États-Unis : dur lendemain de veille pour l’économie

dimanche 28 novembre 2004, par François BOUTIN-DUFRESNE

Au-delà de la guerre au terrorisme et des valeurs morales, l’élection du 2 novembre divise le peuple américain sur les questions économiques et sociales. Du nord au sud, riche ou pauvre, pieuse ou non, la population américaine est aujourd’hui victime de fractures qui pourraient avoir un impact négatif sur l’économie du pays.

S’il veut redonner à l’économie américaine son erre d’aller des années 1990, le président Bush devra, d’ici 2008, revoir sa politique de « conservatisme compatissant ». Alors que le pôle économique et démographique de l’Amérique ne cesse de regarder vers le Sun Belt (les États du Sud), les États du Rust Belt (Midwest industriel) sont victimes d’une dépression économique qui commence à faire de sérieux dégâts. Ainsi, dans sa stratégie économique, le président devra proposer un agenda de croissance économique qui plaira non seulement à sa base électorale conservatrice issue du Sun Belt, mais aussi trouver des solutions novatrices plus « libérales » (au sens américain du terme) pour les régions économiques déprimées du pays, principalement situées dans le Rust Belt. C’est que l’économie américaine est engagée depuis 2000 sur une route plutôt cahoteuse.

Bush 1, croissance économique 0

L’hebdomadaire The Economist a qualifié le président « d’incompétent » en matière de gestion économique, et plusieurs économistes bien en vue sur la scène internationale (dont certains prix Nobel) rejettent carrément le plan de relance économique reaganien développé par l’administration républicaine, selon lequel une baisse d’impôt pour les plus riches relancerait la croissance économique du pays.

À ce titre, le déficit budgétaire du gouvernement (actuellement à 4 % du PNB), créé par la guerre en Irak et les importantes baisses d’impôt consenties aux mieux nantis, force à la hausse les taux d’intérêt, ce qui risque d’entraîner le pays dans une récession pouvant tirer vers le bas une bonne partie des économies de la planète, dont celle du Canada.

Politique sociale : In God we trust

Pour éviter ce glissement, l’administration Bush devra utiliser la politique sociale comme outil de croissance économique. 13 % des ménages vivent sous le seuil de la pauvreté, les coûts reliés à la santé explosent et les écarts entre les riches et les pauvres vont grandissants.
Entre-temps, Bush tente de sous-contracter les services sociaux aux Faith Based Initiatives qui sont gérées par des organisations caritatives religieuses. Il s’agit de dispensaires, de prisons, d’écoles, etc. Des services sociaux qui en principe relèvent de l’État sont donc de plus en plus dispensés en fonction des croyances religieuses des bénéficiaires, amplifiant du coup le problème de leur accessibilité.

Tout sécuritire, tout utilitaire

La sécurité intérieure et la politique étrangère auront été les principaux enjeux de la campagne électorale 2004. Mais bien peu de solutions novatrices et durables ont été développées et débattues par les candidats.

George W. Bush et son cabinet devront comprendre que la guerre sera toujours un remède à court terme pour un problème autrement plus complexe, de pauvreté et de marginalisation économique, et que cela nécessitera des engagements sérieux en matière d’aide au développement international et de lutte contre la pauvreté.
En 2003, les États-Unis ont consacré plus de 396 milliards de dollars US à leurs dépenses militaires, alors que 33 milliards étaient destinés au développement international. Si les États-Unis faisaient passer leur aide au développement de 0,14 % du PNB à 0,7 %, tel que réclamé par les membres des Nations unies depuis 1969, on estime qu’une telle initiative pourrait à elle seule enrayer le quart de la pauvreté sur la planète d’ici 2015, tout en gagnant une importante bataille dans la guerre menée contre le terrorisme à l’échelle mondiale.

En somme, d’ici 2008, s’il veut maximiser les potentialités de croissance de son pays tout en luttant efficacement contre le terrorisme international, George W. Bush devra sérieusement revoir son agenda de « conservatisme compatissant » et sa politique étrangère, tout en restant ouvert aux quelques outils et opportunités qui s’offrent à lui pour remettre la locomotive économique mondiale qu’est l’Amérique sur les rails. Ce faisant, il créerait non seulement une meilleure situation pour les citoyens de son pays, mais aussi un meilleur environnement économique et géopolitique à l’échelle mondiale.

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