Enjeux de développement social au Brésil

lundi 6 février 2006, par Pierre BEAUDET

Le Brésil avec ses 178 millions d’habitants fait partie de ces « pays émergents » qui pourraient se sortir du sous-développement dans les prochaines décennies. Les indicateurs macro-économiques sont en effet assez positifs : les exportations sont en croissance, l’inflation est maîtrisée, le niveau d’endettement est sous contrôle, il y a une modeste mais réelle création d’emplois. De bien des manières, le Brésil est « l’élève modèle » du développement économique tel qu’il est pensé par les grandes agences internationales. Sur le plan politique, le Brésil est une démocratie stable issue d’une longue lutte contre la dictature (qui s’est terminée en 1989). En 2002, la population a élu à la présidence de la république un candidat issu de la société civile (mouvement syndical), Luis Ignacio da Silva, mieux connu tout simplement comme Lula, qui bénéficie d’une grande légitimité au sein de la population. Le gouvernement actuel est une coalition formée par le Parti des travailleurs (dirigé par Lula) et plusieurs autres partis politiques. Autrement, le Brésil est structuré autour de 26 États (provinces) et du district fédéral de Brasilia, chacun disposant de son assemblée parlementaire élue. Plus de 1000 municipalités sont également constituées, et ce sont elles qui sont responsables de la santé et de l’éducation primaire, ce qui fait que le pouvoir au Brésil est réparti de manière assez décentralisée entre les trois paliers de gouvernement.

Mais les problèmes sociaux du Brésil restent préoccupants, car ce pays est celui où la répartition de la richesse est la plus inégalitaire dans le monde. Près de 45 millions d’habitants affamés qui ont moins d’un dollar par jour pour survivre, principalement dans l’immense région au nord du Brésil, le Nordeste. Ce sont des exclus du modèle actuel de développement et ils constituent la majorité des « pauvres absolus » qui se trouvent en Amérique du Sud. Parallèlement, plusieurs dizaines de millions de Brésiliens se retrouvent en dessous du seuil de la pauvreté. Les conséquences sont assez visibles pour quiconque visite le Brésil : famine et sous-alimentation, déficit au niveau de l’éducation et la santé, non accès à l’habitat en dur, violence et délinquance, etc.

Devant tout cela, les défis sont immenses, mais les Brésiliens ne se laissent pas abattre. Le pays est actuellement plein d’espoirs et d’initiatives, d’autant plus qu’il se produit actuellement une grande synergie entre le gouvernement brésilien et la société civile brésilienne, essentiellement les organisations communautaires qui travaillent à la lutte contre la pauvreté et pour le développement durable. De multiples projets pour sortir les pauvres de l’exclusion sont élaborés à l’échelle nationale, provinciale (les « États » au Brésil) et municipales, prenant plusieurs formes : micro entreprises, réforme agraire, aide aux plus démunis et surtout, organisation des communautés pour qu’elles se prennent en charge.

Selon les indicateurs habituels (PNB, valeur des exportations, taux d’industrialisation, etc.), le Brésil est un pays « émergent ». Chef de file de l’Amérique du Sud, ce pays semble avoir tout en mains pour entrer dans le club sélect des pays développés. Par contre en examinant d’autres indices, la situation demeure problématique puisque les écarts entre les plus riches et les plus pauvres demeurent énormes. C’est une situation d’autant plus complexe qu’elle prend des dimensions régionales : le Nordeste du pays, par exemple, présente des caractéristiques de pays sous-développé très pauvre.

Alternatives est impliqué au Brésil depuis 1994 et œuvre avec un grand nombre de partenaires locaux de même qu’avec le gouvernement brésilien. Plusieurs initiatives conjointes ont été réalisées par Alternatives avec l’ACDI et le Ministère des affaires extérieures du Canada au Brésil et sur le Brésil au cours des dernières années. Alternatives entend continuer dans cette direction en visant plus particulièrement deux secteurs d’intervention :
- La lutte contre la pauvreté et la création d’emplois
- Le bonne gouvernance par le renforcement des gouvernements municipaux et des mécanismes de participation de la société civile dans la définition des priorités publiques.

Ces secteurs découlent de la situation brésilienne et du travail que nous y avons entrepris depuis plusieurs années.

La lutte contre la pauvreté est la grande priorité du gouvernement brésilien dont la mise en place en 2002 s’est faite en promettant d’éliminer la faim (foame zero), un problème terrible qui affecte plus de 50 millions de Brésiliens, surtout dans les zones rurales et surtout dans le Nordeste. Contrairement à une approche passive et assistancialiste cependant, les programmes pour lutter contre la faim sont basés sur le principe de l’organisation communautaire et de l’initiative locale. Des moyens considérables sont engagés par le gouvernement fédéral, par les gouvernements des États (provinces) et par les municipalités pour aider les communautés locales à se prendre en main et à créer des emplois durables dans ce qu’il est maintenu convenu d’appeler « l’économie sociale ». Celle-ci se traduit par la création d’entreprises communautaires ou coopératives destinées à livrer des produits et des services à des secteurs de la population qui n’avaient pas accès auparavant. Partiellement subventionnées, ces entreprises visent à l’autosuffisance économique, tout en maintenant une approche de développement durable et équitable.

Notre deuxième priorité se situe dans le domaine de la gouvernance. Tel que dit auparavant, les gouvernements municipaux occupent une place très importante dans le développement du Brésil. Et depuis quelques années, des pratiques innovatrices et participatives ont été mises en place par plusieurs villes pour faire face aux problèmes de pauvreté et de criminalité qui sévissent un peu partout. Ces pratiques incluent notamment le « budget participatif », une méthode qui permet à la population de se prononcer sur les priorités au niveau du développement social, et qui a été expérimentée par plus de 100 municipalités brésiliennes.

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