Journal des Alternatives

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FAO : Plus de libre-échange, plus d’affamés

Esther Vivas, 18 juin 2008

Le sommet de haut niveau sur la sécurité alimentaire de la FAO
(Organisation pour l’alimentation et l’agriculture de l’ONU), s’est terminé
à Rome le 5 juin 2008. Les conclusions de la rencontre n’indiquent pas de
changement de tendance dans les politiques qui ont été appliquées durant
ces dernières années et qui ont conduit à la situation de crise actuelle.

Les déclarations de bonnes intentions et les promesses de millions d’euros
pour en finir avec la faim dans le monde, réalisées par différent
gouvernements, ne vont pas mettre fin aux causes structurelles qui ont
généré cette crise. De même, les propositions faites par le secrétaire
général de l’ONU, Ban Ki-moon, d’augmenter de 50% la production d’aliments
et de refuser les limites imposées aux exportations par certains pays
affectés, semblent renforcer les causes de la crise plutôt que de conduire
à des avancées réelles qui garantiraient la sécurité alimentaire de la
majorité des populations dans le Sud.

Le monopole de certaines entreprises multinationales sur chacun des
maillons de la chaîne de production d’aliments, des semences en passant par
les engrais jusqu’à la commercialisation et la distribution de ce que nous
mangeons, n’a pas été abordé à ce sommet. Toutefois, et malgré la crise,
les principales compagnies de semences, Monsanto, DuPont et Syngenta, ont
reconnu que leurs bénéfices avaient augmenté.Et il en est de même pour les
industries principales d’engrais chimiques. Les grandes entreprises de
transformation des aliments comme Nestlé ou Unilver ont aussi affiché des
bénéfices en hausse, mais bien que moins élevé que ceux qui contrôlent les
premiers maillons de la chaîne. De la même façon les grands distributeurs
d’aliments comme Wal-Mart, Tesco ou Carrefour affirment continuer à
augmenter leurs bénéfices.

Les résultats du sommet de la FAO reflètent le consensus auquel sont
parvenus l’ONU, la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International
(FMI) pour maintenir des politiques économiques et commerciales de
dépendance Sud-Nord et d’appui aux multinationales de l’agro-alimentaire.
Les recommandations en faveur d’une ouverture plus grande des marchés dans le Sud, de subventions des importations d’aliments avec l’aide au
développement et de la mise en place d’une nouvelle révolution verte
indiquent cette tendance.

Ceux et celles qui travaillent et prennent soin de notre terre, dans les
mains desquels devrait être notre alimentation - les paysans et paysannes -
ont été exclus du débat. Lorsque les représentants d’organisations
paysannes ont essayé de présenter leur propositions à l’inauguration
officielle du sommet, ils furent expulsés par la force. Au cours des
précédentes réunions de haut niveau, une plus grande participation de la
société civile avait été permise, mais maintenant, face à la gravité de la
situation, les portes restent fermées, comme l’a dénoncé le mouvement
international Via Campesina.

Résoudre la crise demande que l’on mette fin au modèle d’agriculture et
d’alimentation actuelle qui place les intérêts économiques des grandes
multinationales avant les nécessités alimentaires de millions de personnes.
Il est nécessaire d’aborder les causes structurelles : les politiques
néolibérales qui ont été appliquées de façon systématique ces 30 dernières
années, promues par la BM, le FMI, l’Organisation Mondiale de Commerce
(OMC), avec les Etats-Unis et l’Union Européenne. Des politiques qui ont
signifiées une libéralisation économique à échelle globale, ouverture sans
frein des marchés, privatisation de terres dédiées à l’approvisionnement
local et leur reconversion en monocultures d’exportation, et qui nous ont
amené à la grave situation d’insécurité alimentaire actuelle. Selon la BM,
le chiffre de 850 millions de personnes qui souffrent aujourd’hui de faim
augmentera jusqu’à 950 ces prochaines années.

Pour sortir de la crise il faudra réguler et contrôler les marchés et le
commerce international ; reconstruire les économies nationales ; redonner le
contrôle de la production d’aliments aux familles paysannes et garantir
leur accès libre à la terre, aux semences, à l’eau ; sortir l’agriculture
des traités de libre-échange et de l’OMC ; et mettre un terme à la
spéculation avec la faim.

Le marché ne peut pas résoudre la crise actuelle. Face aux déclarations du
numéro deux de la FAO, José Maria Sumpsi, qui affirmait qu’il s’agissait
d’un problème d’offre et de demande, dû à l’augmentation de la consommation dans les pays émergents tels que l’Inde, la Chine ou le Brésil, il faut rappeler que jamais auparavant il n’ya a eu une plus grande production de nourriture dans le monde.

Le monde produit aujourd’hui trois fois plus de nourriture que dans les
années soixante, alors que la population mondiale a seulement doublé durant
cette période. Il n’y a pas de crise de production des aliments, mais une
impossibilité d’accéder à ceux-ci pour de larges secteurs de la population
qui ne peuvent pas payer les prix actuels. La solution ne peut pas être
plus de libre-échange parce que, comme il fut démontré, plus de
libre-échange entraîne une augmentation du nombre des affamés et moins
d’accès aux aliments.


Esther Vivas est co-coordinatrice des livres "Supermarchés, non merci" et
"Où va le commerce équitable ?" et membre de la rédaction de la revue Viento
Sur (www.vientosur.info).