Journal des Alternatives

Dieu ne créa pas... la mondialisation

Fred LESKA, 29 octobre 2002

Militer pour changer le monde, pour beaucoup d’entre nous, est souvent synonyme d’activisme politique et idéologique. Pour d’autres, c’est tout simplement une croyance, quelque chose qui va de soi, un devoir à accomplir. C’est le cas des sœurs Jeannine, Gisèle et Raymonde de la Maison provinciale des Sœurs de la Sainte-Famille de Bordeaux.

Parmi tous ceux et celles qui veulent construire un autre monde se trouvent aussi des religieux, des personnes que nous oublions souvent de prendre en compte lorsque l’on énumère l’ensemble des secteurs de la société qui agissent en faveur d’un monde différent, dans la mouvance des actions contre la mondialisation néolibérale. Si l’avenir du monde peut être parfois perçu de manières différentes par les laïques et les croyants, il n’en demeure pas moins que l’objectif de la lutte demeure le même.

Dans ce combat, tous les acteurs s’entendent pour situer leurs actions et revendications au-delà des frontières, des appartenances sociales, culturelles, ethniques ou religieuses.

Et apparemment, aux dires de certaines, nous ne sommes pas seuls. Dieu serait au cœur du mouvement citoyen qui prône, entre autres choses, le respect dans la différence. C’est ainsi que trois femmes, trois religieuses, travaillent pour que règne la justice pour tous les hommes, chaque jour, à leur niveau, au sein de leur communauté. Elles se battent pour plus de dignité sur la terre et veulent que les biens de la planète soient partagés équitablement entre tous. Si la prière garde toujours une place importante pour ces femmes, cela ne les empêche pas de passer à l’action.

Citoyennes du monde

Jeannine, Gisèle et Raymonde font partie de la Maison provinciale des Sœurs de la Sainte-Famille de Bordeaux, à Montréal, depuis une dizaine d’années. Elles se présentent d’emblée comme des citoyennes du monde. « Nous ne sommes pas des zombies », glisse l’une d’entre elles, avec humour. Elles ne veulent pas être assimilées à des femmes recluses, qui portent des habits de prière. Dans le regard de ces religieuses, on sent un côté rebelle, passionné.

Dernièrement, Robert Jasmin, le président de l’association Attac-Québec, qui milite en faveur de la taxe Tobin sur les transactions financières, a rencontré une partie de la communauté de la Sainte-Famille de Bordeaux pour lui expliquer cet outil censé lutter contre la pauvreté, le fer de lance de l’association Attac. En effet, certaines des sœurs de la communauté ont décidé de se donner les moyens de comprendre de telles notions économiques, en faisant appel à diverses personnes-ressources.

Ainsi, au cours de l’année, elles étudieront une thématique différente lors de leurs réunions régionales. Un programme auquel participent environ une centaine de sœurs à travers le Québec.

L’idée de ces religieuses, c’est de pouvoir en arriver elles-mêmes à enseigner le fonctionnement de la taxe Tobin, par exemple. Génial, non ? Et ça ne s’arrête pas là. Elles font aussi signer des pétitions en faveur d’un monde plus juste, plus équitable. Elles sont militantes et elles n’ont pas peur de l’affirmer.

Dans le passé, Gisèle et Raymonde ont été missionnaires en Afrique. « On en a vu de l’injustice », constatent-elles. Elles tranchent, en chœur : « La société nouvelle doit être un monde où chacun a droit aux richesses. »

Dans leur communauté, si elles se contentent du strict minimum, c’est pour « remettre aux pauvres de quoi se prendre en main, en redistribuant [leurs] économies. » Leur combat tient à une parole, fût-elle sacrée : « Aimez-vous les uns les autres. »

« Il faut arrêter de se taire », expliquent les trois religieuses, l’une d’entre elles tapant presque du poing sur la table, comme pour nous convaincre que leur chemin dépasse leur croyance, parce qu’elles pensent que notre société, tant localement que mondialement, doit « retrouver le sens de l’autre ».

La crise de la « vocation » est bien connue chez les catholiques. Et l’on va moins à l’église qu’auparavant. Mais les messes avaient au moins cet avantage de réunir.