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Il se passe quelque chose ici

Judy REBICK, 31 janvier 2008

Depuis l’élection de John F. Kennedy en 1961, jamais une campagne électorale n’a autant laissé présager de changements progressistes aux États-Unis. Il est extraordinaire qu’un homme noir ou qu’une femme obtienne l’investiture démocrate dans un pays où la pauvreté et la criminalité ont une race, et où les femmes sont, dans l’arène politique, parmi les plus sous-représentées de la planète. Mais c’est aussi parce que Barack Obama symbolise ce que Kennedy représentait à l’époque, c’est-à-dire un renouveau. Ce sont les États-Unis que j’ai vus au Forum social américain d’il y a six mois : des jeunes gens de différentes ethnies, pauvres ou de classes ouvrières, qui s’organisent et qui travaillent ensemble pour trouver des points communs, au lieu de chercher la division.

Même si Obama ne l’emporte pas, sa campagne aura mobilisé une foule de citoyens, surtout des jeunes qui ne s’intéressent pas au système électoral. Et cette prise de conscience existe aussi dans le camp d’Hillary Clinton, puisque les femmes semblent s’élever contre les attaques sexistes portées à son égard.

Aucun candidat ne devrait être en mesure de réellement changer les États-Unis en raison de l’emprise du monde des affaires. Hillary Clinton représente l’establishment du Parti démocrate. Mais les primaires, le processus le plus démocratique du système électoral américain, montrent ce que Bob Dylan chantait : « Il se passe quelque chose ici. »

Barack Obama ne présente pas la plateforme la plus progressiste. Toutefois, son message est inspirant et il colle à une approche qui émerge dans les mouvements sociaux du monde entier. Lors d’un discours à l’église Martin Luther King à Atlanta, Obama a dit ceci : « L’unité est ce dont nous avons besoin en ces temps, ce dont nous avons besoin en ce moment. Non pas parce que cela semble plaisant ou parce cela nous rend heureux, mais parce que l’unité est la seule façon d’endiguer le déficit qui existe dans ce pays. Je ne parle pas ici d’un déficit budgétaire. Ni d’un déficit commercial. Je ne parle pas d’un déficit de bonnes idées et de nouveaux plans. Je parle d’un déficit moral. Je parle d’un déficit d’empathie. Je parle d’une incapacité à se reconnaître l’un l’autre, à comprendre que nous sommes les gardiens de nos frères, de nos sœurs ; que dans les mots du docteur King, nous sommes tous liés ensemble dans une destinée commune. »

Ces mots sont inspirants pour les jeunes et les Afro-américains qui, pour la grande majorité, passent du côté d’Obama. Le candidat jouit aussi du soutien d’indépendants et d’ex-républicains. Pour sa part, Hillary Clinton se base sur la coalition que son mari avait construite avec, en plus, davantage de femmes.

Malgré l’élan engendré par sa victoire en Iowa, Barack Obama a un parcours plus difficile, parce qu’il compte sur l’appui de gens qui ne votent généralement pas, et ce, encore moins aux primaires. Si le 5 février, lors du « super mardi », le vote de 24 États ne lui procure pas une avance claire, alors Hillary Clinton devrait l’emporter parce qu’elle peut compter sur la loyauté des bureaucrates et des dirigeants du Parti démocrate qui envoient leurs propres délégués au congrès du parti.

Les meilleures chances d’Obama reposent dans la formation d’alliance comme celle qui a vu le jour au Forum social américain, une alliance de ceux qui ont les mains vides ou qui sont marginalisés. Cela veut dire mettre fin aux divisions entre les Noirs et les Hispaniques. Il ne reste plus grand temps pour aller dans cette direction, mais quel que soit le résultat final, la course à l’investiture démocrate représente la pointe de l’iceberg de ceux qui en ont assez des super riches, pour la plupart des hommes blancs, qui se servent des ressources et du pouvoir des États-Unis pour s’enrichir et piller leur propre pays, ainsi que le reste de la planète.