Déchets électroniques : un fléau

mardi 23 juin 2009, par Muriuki Mureithi

Les déchets électroniques ne font pas les manchettes, mais la croissance exponentielle de leur volume dans les pays en voie de développement est une bombe à retardement. Des pays comme le Kenya ont évidemment besoin d’ordinateurs, mais ceux qu’ils reçoivent des « généreux » pays développés sont souvent brisés ou trop vieux.

Une étude récente menée au Kenya par le ICT Action Network montre que ce pays est pris avec 3 000 tonnes de déchets informatiques chaque année. Et ce volume augmente continuellement. En l’absence de politiques de traitement des rebuts électroniques au Kenya, les carcasses d’ordinateurs ou d’imprimantes sont brûlées dans des dépotoirs à ciel ouvert, enfouies au péril de l’environnement ou démantelées sans tenir compte des dangers pour la santé. L’étude réalisée aussi au Maroc, en Ouganda, au Sénégal et en Afrique du Sud souligne que les déchets électroniques constituent un sérieux problème partout en Afrique subsaharienne.

Les effets nocifs des matériaux contenus dans des objets électroniques commencent à se manifester. Selon un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement, une fillette de douze ans vivant près d’une des plus grandes décharges de Nairobi avait deux fois plus de plomb dans l’organisme que les maximums reconnus internationalement. Le document précise que les enfants sont contaminés au plomb en respirant la fumée dégagée par l’incinération de déchets et par des poussières toxiques qui se déposent sur la nourriture ou le sol.

L’étude du ICT Action Network révèle également le mauvais état de santé des travailleurs de l’industrie du recyclage qui démembrent des ordinateurs sans aucune mesure de précaution, et sans vêtements adéquats. Ils se plaignent des vapeurs émises par la combustion de ce qui est rejeté, par les radiations des moniteurs et par les odeurs des imprimantes au laser. À long terme, la mauvaise gestion de ces rebuts va contaminer l’eau et les sols.

Des « cadeaux » qui ne fonctionnent pas

Le problème des déchets électroniques doit être pris de front rapidement parce que la quantité d’équipement mis en marché ne cesse de s’accroître. Selon l’étude de l’ICT, le nombre d’ordinateurs a augmenté de 60 % annuellement au Kenya lors des quatre années évaluées. Cette croissance est notamment encouragée par le gouvernement kenyan qui promeut l’informatique. Par exemple, l’État a éliminé les taxes sur les ordinateurs pour les rendre plus abordables.

L’étude a noté que la plupart des ordinateurs dans les bureaux sont vieux  : la moitié ont plus de cinq ans. Ils vont donc bientôt prendre la route du dépotoir. Ceci est aussi vrai pour les ordinateurs de seconde main donnés aux écoles kenyanes par l’Europe et l’Amérique du Nord. Bon nombre de ces ordinateurs ne fonctionnent pas lorsqu’ils arrivent au Kenya. Par conséquent, le pays n’arrive pas à disposer de ces rebuts en raison de l’utilisation plus répandue de l’informatique et de l’obsolescence des appareils.

L’État kenyan n’a aucun cadre réglementaire pour faire face au phénomène. Le ministère responsable des technologies de l’information et des communications ne régule que les déchets liés à la téléphonie. Malheureusement, les ordinateurs, ainsi que leur importation, ne font l’objet d’aucune règle. Le ministère de l’Environnement n’a adopté aucune politique, même si elle est en train d’en développer une. Sans encadrement, la gestion des rebuts électroniques demeure chaotique, malgré de graves répercussions sur la santé et l’environnement.

Il y a cependant une lueur d’espoir. Par exemple, l’ONG Computer for Schools Kenya (CFSK) importe des ordinateurs usagés d’Europe, puis les remet à niveau avant de les offrir aux écoles. Lorsqu’un ordinateur cesse de fonctionner, CFSK récupère la machine, la démonte et vend certaines pièces à des compagnies locales. Les matières dangereuses que l’ONG et le Kenya n’arrivent pas à traiter sont renvoyées aux partenaires européens pour être mises à l’écart de manière sécuritaire. L’ONG commence d’ailleurs à offrir ce service aux entreprises kenyanes.

Cet exemple montre qu’il est possible de mieux gérer les rebuts informatiques grâce à des règles et de bonnes pratiques. L’imposition d’une taxe sur le recyclage serait un bon début. Ceci est possible au Kenya, puisqu’une personne sur quatre interrogée dans l’étude se disait prête à payer pour recycler adéquatement le matériel informatique. Mais le gouvernement doit sensibiliser la population tout en se dotant de lois et d’une structure pour collecter les frais de recyclage. Et des pays comme le Canada sont bien placés pour donner un coup de main au Kenya dans ce domaine.


L’auteur est un des deux principaux chercheurs de l’étude de l’ICT Action Network et président de Summit Strategies, une firme de consultants en technologie de l’information et des communications basée à Nairobi.

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