Journal des Alternatives

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de Porto Alegre, Brésil

Dans les coulisses du Forum social mondial

Catherine BINETTE, 25 décembre 2004

Porto-Alegre, Brésil - Ça y est, c’est commencé. La cinquième édition du Forum social mondial (FSM) s’ouvre aujourd’hui, 26 janvier, et se déroulera jusqu’au 31 janvier 2005, dans la ville de Porto Alegre, au Brésil.

Dans les bureaux du secrétariat du FSM, comme dans le quartier général du Campement de la jeunesse, aménagé à même le site du campement, l’atmosphère était frénétique ces derniers jours. Tous, les employés, les bénévoles, mais aussi les étrangers qui, comme moi, sont venus prêter main-forte à l’organisation de ce projet colossal, se sont donnés corps et âmes pour sa réussite.

Sur les rives du lac Guaiba, là où le FSM se tient, la construction des infrastructures est à peine achevée. Les nombreux chapiteaux ont commencé à prendre forme au début janvier. Les ressources financières, octroyées en majorité par le gouvernement fédéral, semblent bien limitées malgré une somme qui atteint les 8 millions de dollars canadiens. C’est que contrairement aux éditions antérieures, certaines grandes infrastructures de la ville, comme l’université PUC et le stade Gigantinho, n’ont pas été mises à la disposition des participants du forum. Tout a donc dû être construit, des salles de conférences aux lieux de restauration. Plus d’une centaine d’entreprises sont liées à l’événement par contrats et des milliers d’employés ont été engagés, dont la majorité œuvre dans des coopératives promotrices de l’économie solidaire Partout, que ce soit chez les diverses organisations communautaires, les associations sociales, ou les centrales syndicales, tous se sont activés. Réunions de travail laborieuses, débats politiques corsés et séminaires organisationnels mouvementés ont été le lot quotidien de la phase préparatoire du forum.

C’est que cette année, le défi est grand. La défaite du Parti des travailleurs (PT) à la mairie de Porto Alegre, lors des élections municipales de cet automne, a causé une onde de choc au sein de la gauche brésilienne. Après 16 ans de règne à Porto Alegre et d’élaboration de projets sociaux progressistes - on pense évidemment au FSM mais aussi au budget participatif - et Porto Alegre est passée aux mains du Parti des mouvements démocratiques du Brésil (PMDB), qui est depuis toujours sa principale opposition.

Cet échec de la gauche, alors que la politique économique du gouvernement Lula est sérieusement critiquée, atteint profondément l’unité de la base militante du PT et des mouvements sociaux en général. En 2003, les forces du mouvement social brésilien étaient réunies derrière le projet révolutionnaire du PT qui venait pour la première fois de remporter les élections nationales. Deux ans plus tard, l’euphorie n’est plus la même. Et tous ne s’accordent pas sur la nouvelle politique de Lula, dont les changements sociaux annoncés tardent à se concrétiser.

Mais les militants du PT gardent espoir. Les prochaines élections nationales auront lieu en 2006. Les membres du PT sont prêts à continuer de travailler ensemble, et quoi de mieux qu’un forum social pour élaborer de nouvelles stratégies et articuler des luttes avec les mouvements sociaux du monde entier ! Le FSM n’est peut-être pas la réponse finale aux divisions du mouvement social brésilien ni aux grands enjeux sociaux politiques de notre mouvement de résistance planétaire, mais il fait certainement partie de la solution.


L’auteure est stagiaire d’Alternatives au Brésil.