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DEC : Une montée exponentielle d’un mouvement étudiant axé sur les initiatives locales

Rozana Ryan, 2 mai 2019

Si depuis plusieurs mois déjà, les actions de résistance écologiste provenant de plusieurs milieux étudiants, à l’international comme au Québec, font les manchettes, force est de constater qu’un profil d’activiste semble se dessiner dans la représentation médiatique de cette lutte aux proportions exponentielles. En effet, la couverture médiatique des événements fait souvent le cas de jeunes étudiant·es engagé·es très tôt, quittant leurs cours à chaque vendredi pour un débrayage hebdomadaire, à l’image de Pour le futur. Il est également question d’étudiant·es de niveau universitaire, possédant une expérience de lutte déjà plus forte, qui s’organisent souvent autour d’actions sporadiques mais de grande visibilité, à l’image de La Planète s’invite à l’Université.

L’exception cégépienne québécoise et l’historique de lutte sociale qui s’y rattache étant ce qu’elles sont, on s’attendrait à observer un noyau contestataire très actif autour des différentes associations étudiantes collégiales. Or, le focus médiatique ne semble pas s’intéresser outre mesure, mis à part le débrayage général historique du 15 mars dernier, à cette dimension cégépienne de la lutte environnementale au Québec.

Il existe toutefois un mouvement, revendiquant un mode de fonctionnement axé sur des initiatives locales et prônant une décentralisation efficace, tout en se donnant les moyens de s’allier pour de plus larges opportunités d’action. Ce mouvement, c’est le DEC, Devoir Environnemental Collectif. Le Journal des Alternatives a pu contacter Rozana Ryan, l’une des instigatrices de ce rassemblement militant afin, qu’elle puisse nous présenter les points névralgiques de cette mobilisation de différents cégeps.

JdA : D’où vient l’initiative du DEC (Devoir environnemental étudiant) ?

R.R : Cette initiative a commencé localement, émergeant d’une rencontre entre quelques étudiant·es au cégep engagé·es sur le plan environnemental. Nous allions souvent aux rencontres de La Planète s’invite à l’Université (LPSU), avec laquelle nous coordonnions principalement nos actions militantes. Nous avons toutefois réalisé que notre réalité étudiante, qui se transpose donc dans nos moyens d’actions, était différente de celles des étudiant·es universitaires ou même du secondaire. LE besoin de créer un mouvement à la saveur toute cégépienne se faisait donc sentir. Nous avons organisé une première rencontre qui a attiré une quinzaine de personnes. De fil en aiguille, nous sommes maintenant fièr·es de compter une vingtaine de cégeps au sein du mouvement.

JdA : Pourquoi la mobilisation n’est pas restée divisée en sections locales dans les cégeps ?

R.R : Nous croyons en l’importance d’un mouvement rassembleur pour les cégeps, car cela permet une meilleure compréhension des particularités locales des autres établissements. Il y a une différence dans les moyens d’actions entre un cégep en plein cœur de Montréal et un autre en banlieue et ces différentes réalités régionales se doivent d’être comprises par le plus de militant·es possibles pour bâtir un mouvement solide. Le DEC nous permet aussi de partager rapidement plusieurs initiatives entre les cégeps adhérents, comme l’installation du moteur de recherche Écosia ou le développement d’initiatives de compost.

JdA : Quelles sont vos relations avec La Planète s’invite à l’Université et Pour le Futur ?

R.R : Nous travaillons évidemment de pair avec ces deux mouvements. Si notre objectif premier est de travailler à la mobilisation des cégépien·nes pour la lutte environnementale, cette dernière nous rassemble avec les autres mouvements car notre but est commun : Sauver la Planète.

JdA : Possédez-vous des revendications qui vous sont propres ?

R.R : La plupart de nos revendications sont les mêmes que celles des autres groupes environnementaux, étudiants ou non, qui œuvrent au Québec. Cependant, nous revendiquons des actions plus concrètes dans les cégeps, notamment l’instauration d’un cours obligatoire sur la sensibilisation environnementale au niveau collégial au Québec.

JdA : Sur le plan politique, quelle est votre vision du travail du gouvernement Legault et des autres partis politiques sur le plan environnemental ?

R.R : Nous dénonçons l’inaction en matière de lutte à la dégradation de l’environnement de nos gouvernements à tous les niveaux, vis-à-vis l’ampleur de la crise écologique qui se produit actuellement. Nous espérons des changements concrets dans leur attitude et leurs politiques dans les plus brefs délais. Nous sommes non-partisan·es.

JdA : Que pensez-vous de l’avenir de la mobilisation suite à la Semaine de la Terre que nous venons de vivre ?

R.R : Ce n’est évidemment qu’un début. L’automne 2019 sera un automne climatique, où tous les niveaux étudiants seront invités à participer à des actions environnementales concrètes. Nous travaillons également activement à la préparation de la grève mondiale du 27 septembre, annoncée il y a quelques mois. Cet été sera notamment rempli de formations et de cercles de réflexion quant à l’avenir du mouvement et de l’implication du plus grand nombre possible d’étudiant·es dans cette lutte essentielle.

Post-scriptum : Depuis cet entretien, le DEC s’est déjà fait remarquer à travers différentes actions sur le plan provincial. Notamment dans la mobilisation de l’encerclement de l’Assemblée nationale ou encore de la Grande marche de la Semaine de la Terre du 27 avril. La perspective d’un mouvement écologiste au niveau collégial grandissant à une vitesse exponentielle au Québec a de quoi surprendre suite à la nouveauté de leur organisation. Cela n’empêche pas le DEC de se faire activement remarquer. Sa place en est sans aucun doute d’importance dans l’avenir de la mobilisation environnementale au Québec.


Entrevue réalisée par Charles Castonguay, membre du Comité de rédaction du Journal des Alternatives. Les réponses ont été éditées à des fins pratiques.