Journal des Alternatives

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Murdochville ne fermera pas :

Condamnés au chômage

Geneviève GÉLINAS, 1er octobre 2002

Murdochville accumule les coups durs. Perte de 300 emplois ce printemps, qui s’ajoutent aux 300 autres perdus en 1999, exode de la population. Mais le plus grand drame de la ville minière, c’est sans doute de voir une population autrefois si soudée s’entre-déchirer. Et le référendum du 25 août, où 65 % de la population a voté en faveur de la fermeture, n’a rien réglé.

« D’habitude, je me mêle de mes affaires », tient à préciser Renalda Johnson. Mais elle en a assez du climat de tension qui pourrit sa ville. Peu habituée à parler à la presse, elle voulait tout de même appeler ses concitoyens à la solidarité.

Renalda est arrivée à Murdochville en 1962. Originaire de Gaspé, sa famille a déménagé pour suivre le père, qui travaillait pour la voirie depuis les débuts de la ville minière, en 1952. « Les rues de Murdochville, c’est lui qui les a construites », déclare-t-elle fièrement. Le mari de Renalda a travaillé à la mine, puis à la Fonderie. Après son divorce, en 1999, elle est déménagée à Montréal.

Pas pour longtemps. Montréal, ce n’était pas pour elle. À 54 ans, Renalda en paraît davantage. Elle souffre de problèmes cardiaques et est revenue à Murdochville parce que « c’est tranquille ici ». Mais elle supporte mal de voir ses concitoyens s’entre-déchirer. « C’est "toutte" le même monde que quand j’étais jeune. On se connaît tous, c’était comme une grande famille. Mais maintenant, on est en train de s’entre-détruire. »

Depuis la fermeture de Fonderie Gaspé, en avril, les opinions se sont polarisées. Des citoyens autrefois soudés sont maintenant divisés en deux classes : les « oui » (pour la fermeture) et les « non » (contre). Chaque clan accuse l’autre de le « prendre en otage ». Les « oui », parce qu’ils croient qu’ils n’obtiendront pas d’indemnités sans fermeture. Les « non », parce qu’ils ne voient pas pourquoi ils devraient sacrifier leur ville afin de permettre aux autres d’obtenir des montants d’argent.

Au travail, plusieurs ont reçu la consigne de ne pas parler de « ça ». « Rappelle-moi plus tard, je suis au travail, je ne peux pas en parler », se fait-on souvent répondre. La question de la fermeture suscite tellement de tensions qu’elle en est devenue taboue.

On espère toujours de l’aide

Renalda Johnson espère que Noranda et le gouvernement aideront ceux qui veulent partir. « Moi, je ne veux pas m’en aller. J’aime ça ici. Mais d’autres sont endettés, ils ne peuvent pas partir sans aide. »

L’un de ses fils travaillait à la Fonderie comme soudeur. Muni d’une solide formation professionnelle, il s’est trouvé un autre emploi... à Montréal. Sa maison à Murdochville, il n’a pas terminé de la payer. Aujourd’hui, elle ne vaut pratiquement plus rien, et il n’a pas les moyens de payer à la fois un appartement à Montréal et une maison à Murdochville. Sa femme et ses enfants sont donc restés dans la ville minière. Et les neuf heures de route entre Montréal et Murdoch, le fils de Renalda les franchit rarement.

Les deux autres fils de Mme Johnson ont étudié en Gaspésie. Ils sont maintenant installés à Montréal. « Il n’y a rien pour eux ici », soupire-t-elle. Fini le temps où la mine embauchait les jeunes à 16 ans pour des salaires d’homme.

Quand on demande à Renalda si elle croit aux projets de relance pour Murdochville, elle laisse échapper un rire amer. « Je ne crois plus grand-chose », lance-t-elle.

Québec a refusé de fermer la ville. Pas question d’indemnités non plus, de peur de créer un précédent. Mais le gouvernement n’a encore annoncé aucun projet de relance. Quant aux négociations du Syndicat des métallos avec Noranda, elles ne visent que les travailleurs mis à pied. Rien pour les commerçants ou les retraités.

Beaucoup croient que si chacun avait trouvé son compte dans les offres de Québec et de Noranda, la population de Murdochville serait moins divisée. Même le président du Comité du oui, Gérald Young, pourtant fervent partisan de la fermeture, l’a admis dans un mouvement d’humeur : « S’il y avait eu quelque chose pour tout le monde, pour ceux qui veulent rester et ceux qui veulent partir, comme Rémy Trudel [le ministre des Régions] l’avait promis [lors d’une visite à Murdochville le 2 juillet], on n’en serait pas là, on n’aurait même pas eu besoin de référendum. »

Geneviève Gélinas, journal Alternatives, Gaspé.