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L’Amérique que nous voulons

Jacques LÉTOURNEAU, 30 octobre 2008

L’Amérique que nous voulons
Paul Krugman (traduit de l’anglais par Paul Chemla), éditions Flammarion, Paris, 2008, 353 pages.

Lauréat du prix Nobel en économie, professeur à Princeton et chroniqueur au New York Times, Paul Krugman propose un essai percutant contre le néolibéralisme et plaide pour un retour en force du keynésianisme et de l’État providence. Un peu comme l’a déjà fait l’ancien économiste de la Banque mondiale, J. E. Stiglitz, Krugman revient sur les faillites d’un système qu’il a lui-même soutenu pendant plusieurs années. Ce ténor du libéralisme économique démontre clairement que les écarts entre les riches et les pauvres se sont accentués et que, loin de s’améliorer, le sort de la classe moyenne a connu des reculs sérieux depuis une vingtaine d’années aux États-Unis. Cette augmentation considérable des écarts, qui éloigne la majorité de la population « du rêve américain », découle directement des politiques fiscales et régressives mises en place par les néoconservateurs de G. W. Bush.

Si l’auteur reconnaît que le modèle actuel de mondialisation est en partie responsable de cet état de fait, il rappelle que les États-Unis n’est pas le seul pays à vivre à l’ère de la globalisation. Pourtant, le peuple américain connaît les pires inégalités quand on le compare aux autres pays occidentaux. Il ne faut surtout pas sous-estimer, selon lui, le fait que les travailleurs ont perdu énormément de pouvoir de négociation et de rapport de force. Depuis l’ère Reagan, l’affaiblissement du mouvement syndical américain explique en bonne partie cette réalité. Comme il le souligne, aujourd’hui c’est moins de 12 % de la main-d’œuvre qui est syndiquée alors que durant les Trente Glorieuses, c’était plus de 30 %. Cette politique antisyndicale, qu’il qualifie de réversible, suggère un retour en force du mouvement ouvrier comme condition essentielle au partage de la richesse.

Enfin, son plaidoyer en faveur de véritables politiques publiques détonne avec le discours ambiant. Sa défense de l’assurance-maladie universelle rappelle que vivre aux États-Unis est quelque chose de peu enviable, à moins d’être bien nanti. L’économiste évoque non seulement les contre-performances du système de santé américain, mais aussi, et surtout, le piège dans lequel se trouvent des millions de citoyens en proie à la voracité des compagnies d’assurances privées. Bref, un brûlot fort pertinent en ce temps d’élections américaines.