Journal des Alternatives

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Israël

L’échec de la gauche explique le succès de la droite

Anne LATENDRESSE, 2 décembre 2002

Ça y est. La campagne électorale est amorcée en Israël. Le Parti travailliste a fait connaître le nom de son prochain dirigeant, le maire d’Haïfa, Amram Mitzna. Bientôt, ce sera au tour des partisans du Likoud de choisir entre Ariel Sharon, l’actuel premier ministre et son rival, Benjamin Netanyahou.

Selon un récent sondage, Sharon devrait gagner lors des élections de janvier prochain et le Likoud devrait remporter plus de sièges au Parlement. Il est probable que le prochain gouvernement de droite aura les coudées franches pour mettre en œuvre les politiques amorcées par Sharon. Celui-ci espère aussi profiter d’une guerre éventuelle contre l’Irak pour porter un coup fatal à la population palestinienne. On comprend ainsi la surenchère de discours entre les deux hommes du Likoud et l’inquiétude montante chez la population palestinienne.

Bilan du gouvernement Sharon : un bain de sang

Comment expliquer une probable victoire du faucon alors que le bilan de son gouvernement s’avère très maigre ? Rappelons qu’Ariel Sharon avait mené sa dernière campagne électorale sur le thème de la sécurité pour convaincre l’électorat israélien de l’élire contre son adversaire travailliste, Ehoud Barak. Sharon se présentait comme un dur, celui qui ne connaît pas les demi-mesures, qui s’oppose à la coexistence avec les Palestiniens et dont la réputation est d’avoir été un des responsables du massacre de plusieurs milliers de civils palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila à Beyrouth en 1982.

Pour ramener la sécurité, Sharon avait promis de mater l’Intifada et de reprendre le contrôle de la Cisjordanie. Or, paradoxalement, depuis son accession au pouvoir, le nombre de victimes israéliennes n’a cessé de croître. Les récents affrontements questionnent même la réputation d’infaillibilité de l’armée israélienne. Les mesures plus dures les unes que les autres à l’égard de l’Autorité palestinienne et de la population civile n’ont fait qu’encourager l’escalade meurtrière. Ni les actes pour humilier Yasser Arafat, ni la réoccupation militaire de la Cisjordanie, ni les démolitions de maisons et les assassinats de Palestiniens n’ont fait cesser la résistance et les attentats. Bien au contraire, certains groupes palestiniens se trouvent confortés dans leur logique jusqu’au-boutiste et destructrice tant pour la société israélienne que pour les Palestiniens.

La grogne des Israéliens

Parallèlement, Ariel Sharon a fortement augmenté le budget militaire tout en imposant des coupures dans les programmes sociaux. Par ailleurs, Israël connaît une crise économique sans précédent dans son histoire (croissance économique négative, taux de chômage de 10 %, etc.). Les remous ont été nombreux, y compris au sein d’une population de plus en plus lasse vis-à-vis la guerre.

Ainsi, les refusenicks et les déserteurs sont devenus de plus en plus nombreux. Parmi les motifs évoqués pour justifier ce refus, qui peut entraîner l’emprisonnement, une majorité évoque leur trop grande précarité économique. De plus, ce contexte de crise en Israël encourage l’émigration. Malgré des campagnes pour recruter de futurs immigrants en Israël, l’examen du bilan migratoire s’avère négatif. Devant ces éléments, comment expliquer alors une volonté de la société israélienne de réélire Ariel Sharon ?

Le déclin des travaillistes

Nul doute que la reprise des attentats palestiniens contre la population civile en Israël a rallié la société israélienne derrière Sharon. Mais un autre facteur réside dans l’incapacité du Parti travailliste à proposer un projet alternatif.

Les travaillistes, qui avaient symbolisé l’espoir de la paix, ont lamentablement échoué à trouver un terrain d’entente avec les Palestiniens, notamment lors des négociations dites de la « dernière chance » à Camp David (juillet 2000) et à Taba (janvier 2001). Les « concessions » offertes par les travaillistes aux Palestiniens ne répondaient pas aux demandes les plus modérées, comme le retrait des colonies de peuplement des Territoires occupés, y compris de Jérusalem-Est, et le droit au retour des réfugiés palestiniens. Le « projet palestinien » des travaillistes consistait en fait à désigner un pseudo État palestinien virtuel doté d’un drapeau, mais sans souveraineté et sans contrôle territorial réel. Bref, une « bantoustanisation » de la Palestine. Parallèlement, les États-Unis et ses alliés ont tout fait pour obliger Yasser Arafat à accepter l’inacceptable. Son refus devant les pressions de sa propre population lui a valu d’être jugé non crédible et déclassé comme principal interlocuteur des Israéliens par Ariel Sharon, les États-Unis et les médias occidentaux. Deux ans plus tard, c’est le retour à la case zéro et, pire encore, la perspective d’une guerre sans fin dont les Palestiniens et les Israéliens seront les premières victimes devient de plus en plus réelle.

Anne Latendresse, collaboration spéciale.


L’auteure est professeure au département de géographie à l’UQAM.