Journal des Alternatives

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Enjeux de développement au Niger

François L’ÉCUYER, 25 janvier 2006

Avant-dernier au classement du PNUD portant sur le développement humain, le Niger est encore aujourd’hui frappé de conditions de pauvreté extrême : une minorité de jeunes filles ont accès à l’éducation ; près de la moitié de la population n’ont pas accès à l’eau potable ; la majorité des gens vivent avec moins de $1 par jour. Situé de part et d’autre du Sahel et du Sahara, le Niger est en proie à un processus de désertification, déstabilisant le potentiel d’agriculture et d’élevage des terres.

Ce sous-développement économique est longtemps allé de pair avec un sous-développement démocratique : de son indépendance aux années 1990, le Niger fut dirigé par des dictatures militaires successives, retardant l’émergence de réelles institutions démocratiques. Engagé sur la voie de la démocratisation depuis 1991, le Niger a malheureusement rencontré quelques ratés, notamment par le retour des militaires à la tête du pays en 1996. La société civile nigérienne, notamment les médias indépendants et les mouvements étudiants, ont ardemment défendu les acquis démocratiques, provoquant le départ des militaires et l’organisation d’élections démocratiques en 1999. Depuis, de nouvelles élections ont eu lieu à l’automne 2004.

Les répercussions de ce manque de profondeur démocratique sur le Niger d’aujourd’hui sont lourdes. Notons entre autres le faible respect des droits de la personne ; les libertés de presse, de parole et d’association trop souvent bafouées ; des conflits communautaires sanglants, notamment entre éleveurs et agriculteurs ; les faibles capacités de gestion des institutions gouvernementales, laissant planer un processus de décentralisation des pouvoirs vers les gouvernements locaux plutôt chaotique.

Néanmoins, la société civile nigérienne s’est, depuis une quinzaine d’années, consolidée et peut maintenant intervenir dans les processus de démocratisation du pays et de lutte contre la pauvreté. Les mouvements de femmes et de jeunes, tant en milieu urbain qu’en milieu rural, travaillent afin d’enrayer les graves violations des droits de la personne que sont la violence, l’esclavage et le manque d’accès aux services essentiels, tout en encadrant d’essentielles activités génératrices de revenus pour les populations les plus vulnérables. Les médias indépendants et communautaires, notamment au niveau de la presse écrite et radiophonique, sensibilisent les populations aux enjeux de citoyenneté, de santé et d’éducation - tout en s’avérant être d’efficaces chiens de garde en matière de bonne gouvernance publique, notamment face à la corruption des élus.

En appuyant les initiatives de lutte contre la pauvreté et de bonne gouvernance, Alternatives entend contribuer à un réel développement socioéconomique et démocratique au Niger.

Classé avant-dernier à l’indice de développement humain du PNUD, plusieurs indicateurs socioéconomiques et démographiques témoignent de la crise du sous-développement au Niger :
- Une espérance de vie qui ne dépasse pas 46 ans ;
- 41% de la population n’a pas d’accès durable à l’eau potable ;
- 61% de la population vit avec moins de 1 dollar par jour - 85% avec moins de 2 dollars ;
- 42% de la population souffre de malnutrition ;
- 89% de la population est analphabète.

Cette crise économique est également entachée par de nombreuses irrégularités au niveau de la démocratie et de la bonne gouvernance :
- Alternance entre régimes démocratiques et régimes militaires depuis la démocratisation de 1991 ;
- Faible transparence des institutions gouvernementales, notamment au niveau du suivi budgétaire ;
- Haut taux de corruption au niveau des institutions gouvernementales ;
- Attaques répétées contre la liberté de la presse - emprisonnement de journalistes, fermetures de radios privées, etc.

Depuis dix ans, Alternatives a su maintenir une programmation essentielle au Niger, en appui aux journaux indépendants, aux radios communautaires et aux groupes de défense des droits de la personne. Le mensuel que nous avons appuyé au fil des ans, Alternative Espaces Citoyens, est dorénavant publié sur une base hebdomadaire, et figure parmi les meilleurs journaux nigériens. Par notre collaboration avec le Groupe Alternative, nous avons facilité la création d’une radio communautaire, dont le travail d’éducation à la citoyenneté, à la santé, à l’éducation de base et aux droits de la personne s’est avéré être porteur de grands espoirs pour l’enracinement démocratique et l’émergence de réelles stratégies de développement durable pour les acteurs de développement et les populations vulnérables de ce pays. Il est nécessaire de consolider ces précieux acquis, par un appui institutionnel et un programme de renforcement des capacités appropriés, réalisés à travers quelques projets ciblés en matière de lutte contre la pauvreté et de développement démocratique.

Il est également important de noter le rôle essentiel que les médias indépendants nigériens jouent en matière de lutte à la corruption et d’enracinement des pratiques de transparence dans la gestion des affaires publiques. Par ses nombreux dossiers d’enquête, le journal Alternative a su rendre les dirigeants politiques redevables auprès de la population. Fonds de développement, régime de taxation, travaux d’infrastructures, processus d’appels d’offres : autant de chantiers gouvernementaux qui, de par l’action des médias, deviennent publics et sont dorénavant appropriés de façon citoyenne par les populations. Dans un pays où une grande partie de la population demeure analphabète, les radios communautaires à vocation d’éducation populaire prennent toute leur importance. La Radio Alternative et le journal hebdomadaire Alternative Espaces Citoyens conjuguent ces besoins essentiels pouvant garantir l’accès à une information indépendante et citoyenne.

En plus de son travail de médias et démocratisation, Alternatives et ses partenaires nigériens soutiennent aussi de nombreuses initiatives en matière de lutte à la pauvreté. À travers les Clubs Alternative, composés de bénévoles de la Radio Alternative et d’agents de développement des quartiers défavorisés de Niamey, et le bureau régional de Diffa du Groupe Alternative, nous soutenons les initiatives suivantes :
- Sécurité alimentaire en milieu rural (région semi-désertique). Cette composante est constituée d’un programme de formation en agriculture organique, visant à accroître le rendement agricole dans la région de Diffa par la réduction de la dépendance aux intrants externes, un meilleur contrôle des parasites, ainsi que des techniques de récupération de l’eau améliorées.
- Sécurité alimentaire en milieu urbain. Cette composante vise à accroître la production agricole en milieu urbain, par la vulgarisation de techniques de jardinage adaptées aux espaces restreints : jardins communautaires, récupération des eaux de pluies, jardins sur les toits et agriculture hydroponique simplifiée.
- Activités génératrices de revenus. Afin de répondre au manque de ressources monétaires, un problème vécu par la grande majorité des familles nigériennes, Alternatives et ses partenaires appuient une série d’initiatives visant à accroître les revenus financiers des femmes, notamment, et qui répondent aux diverses facettes du sous-développement : renforcement des échanges économiques entre Niamey et les régions rurales en matière de commercialisation des produits agricoles ; appui aux initiatives de femmes en transformation de produits alimentaires ; activités de recyclage et de gestion des déchets à Niamey.