Journal des Alternatives

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L’économie à visage humain

Un nouveau souffle solidaire au Brésil

Delphine Melanson, 15 juin 2009

Phot : Delphine Melanson
L’arrivée au pouvoir du président Lula a permis à l’économie solidaire d’acquérir ses lettres de noblesse. À la fois expérience de transformation politique, sociale, économique et culturelle, l’économie solidaire se veut autant une réponse qu’une critique envers le capitalisme.

Cette nouvelle forme d’économie met l’accent sur l’être humain, la démocratie participative, la justice sociale, l’autogestion et le respect de l’environnement. Elle représente un potentiel de développement extraordinaire grâce à des expériences fructueuses qui promettent de révolutionner le marché. Ainsi, au lieu de favoriser la compétition et l’accumulation de richesse, l’économie solidaire se base sur la coopération, la solidarité, le travail collectif, la réciprocité, l’entraide, la propriété collective, le développement communautaire, l’autogestion et la juste distribution des richesses. L’économie solidaire est une alternative aux marchés traditionnels qui vise à partager équitablement les fruits du labeur entre tous les travailleurs.

Bref historique de l’économie solidaire au Brésil

Les premières expériences brésiliennes d’économie solidaire ont vu le jour durant les années 1980 dans un contexte de récession mondiale. Elles sont liées à l’Église catholique et à l’organisme Caritas Brasileira. [1] Caritas encourage les communautés à se regrouper afin de créer de l’emploi et d’améliorer leurs conditions de vie. L’avènement de l’économie solidaire
au Brésil est le résultat de l’union de mouvements sociaux, de militants engagés vers un processus de démocratisation et d’idéologies alternatives. À partir des années 1980, un mouvement social se développe avec la récupération d’entreprises en faillite et leur transformation en entreprises gérées par les travailleurs.

Les années 1990 sont quant à elles marquées par la volonté de construire des réseaux nationaux d’économie solidaire à travers le pays. Les universités se joignent au mouvement en mettant en place un réseau de coopératives populaires. C’est également durant cette décennie que les premières politiques publiques d’économie solidaire sont mises sur pied, influencées par les demandes pressantes de milliers de travailleurs sans emploi cherchant de nouvelles manières de s’organiser collectivement. Les années 2000 voient l’économie solidaire prendre de l’ampleur avec le premier Forum social mondial, un espace de discussion intersectoriel où les possibilités qu’offre l’économie solidaire sont approfondies.

Répartition des types d’organisations solidaires à travers le Brésil

L’économie solidaire se divise en plusieurs types d’organisations : associations, entreprises en faillite reprises par ses employés, réseaux d’entreprises solidaires, clubs de troc, groupes culturels, banques communautaires et coopératives. D’un point de vue général, les entreprises d’économie solidaire se répartissent comme suit : 54 % sont des associations, 33 % sont des groupes informels, 11 % sont des coopératives et 2 % sont constituées selon une autre forme d’organisation. En 2005, 14 954 entreprises d’économie solidaire furent recensées à travers le Brésil. De ce nombre, 44 % sont situées dans le Nord-Est, 13 % dans le Nord, 14 % dans le Sud-Est, 17 % dans le Sud et 12 % dans le Centre-Ouest. Le Nord-Est est la région qui compte le plus grand nombre d’entreprises solidaires. Le sud du Brésil compte 2 592 entreprises solidaires, alors que le Nord-Est en compte 6 549.

Malgré le fait que le sud du pays ait développé une expertise reconnue internationalement en matière d’économie solidaire, le gouvernement fédéral brésilien a investi massivement depuis 2003 dans la création et le renforcement d’entreprises solidaires dans le Nord-Est, région marquée par le colonialisme, la pauvreté et les importants écarts de revenus entre les classes sociales. Le secteur de l’économie solidaire du Nord-Est du Brésil a donc connu une forte expansion depuis les cinq dernières années.

Exemples concrets de réussites solidaires : contribuer à changer les choses

L’économie solidaire a des répercussions tangibles pour les agriculteurs, les coopératives, les réseaux d’entraide et les groupes d’achat qui croient en ce nouveau mode d’organisation. Pour ne citer qu’un exemple, l’Associaçao de Trabalho e Economia Solidaria (ATES), située à Pelotas, une ville de
340 000 habitants, dans l’État du Rio Grande do Sul, est une organisation non gouvernementale dont la mission est d’appuyer les groupes qui désirent travailler de manière autogérée en œuvrant dans le secteur de l’économie solidaire. ATES fournit des ressources humaines pour la logistique et la création de plans d’affaires, et met à la disposition de ces groupes des ressources matérielles et techniques. ATES a mis sur pied un réseau de trois boulangeries solidaires qui sont constituées en coopératives de travail autogérées. ATES a financé l’achat de fours à pain et à pâtisserie.

Ces boulangeries sont situées à Dunas, Getúlio Vargas et Fragata, des quartiers défavorisés de Pelotas où la violence et la malnutrition font partie du quotidien. Inaugurées en décembre 2007, elles comptent douze familles associées auxquelles elles contribuent directement à améliorer la qualité de vie par les revenus qu’elles génèrent. Elles commercialisent chaque jour entre 2 000 et 2 500 pains, gâteaux, pizzas et autres produits de pâtisseries. Grâce aux coopératives de boulangeries, de couturières, d’agriculteurs, d’artisans et aux groupes d’achat qui se sont implantés dans toutes les régions du Brésil, l’économie solidaire représente une alternative tangible au capitalisme.

L’économie solidaire représente une avancée considérable autant au niveau économique, social que politique. Il est cependant nécessaire de se pencher davantage sur la question de la commercialisation et de la certification des produits issus de l’économie solidaire afin de pouvoir assurer la pérennité de ce secteur en pleine effervescence. Il est important
de garder en tête qu’en consommant des produits solidaires, nous contribuons à améliorer les conditions de vie de l’humanité tout en créant un monde meilleur, plus démocratique et plus humain.


Delphine Melanson a réalisé un stage Cyberjeunes entre août 2007 et février 2008 avec Alternatives en partenariat avec l’Association brésilienne d’économie solidaire à Brasilia.

ABESOL a pour objectif de défendre, promouvoir et articuler l’économie solidaire au Brésil, en apportant un sou- tien direct à des entreprises autogérées et à des coopératives de travail, à travers la conception de cours de formation et de qualification professionnelle.


[1Caritas Brasileira fait partie du réseau Caritas Internationalis fondé par l’Église catholique romaine. Ses thèmes de prédilection sont l’exclusion sociale,
la défense et la promotion des droits humains, le contrôle des politiques
publiques, le renforcement du développement durable et solidaire et l’appui auréseau Caritas. Information tirée du site http://www.teste.caritasbrasileira.org , consulté le 5 novembre 2007.