L’Amérique, selon la France

lundi 18 octobre 2004, par David HOMEL

Paris - La France vient de vivre encore un festival littéraire, cette fois à Vincennes, banlieue cossue de Paris. Le touriste connaît la ville surtout pour son château et son bois. Mais pendant quelques jours en octobre, Vincennes était le domicile d’une grande variété d’écrivains, qui reflétait ce que les éditeurs français savaient - ou voulaient savoir - de l’Amérique.

Attention, quoique le festival s’appelle « America », cet événement ne se limite pas seulement aux États-Unis. Il y avait un Mexicain, Eduardo Antonio Parra, et quelques Cubains, comme René Vázquez Díaz, José Manuel Prieto et Leonardo Padura. Ai-je oublié les Canadiens ? On y était aussi. La condition sine qua non de la participation est, bien sûr, une publication en langue française.

Le Festival s’est ouvert sur une note de culpabilité et de désespoir politique. Quoi de plus normal, car nous étions huit à débattre la question : « Quel rôle pour les écrivains sur le continent nord-américain ? » Des Américains comme Jim Galvin et Eric Williamson ont déclaré qu’il est inutile de gaspiller ses forces à écrire tant que George W. Bush est à la Maison Blanche. Pour le reste du monde, la présidence de Bush est un désastre. Pour les Américains, c’est pire.

D’autres ont décrit la détérioration du climat social et la perte des droits civils. Le public français a vite mis en doute l’autoportrait que faisaient d’eux les écrivains des États-Unis. « Êtes-vous vraiment si seuls, si isolés ? » demanda une dame dans la salle. De toute évidence, le discours misérabiliste ne plaît pas aux Français.

La France s’intéresse aux Indiens, et aux questions autochtones. S’il y avait une vedette au festival, c’était le romancier et scénariste du film Smoke Signals, Sherman Alexie, né dans une réserve pas loin de Seattle. À la soirée d’ouverture, on pouvait admirer Alfred Red Cloud de la nation sioux, ancêtre du chef original Red Cloud. À la Salle des fêtes rococo de la mairie de Vincennes, le spectacle était d’une incongruité saisissante.

Enfin, les « grands espaces » étaient à l’honneur. Voilà ce qui séduit les Français, et avec raison, car leur propre espace nous semble si restreint. D’où l’exposition de photos consacrée à la Route 66, qui passe de Chicago à Los Angeles, par des paysages vides et grandioses. La même impression ressort de l’exposition sur la vie des Acadiens : paysages de bord de mer grandioses, balayés par la tempête. Finalement, c’est commun à tous. Les Français cherchent chez nous ce qui manque chez eux, et vice-versa.

Donc, beaucoup d’écrivains « grands espaces », comme Jim Galvin. Et des tendances régionalistes avec Tom Franklin, d’Alabama. Et Percival Everett, qui joue brillamment avec l’identité noire aux États-Unis. Mais rien n’égale le vedettariat, et pour un simple écrivain, le vedettariat passe par le cinéma. Curieux alors que le romancier Mark Danielewski, dont la reconnaissance soit venue par le cinéma, ait célébré le roman « comme le lieu où on peut enfin entendre une seule voix ». Et que Rick Moody, qui nous a donné The Ice Storm, ait décrit ses romans comme des récits qui réussissent à échapper à la domination de la narration à la troisième personne, propre au cinéma.

Du Québec, il y avait Guillaume Vigneault, Nelly Arcan et moi-même. La preuve vivante que nous représentons aussi pour les Français une variété d’écrivains Américains.

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