Dialoguer avec le Hamas

dimanche 21 février 2010, par Arik Diamant, David Zonsheine

Exprimant leur « honte » devant l’opération Plomb Durci dont la plupart des victimes étaient des civils, Arik Diamant et David Zonsheine, tous deux soldats de réserve, s’élèvent contre une stratégie de confrontation avec le Hamas qu’ils jugent inefficace pour Israël et appellent à un dialogue direct avec un groupe qui représente une partie importante du peuple palestinien et a prouvé par le passé sa capacité à faire respecter un accord. --- L’assassinat récent d’un militant du Hamas à Dubaï, qui s’apparente à du terrorisme d’Etat, montre que la voie choisie en Israël est toute autre. Le Hamas, s’il décide de venger ce crime, fournirait alors un alibi aux partisans de l’escalade et du conflit perpétuel, qui redoutent plus que tout la paix et le sacrifice des conquêtes territoriales illégales qui devrait l’accompagner (Introduction/traduction - ContreInfo)
Le Guardian, février 2010

Les médias israéliens ont pratiquement transformé en célébration le premier anniversaire la guerre contre Gaza, l’opération « Plomb Durci ». L’opération est presque unanimement considérée en Israël comme un triomphe militaire, un combat victorieux contre l’un des plus mortels ennemis d’Israël : le Hamas.

En tant que soldats des Forces de Défense Israéliennes, nous avons de sérieux doutes sur cette conclusion, principalement parce qu’il n’y a pratiquement pas eu de combat contre le Hamas durant l’opération. Dès son début, le Hamas est passé dans la clandestinité.

La plupart des pertes palestiniennes ont été infligées par les raids aériens, les tirs d’artillerie, et les tireurs d’élite postés à distance. Un combat victorieux ? Plutôt du tir aux pigeons. L’opération Plomb Durci a consisté principalement à bombarder l’un des endroits les plus surpeuplés de la terre, en frappant des cibles civiles, comme des maisons, des écoles et des mosquées, laissant finalement plus de 1.300 blessés, essentiellement des civils, dont plus de 300 étaient des enfants. En tant que soldats de réserve de Tsahal, la honte nous fait baisser la tête devant cette horrible attaque contre une population civile.

Les objectifs de l’opération, sont aussi discutables. L’opération Plomb Durci prétendait arrêter les tirs de missiles du Hamas. Mais la question des missiles Qassam avait été résolue avant que l’opération ne commence. L’accord de cessez-le feu entre le Hamas et Israël depuis le 19 Juin 2008 avait amené une réduction drastique du nombre de missiles tirés depuis Gaza, qui était passé de quelques centaines par mois à environ une douzaine sur une période de cinq mois. C’est Israël qui n’a jamais appliqué son engagement de mettre fin au siège de Gaza, a violé le cessez-le feu en novembre 2008 en attaquant des cibles dans la bande de Gaza, a pour l’essentiel ignoré la proposition du Hamas pour renouveler la trêve et a finalement lancé l’opération Plomb Durci quelques semaines plus tard.

Le véritable objectif de cette opération était différent de celui annoncé par les autorités israéliennes. Le véritable objectif n’était pas d’arrêter les Qassams, mais de renverser le gouvernement du Hamas. En tant que telle, l’opération a échoué. Le Hamas à Gaza est plus fort que jamais.

Un an après cette guerre brutale, il est nécessaire de changer de stratégie. Israël devrait commencer à entamer immédiatement des pourparlers avec le Hamas, à négocier non seulement un cessez-le feu, mais aussi sur les « questions fondamentales » qui doivent entrer dans un accord de fin de conflit. Il est clairement dans l’intérêt d’Israël d’entamer un dialogue ouvert avec le Hamas.

Tout d’abord, parce que le Hamas ayant été démocratiquement élu à Gaza et ayant gagné la confiance et le respect d’une partie importante du peuple palestinien, tous ceux qui espèrent résoudre ce conflit seront finalement obligés de négocier avec ce groupe.

Deuxièmement, le Hamas s’est montré capable d’offrir la paix et la tranquillité aux citoyens vivant au sud d’Israël. Comme il l’a démontré précédemment, le Hamas a une forte emprise sur toutes les organisations agissant dans la bande de Gaza et peut faire appliquer une trêve.

En troisième lieu, un échange de prisonniers est notre seule chance de libérer Gilad Shalit, le soldat enlevé. En retour, Israël libérera des centaines de prisonniers du Hamas, parmi les 8000 palestiniens détenus dans les prisons israéliennes. Un tel marché peut avoir une influence apaisante sur l’opinion publique tant en Israël qu’en Palestine et pourrait marquer une étape importante vers la réconciliation entre les deux peuples.

Le Hamas est actuellement l’ennemi d’Israël, mais on fait la paix avec ses ennemis, pas avec ses amis. Le Hamas est également un mouvement puissant, pragmatique et bien organisé, qui peut-être un futur partenaire avec lequel Israël peut « conclure un marché ». Les réticences à reconnaître le Hamas comme étant la partie au pouvoir dans la bande de Gaza résultent en une stratégie qui a échoué et doit être remplacée. Une nation qui est à la recherche d’une paix véritable ne peut se permettre d’ignorer ses partenaires.


Voir en ligne : le Guardian


• Arik Diamant et David Zonsheine sont les fondateurs de Courage to Refuse, un mouvement de soldats réservistes israéliens qui refusent de servir dans les territoires occupés. En Novembre 2009, ils ont lancé une initiative appelant Israël à ouvrir un dialogue avec le Hamas.

Publication originale Guardian, traduction Contre Info
Illustration : Arik Diamant (D) et David Zonsheine (G)

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