Journal des Alternatives

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Indymedia a 5 ans

Francis Dupuis-Déri, 28 novembre 2004

Le mouvement altermondialiste espérait un débat public plus dynamique, plus participatif et alimenté par une information plus diversifiée. Passage aux actes : les militants ont lancé des journaux et des revues un peu partout. À l’ère de la grande toile électronique, le mouvement s’est aussi déployé virtuellement. Ce dynamisme vient contredire l’idée que les militants critiquent beaucoup, mais ne proposent rien : voilà des réalisations concrètes, en accord avec les valeurs véhiculées par le mouvement. Le réseau électronique Indymedia (www.indymedia.org) reste la plus belle réussite. Sa première cellule a été mise sur pied en prévision de la « bataille de Seattle », le 30 novembre 1999. Comme dans presque toutes les grandes manifestations du mouvement, un centre des médias alternatifs avait été organisé, accueillant des journalistes de médias étudiants, communautaires et militants, qui y trouvaient des ordinateurs, des tables de montage audio et vidéo, et du café, beaucoup de café... À l’occasion du Sommet des Amériques, à Québec en 2001, c’est le Centre des médias alternatifs (www.cmaq.net) qui a mis sur pied un tel lieu d’accueil et de diffusion.

Si les contre-sommets passent, les médias alternatifs restent et prennent de l’expansion. Il y a maintenant sur une base permanente plus d’une centaine d’antennes du réseau Indymedia, dans autant de villes un peu partout autour du monde, mais surtout en Occident. Le réseau est quotidiennement visité par des centaines de milliers d’internautes, et même des sociologues spécialisés dans l’étude des mouvements sociaux considèrent qu’il s’agit d’une source d’information importante pour mieux connaître les activités du mouvement.

Le réseau Indymedia cherche à fonctionner selon des principes d’égalité et de liberté, et à abolir l’inégalité entre les producteurs et les consommateurs d’information, un idéal qu’évoque le slogan « Ne détestez pas les médias, devenez les médias ! ». Fonctionnant sur le mode de l’édition ouverte et sans rédacteur en « chef », quiconque peut en principe y publier ses textes, photos et vidéos et participer à des débats. Indymedia n’est pas seul. D’autres réseaux électroniques se spécialisent, entre autres, dans l’annonce des manifestations (www.protest.net) ou dans la diffusion d’information au sujet de la mouvance libertaire (www.ainfos.ca). Il existe aussi, bien sûr, des sites liés directement à des organisations participant au vaste mouvement transnational, comme ATTAC (www.attac.org) et la Convergence des luttes anti-capitalistes de Montréal (http://clac.taktic.org/index.php).

Tout comme le mouvement dans la rue, son double virtuel est aussi victime de répression. Lors des grands sommets, les autorités officielles ont souvent fermé les centres des médias alternatifs, parfois avec une très grande violence, comme dans le cas des manifestations de Gênes, en juillet 2001, alors qu’une soixantaine de journalistes et militants endormis avaient été brutalisés à un point tel qu’ils avaient pris directement le chemin de l’hôpital. Des ordinateurs avaient été saisis, d’autres détruits. En octobre dernier, le FBI procédait à la saisie de disques durs du réseau, sans donner d’explication. Plusieurs sites ont été privés de textes ou d’images, voire paralysés pendant des semaines. Le FBI a finalement restitué une partie du matériel, précisant qu’il enquêtait à la demande d’autorités étrangères, d’Italie ou de Suisse. Plus pernicieux encore sont les individus qui profitent de la liberté qu’offrent ces médias alternatifs pour diffuser de la propagande haineuse... Le CMAQ du Québec a ainsi beaucoup de difficulté à juguler des « masculinistes » qui intoxiquent le réseau en publiant des textes antiféministes, voire explicitement misogynes, ce qui a valu au CMAQ d’être vertement critiqué par des féministes. Comme l’ensemble du réseau altermondialisation, sa part virtuelle évolue donc au gré des alliances et des conflits, du départ et de l’arrivée d’alterjournalistes, et des tentatives de résoudre des tensions entre les idéaux et la dure réalité politique. Mais Indymedia a 5 ans, ce qui est déjà une grande réussite.