Alternatives au Comité permanent des affaires étrangères et du développement international : la société civile est oubliée !

samedi 16 mai 2009, par Michel LAMBERT

Voici un résumé des propos tenus par le directeur général d’Alternatives, Michel Lambert, au Comité permanent des affaires étrangères et du développement international dans le cadre de l’Étude des éléments clés de la politique étrangère canadienne, sur la présence du Canada en République démocratique du Congo.

Il est notable et heureux qu’après plusieurs années de va-et‐vient, que le cadre de coopération de l’Agence de développement et de coopération international du Canada (ACDI) en République démocratique du Congo ait finalement pu être adopté et lancé. Il s’agit d’un cadre utile, répondant à un grand nombre de besoins essentiels en RDC, qui permet à l’ACDI d’investir dans les secteurs de la réhabilitation des services de santé, des droits des femmes et dans la gouvernance économique avec notamment un appui à la Banque centrale du Congo. Il reste cependant que ce cadre stratégique omet, dans sa mise en oeuvre, des joueurs importants dont notamment les acteurs du développement international des organisations de la société civile (OSC) canadienne et leurs partenaires congolais.

Le Conseil canadien de la coopération internationale (CCCI) a récemment commandé une étude qui constatait un net recul de la participation des organisations de la société civile canadienne dans la mise en oeuvre des programmes de l’ACDI. Entre 1999‐2000 et 2002‐2003, la part de gestion des projets de l’ACDI gérés par les OSC canadiennes est passée de 28.7 % à 16.6 % du total de l’aide publique du développement (APD) ce qui en chiffres absolus représentent une baisse de 42 % des budgets versés par l’ACDI aux OSC en à peine 3 années ! Davantage, il n’y a rien actuellement dans la mise en oeuvre des cadres stratégiques de l’ACDI qui laisse croire que cette lourde tendance sera renversée. Cette situation dramatique affecte la crédibilité de l’ensemble du travail de développement international canadien. Les OSC se fragilisent, et il est raisonnable de croire que d’essentielles expertises canadiennes bâties sur des années continues de coopération se perdent dans ce contexte.

Les organisations canadiennes qui comparaissent aujourd’hui devant le comité permanent des affaires étrangères et du développement international sont impliquées en RDC depuis des décennies. Pourtant, AUCUNE d’entre elles n’a vu l’ACDI appuyer leur travail en RDC depuis plus de deux ans !

Depuis toujours, le Canada favorise le multilatéralisme dans sa politique étrangère afin de soutenir ses intérêts de moyenne puissance. En pratique, le choix du multilatéral implique pour l’essentiel d’investir des parts de plus en plus importantes des ressources de la coopération internationale dans les agences de l’ONU au détriment des OSC canadiennes, et bien évidemment aussi au détriment de l’identité et du leadership canadien qui est de moins en moins visible en République démocratique du Congo comme partout ailleurs.

Le Canada délègue son leadership aux Nations Unies !

Ce choix n’est pas sans conséquence. Au-delà des effets sur les OSC canadiennes, il en découle une absence de plus en plus frappante des Canadiens sur le terrain de la coopération, et ce, même dans les pays de concentration et dans les pays d’importance comme la RDC, car les ressources canadiennes n’y sont pour l’essentiel qu’injectées dans la mécanique très onéreuse des Nations Unies.

Le Canada qui eut jadis une aura de défenseur de la paix et des droits tant humains qu’environnementaux apparaît simplement aujourd’hui comme un acteur absent sur ces grands enjeux. Pire encore, en RDC, compte tenu des immenses investissements miniers canadiens, nous sommes de plus en plus relégués au simple rang d’exploitant des ressources naturelles !

La population congolaise n’est pas impliquée dans la réalisation des objectifs. Dans ce contexte, le rôle des organisations de la société civile congolaise et canadiennes devient primordial et leur exclusion des priorités de l’ACDI devient un risque important pour l’atteinte des résultats escomptés. Mais les consensus sur la mise en oeuvre des priorités de l’ACDI excluent justement les OSC canadiennes dans l’accession au financement de programmes. En conséquence, les OSC canadiennes sont quasi absentes en RDC (celles qui y sont toujours sont financées par des fonds de l’ONU ou directement par des donateurs étrangers). Pendant que les Congolais demandent où est la coopération canadienne, nous demandons au Comité : Est‐ce bien là le leadership canadien que nous souhaitons ?

En conséquence, nous recommandons au Comité d’adopter une politique étrangère et de développement international qui :

1‐ Favorise la participation active des OSC canadiennes dans l’exécution des priorités de l’ACDI en RDC ;

2‐ Rétablit les financements pour la coopération internationale au OSC perdus depuis 1999 ;

3‐ Favorise le leadership canadien dans les secteurs des droits humains, de la paix et sur les droits environnementaux ;

4‐ Favorise une appropriation réelle des enjeux de développement par l’implication des OSC congolaises ;

5‐ Renforce les responsabilités sociales des compagnies minières canadiennes en RDC.

À propos de Michel LAMBERT

Directeur Général

Co-fondateur d’Alternatives, et actuel co-Président de l’AQOCI, Michel Lambert est convaincu de l’importance de regrouper les groupes et organisations de la société civile, ici et ailleurs pour promouvoir les principes démocratiques, l’égalité et l’équité pour tous.

Il a tour à tour développé plusieurs des programmes de solidarité internationale d’Alternatives en plus de lancer et animer de multiples campagnes de justice sociale au Québec et au Canada. Il a dirigé l’antenne d’Alternatives en République démocratique du Congo entre 2002 et 2005 avant de prendre la direction de l’organisation en 2007.

Michel Lambert est membre du Conseil de Gouvernance d’Alternatives International et du Conseil d’administration d’Alliance syndicats et tiers-monde. Il a aussi été membre des Conseils de l’Agence québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) entre 2009 et 2013, de l’Association pour le progrès des communications (APC) entre 2008 et 2011 et de Food Secure Canada entre 2009 et 2012

Il représente enfin Alternatives au Conseil International du Forum social mondial et au sein de diverses coalitions québécoises et canadiennes dont notamment, les coalitions Pas de démocratie sans voix, Voices/voix et le Réseau québécois de l’intégration continentale - RQIC.

Michel Lambert a joué un important rôle de mobilisation et de construction lors du récent Forum social des peuples tenu à Ottawa en aout 2014

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