Journal des Alternatives

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Enjeux de développement en Palestine

Ahmed ABDIRAHMAN, 6 février 2006

Avec un taux de croissance naturel d’environ 3,7%, la population palestinienne de la Cisjordanie et la Bande de Gaza est estimée à environ 3.800.000 d’habitants dont 1.400.000 habitants dans la Bande de Gaza.

Les conditions socioéconomiques des populations palestiniennes suscitent de plus en plus d’inquiétude de la part de la communauté internationale. Plusieurs missions mandatées par l’ONU indiquent une régression spectaculaire du niveau de vie, du niveau d’éducation, et du suivi sanitaire des populations de même qu’une augmentation de la pauvreté et du chômage. Le principal facteur cité est la très sévère restriction de circulation des biens et des personnes mise en place par l’armée israélienne.

La construction d’une barrière de sécurité depuis 2002 en Cisjordanie a accentué cette difficile réalité en aggravant significativement les problèmes économiques des populations palestiniennes, et dans un certain nombre de cas créé des obstacles à l’accès aux soins et à l’éducation.
- Selon les dernières données de l’UNRWA (UN Relief and Works Agency), 65% de la population vit sous le seuil de la pauvreté dont 52,2% en Cisjordanie et 77,3% dans la Bande de Gaza. Plus grave, la malnutrition a connu une augmentation dramatique surtout chez les enfants et les personnes âgées depuis le début de la deuxième Intifada. Plus de 22% des enfants de moins de cinq ans souffrent aujourd’hui de malnutrition, à comparer à 7,6% en 2000. De plus, les rentrées financières en provenance de la diaspora palestinienne se sont amenuisées. Ces conditions désastreuses ont pour effet d’accroître la dépendance de la population envers l’UNRWA et d’alourdir le fardeau de l’Autorité palestinienne.
- Selon les données du rapport 2004 du Palestinian Central Bureau of Statistics, le taux de chômage oscille aux alentours de 60%. Ce niveau significatif du chômage est le résultat direct des blocages et restrictions à la mobilité des Palestiniens. Il est également important de mentionner que seulement 14.6% de femmes participent à la main-d’oeuvre formelle. Cependant, on estime que 66% de femmes travaillent dans le secteur informel. Le bouclage des territoires et la restriction des travailleurs palestiniens en Israël bloquent toute perspective de développement économique. La circulation des produits agricoles entre la Cisjordanie et Gaza est inexistante et la majorité des produits disponibles provient presque systématiquement d’Israël en raison des contraintes financières et administratives imposées par les douanes israéliennes.
- 45% des palestiniens n’ont pas accès à une assurance médicale. Plus grave, la Société du Croissant Rouge Palestinien (PRCS), Physicians for Human Rights (Israël) et de Médecins du Monde (France) ont publié un rapport alarmant où ils font état que près de 32,7 % de tous les villages de Cisjordanie n’auront pas un accès libre et ouvert à leur système de santé à cause de la barrière. Ce chiffre atteindra 80,7 % dans les zones fermées et dans les enclaves.
- Le niveau d’instruction dans la société palestinienne est en régression. 67.5% de filles sont inscrites dans l’éducation de niveau secondaire contre 60.7% de garçons. Cette différence s’explique par le fait que les garçons vont délaisser l’école pour travailler et soutenir leurs familles. Présentement, selon l’UNICEF, on remarque une plus grande difficulté d’accès à l’école. En effet, depuis le début de l’Intifada, un total de plus de 1.300 écoles ont dû fermer pour des périodes à plusieurs reprises dû au couvre-feu ou à des mesures militaires. 13% des écoles primaires gérées par UNRWA et servant plus de 253,578 enfants ont perdu 1.475 jours d’école durant l’année scolaire 2002-2003, avec une moyenne quotidienne de 145 professeurs (9% du corps enseignant total d’UNRWA) incapables d’atteindre leurs écoles. Le Mur en construction en Cisjordanie prive 22 localités de leurs écoles (42% des écoliers et 46% des professeurs en Cisjordanie sont affectés par la construction de ce Mur).

Les différents groupes sont affectés par prolifération de la pauvreté et du chômage, mais on remarque que certains groupes sont plus touchés. Les enfants et les femmes sont les plus affectés.

Cette crise économique est surtout le résultat du conflit et de l’occupation des Territoires palestiniens qui perdurent depuis plusieurs décennies. Pire, depuis la signature des accords d’Oslo, l’Autorité palestinienne est entachée par de nombreuses irrégularités au niveau de la démocratie et de la bonne gouvernance :
- Gestion autoritaire et très centralisée dans les mains de Yasser Arafat (depuis la mort du président Arafat, l’autorité palestinienne a réussi le test de la transition en organisant avec succès des élections transparentes et démocratiques) ;
- Faible transparence des institutions gouvernementales, notamment au niveau du suivi budgétaire ;
- Haut taux de corruption au niveau des institutions gouvernementales ;
- Faible diversité au sein des médias et omniprésence du contenu gouvernemental.

Alternatives est présente depuis plus de 20 ans dans les Territoires de Cisjordanie et Gaza et a développé non seulement une analyse et une expertise du conflit mais entretient une étroite collaboration avec des partenaires palestiniens et israéliens de la société civile. Du côté israélien, Alternatives travaille avec le Alternatif Information Center (AIC).

Au cours de ces années, Alternatives a su maintenir une programmation essentielle en appui aux organisations de bases de la société civile notamment les cliniques de santé mobiles, les groupes de défense des droits de la femme, l’éducation à la citoyenneté, les initiatives de rapprochement et de dialogue. Alternatives a joué un rôle primordial pour faciliter la mise en réseau des ONG palestiniennes (PNGO) dont le travail d’éducation à la citoyenneté, à la santé, à l’éducation de base et aux droits de la personne s’est avéré être porteur de grands espoirs pour l’enracinement démocratique et l’émergence de réelles stratégies de développement durable pour les acteurs de développement et les populations vulnérables des Territoires palestiniens. Il est nécessaire de consolider ces précieux acquis, par un appui institutionnel et un programme de renforcement des capacités approprié, réalisé à travers des projets ciblés en matière de lutte contre la pauvreté et de développement démocratique.

Il est également important de noter le rôle essentiel que l’éducation joue en Palestine pour l’établissement d’une culture nationale de démocratie et de défense des droits humains. Il faut souligner aussi l’importance des médias indépendants en Israël pour sensibiliser les citoyens israéliens sur les enjeux du conflit et sur la souffrance des palestiniens. Les revues, journaux et mensuels de AIC répondent à ces besoins essentiels pouvant garantir l’accès à une information indépendante et citoyenne.