Journal des Alternatives

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Car l’Oncle $am est grand…

Stanley PÉAN, 28 mars 2003

« Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené, écrivait Albert Camus le 8 août 1945, en conclusion d’un éditorial vigoureux condamnant l’usage par les Américains de la première "arme de destruction massive" sur Hiroshima. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison. »

Intéressant de constater la pertinence renouvelée des éditoriaux de Combat, remis à l’ordre du jour par la récente publication de l’intégrale. Qu’aurait pensé Camus de cette guerre illégitime et illégale dont personne ne voulait, en dehors du président Bush, de son état-major et de ses laquais britanniques ou autres, unanimement inféodés aux cartels militaro-industriel et pétrolier qui ont « fait élire Double-ya » à la Maison-Blanche lors d’un de ces galvaudages de la démocratie dont les glorieux Yankees ont le secret ?

Détrompez-vous. Je ne suis pas de ces pacifistes benêts qui prennent Saddam Hussein pour un ange et l’autre moron pour l’incarnation de ce Mal qu’il prétend combattre. Je ne souscris pas à pareille rhétorique manichéenne. Si j’admets volontiers que le régime sanguinaire irakien soit une aberration anachronique, je m’insurge néanmoins contre cette croisade dont les enjeux ont moins à voir avec la démocratie qu’avec cette volonté impériale à laquelle l’Oncle $am tient à assujettir la planète. À ce sujet, on lira avec intérêt le nouvel essai de Michael Ignatieff, Kaboul-Sarajevo : les nouvelles frontières de l’Empire. « Nous planifions d’ores et déjà la reconstruction de l’Irak, » annonçait Bush II dans sa magnanimité d’empereur humaniste, alors qu’il entendait en fait : « Nous réaménagerons la deuxième plus importante réserve de pétrole au monde selon nos intérêts. »
Antiaméricain, moi ? Allons. J’ai assez de jugeote pour distinguer les citoyens étasuniens du fondamentaliste WASP qui les gouverne, en dépit des « irrégularités » observées lors des présidentielles de l’automne 2000.

En contrepoids à l’humaniste Camus cité en introduction, je conclurai avec ces mots teintés d’un cynisme glacial : « Évidemment, le peuple ne veut pas la guerre, mais ce sont les dirigeants d’un pays qui après tout en déterminent les politiques et il est toujours assez aisé de rallier le peuple à la cause, qu’il s’agisse d’une démocratie, d’une dictature fasciste, d’un parlement ou d’une dictature communiste. Que le peuple ait ou non voix au chapitre, il est assez facile de l’assujettir à la volonté des dirigeants. Il suffit de le convaincre que pèse sur lui la menace d’une attaque et de dénoncer les pacifistes pour leur manque de patriotisme qui fait courir au pays un grand danger. »

Non, on ne doit pas ces réflexions à l’un de ces penseurs « go-gauchistes » que se plaisent à décrier ces éditos pro-USA qui polluent l’espace médiatique.
Il s’agit d’un extrait du témoignage de Goering à Nuremberg !
Stanley Péan, billetiste, journal Alternatives


L’auteur est également animateur à la radio de Radio-Canada et rédacteur du journal Le Libraire. stanleypean@sympatico.ca