gaza : « Nous n’étions pas autorisés à entrer à Beit Hanoun. Nous avons eu de courtes permissions deux fois seulement. Il y avait un couvre-feu permanent durant cette période. Les Israéliens n’ont permis qu’aux femmes et aux enfants de venir chercher des vivres, pour des questions de sécurité. »

« C’était un petit coin de paradis avant l’opération militaire, raconte Yousef Alhelou, un journaliste indépendant basé à Beit Hanoun. Auparavant, la région était couverte de forêts. Après le passage des bulldozers israéliens, c’est maintenant une zone désertique. » La ville se trouve dans le nord de la bande de Gaza. C’est de cet endroit, entre autres, que des militants palestiniens tirent les mortiers Qassams en direction de villes israéliennes comme Sderot, où deux personnes sont mortes au mois de novembre. Après la tragédie, ces tirs n’ont pas cessé, ils se sont même amplifiés.

Espoir d’union

Le peuple palestinien en est toujours à se demander quand un gouvernement d’union nationale verra le jour. Mohamed Shabir est vu comme le prochain dirigeant de cette alliance. Le directeur de l’Université islamique de Gaza est proche du Hamas sans jamais n’en avoir fait partie. Il entretient aussi de bonnes relations avec le Fatah, mais il est surtout convoité pour sa proximité avec les États-Unis. Il a obtenu son doctorat en microbiologie à l’Université de Virginie occidentale.

Cette nomination n’est pourtant pas officielle. Le gouvernement du Hamas a réitéré qu’il n’a pas l’intention de remplir les exigences de la communauté internationale. « Personne n’a demandé au nouveau gouvernement de reconnaître l’ennemi sioniste, et il ne le reconnaîtra pas », a affirmé un porte-parole du Hamas, Ismail Radwan, le 14 novembre dernier, au quotidien israélien Haaretz. Le Hamas devra faire honneur aux accords signés par le Fatah et renoncer à la lutte armée pour que les sanctions soient levées.

Plus le temps passe, plus les Quassams tombent, plus les Palestiniens ont de la difficulté à croire en cette nouvelle alliance. « Quand j’entends parler de gouvernement d’union nationale, je suis prudente, affirme Mona Elfaraa. Je ne parlerai pas d’espoir tant que je ne verrai pas d’amélioration sur le terrain. »

Depuis bientôt neuf mois, environ 165 000 employés de l’Autorité palestinienne n’ont pas été payés. Au lendemains de l’élection démocratique du Hamas, les États-Unis, l’Union européenne, plusieurs pays arabes et le Canada ont coupé leur aide à l’Autorité palestinienne. Selon John Ging, 89 % de la population est sous le seuil de la pauvreté, 70 % est considérée comme étant extrêmement pauvre.

Une bonne partie des employés sans salaire sont des agents de la paix. Le problème de sécurité sociale est croissant à l’intérieur de la bande de Gaza. « Les problèmes reliés à la pauvreté des Palestiniens font que les agressions sont de plus en plus fréquentes, affirme Radjaa Abou Dagga, un journaliste indépendant palestinien. Il y a de plus en plus de cambriolages et de vols de voitures. Les armes de contrebande se retrouvent souvent entre les mains de ces bandits. La sécurité est aussi minée par les problèmes de sécurité politique. Les affrontements entre le Fatah et le Hamas dans les rues de la bande de Gaza sont un véritable problème. »

Coalition internationale

L’Espagne, la France et l’Italie négocient actuellement pour l’envoi d’une mission internationale dans les territoires palestiniens occupés. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, a affirmé que cette force ne devait pas être coordonnée avec le gouvernement israélien, qui a rejeté la proposition.

En entrevue à Haaretz, le ministre espagnol a expliqué que cette mission internationale ne s’apparenterait pas à la Force des Nations unies au Liban (FINUL), envoyée cet été. Elle se limiterait plutôt à l’envoi de plusieurs inspecteurs qui auraient pour mandat d’observer le respect du cessez-le-feu entre Israël et les militants palestiniens, particulièrement à Gaza. Cette mission aurait pour but de favoriser la création d’un gouvernement d’unité nationale reconnu par la communauté internationale. Les trois pays veulent aussi encourager l’échange de prisonniers ainsi que les pourparlers entre le premier ministre israélien, Ehoud Olmert et le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

La ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, a indiqué à son homologue espagnol qu’il est inacceptable de lancer une mission qui concerne Israël sans son accord. « De toute façon, l’Union européenne n’est pas intéressée, cette initiative ne mènera à rien. »

Pendant que le monde complote pour équilibrer les forces sur la bande de terre la plus densément peuplée de la planète, le calme revient tranquillement à Beit Hanoun. L’heure est à la reconstruction. « Nous sommes revenus à notre opération d’urgence régulière, ajoute John Ging. Un million de Palestiniens dépendent de nous dans la bande de Gaza. »