Journal des Alternatives

Chants, prières et sirènes » dans la nuit de Port-au-Prince

Soline Ledésert, 14 janvier 2010

« Secousse ! ! ». Alors que la nuit a été plutôt calme à Port au Prince, un nouveau choc vient d’être ressenti, comme le rapporte Richard Morse à 8h du matin heure locale.

Les Haitiens, qui ont dormi là où ils pouvaient, sur des routes, à la belle étoile, dans un calme sourd mais angoissant, voient le jour se lever en ressentant à nouveau un tremblement de terre.

Récit brut de l’atmosphère nocturne par plusieurs internautes de Port-au-Prince.
« Port au Prince est très calme. La souffrance est sourde »

« Les gens commencent à se réveiller. J’entends des voix au loin, des gémissements, des plaintes, et parfois juste des signaux sonores… un coq ». (traduction de l’anglais)

Vers 6h du matin à Port-au-Prince, depuis son compte Twitter, Richard Morse, un hotellier de la ville, racontait la nuit, avant cette première secousse ressentie à l’instant. Il rapportait :

« Nous avons dormi à la belle étoile cette nuit… Port-au-Prince est très calme. La souffrance est sourde. Pas de cri. […]

Les gens se sont montrés bons, solidaires, calmes… Au bout d’un moment, la faim, la soif et le désespoir vont reprendre le dessus. On aura besoin de brancards… et de fournitures médicales. »

Là où il se trouve, la ville connaissait une nuit calme, les gens chantaient et priaient :

« Je n’aime pas la façon dont CNN tourne les choses. De quels cris parlent-ils ? Pas à Port-au-Prince… Pas dans cette partie de la ville. Peut-être pensent-ils à leur audimat […]

Je n’ai entendu aucun coup de feu à Port-au-Prince. Les chants reprennent à nouveau.[…] Je n’ai jamais entendu une si grande ville aussi calme. Je suppose que tout le monde s’est trouvé un endroit où dormir dehors. »

« Les rues sont devenus la chambre et le salon des Haitiens »

Cette nuit, on s’est installé pour dormir, là où on pouvait, sur fond sonore sourd et douloureux :

« Je suis à l’Hotel Oloffson, nous avons survécu mais les secousses nous angoissent. Nous dormons sur la route avec les clients. […] Je regarde le ciel, vois les étoiles et c’est comme si tout allait bien. Les chants, les prières et le sirènes me ramènent à la réalité… Haiti. »

Blessés et cadavre, manque d’eau, des scènes de panique

Louis Belanger (@Louisoxfam), qui travaille pour l’ONG Oxfam et se trouve à Port au Prince, raconte qu’il a trouvé un hôtel où dormir, vers 1h du matin :

« Trouvé un hôtel et vais prendre quelques heures pour dormir. La lumière du petit matin ne viendra jamais assez vite, même si j’ai peur de voir ce que l’on trouvera demain ».

Une heure avant, il rapportait :

« Je vois des corps dans la rue. Les gens enroulent les cadavres dans des draps et des cartons et les laissent dans la rue en attendant de l’aide… accablés »

A un autre endroit de Port au Prince, au même moment, Frédéric Dupoux (@fredodupoux), décrivait une scène de panique :

« Les gens paniquent, courent, s’inquiètent d’avoir de l’eau. C’est un grand flou »

La reprise de l’urgence ce matin : une nouvelle secousse.

« J’apprends que des avions circulent à l’aéroport. Je crois que l’aéroport fonctionne ».

Déjà, à 14h ici, son récit reprend le ton de l’urgence, avant même qu’il annonce cette secousse : Richard Mose retweete les noms des gens portés disparus, annonce qu’on lui rapporte que la ville de Jacmal est très touchée, qu’à Laplaine, les choses ne seraient pas trop graves, que l’aéroport fonctionne, que des aides vont arriver mais qu’il n’a pas le temps pour passer des interviews.


Voir en ligne : Rue 89