Aider qui et pourquoi ?

mercredi 17 mars 2010, par Pierre BEAUDET

Pendant longtemps, l’aide canadienne a fait partie du dispositif d’inspiration keynésienne mis en place après la Deuxième Guerre mondiale. Gérin-Lajoie et les pères fondateurs pensaient qu’on pouvait aider le tiers-monde à « décoller » économiquement et à se sortir de la misère. Assez tôt cependant, cette hypothèse a été critiquée par des militants et des chercheurs du tiers-monde comme Samir Amin qui estimaient que le tiers-monde devait avant tout se déconnecter du système capitalisme mondial.

Dans les années 1980 et 1990, il est apparu que le tiers-monde ne « décollait » pas et au contraire, s’enfonçait dans une crise multiforme. La Banque mondiale et le FMI, sous l’influence des pays capitalistes, proposaient alors d’« ajuster » ce tiers-monde en renforçant sa subordination au marché mondial. Plus tard, la « mondialisation » néolibérale a précipité une série de crises en cascades dont le point d’aboutissement est la crise dite « financière » de 2008. Le château de cartes s’est alors écroulé.

Rompre avec le système

Aujourd’hui, le concept d’aide est fortement questionné. Les « recettes » successives ont échoué, surtout celles qui étaient pensées pour intégrer davantage les économies du sud aux puissances dominantes du nord. Les aspects humanitaires, caritatifs du système d’aide sont à toutes fins pratiques subordonnées à des impératifs économiques, commerciaux, financiers dictés par les puissances du nord.

Devant ce constat d’échec, quelque chose de nouveau est en train d’apparaître. En effet, il y a un nouvel acteur dans le décor, soit un vaste mouvement social, aux contours mal définis, et qu’on connaît sous l’appellation « altermondialisme ». En gros, cet acteur dit qu’il faut rompre avec le système néolibéral en place ou du moins, le discipliner et remettre l’économie au service des gens, au lieu du contraire. Cet acteur propose qu’on s’organise à la base, à la fois pour résister et pour construire un autre monde, comme l’affirme le Forum social mondial. Autre phénomène, les pays du sud inventent une nouvelle coopération « sud-sud », entre eux, comme on le voit en Amérique du Sud avec l’ALBA. Bref sous nos yeux et prenant diverses formes surgit une autre coopération, une autre solidarité.

Devant cela, les puissances du nord ne restent pas passives. Cela a été, pendant les dernières années, la « guerre sans fin » du Président Bush, endossé à divers degrés par d’autres gouvernements comme celui de Stephen Harper. En gros, cette proposition est de re-diviser le monde en deux, la « civilisation » et les « barbares ». Avec les « barbares », comme en Palestine, en Afghanistan, en Irak, la voie est de militariser, contrôler, réprimer. Dans ce contexte, même l’humanitaire est mis au service du militaire. Cette militarisation de l’aide s’inscrit bien dans cette stratégie de reconquête du monde. À court terme en tout cas, il faut briser les résistances, d’où l’acharnement des États-Unis, du Canada et d’autres puissances contre les Astérix de ce monde, comme les Palestiniens par exemple.

Une large Coalition

Vu du Québec, cette situation ouvre des opportunités et en même temps des défis. Il est assez évident que, sous le régime actuel, l’ACDI et les organismes subventionnés par le gouvernement fédéral comme certains ONG vont être confinés, voire censurés. Les traditions « libérales » (au sens philosophique du terme) ne correspondent plus aux besoins actuels des États guerriers et sécuritaires. Il faut résister à cela car cette tendance très régressive menace non seulement les ONG de solidarité internationale, mais d’autres secteurs de la société.

Les mouvements sociaux et les ONG progressistes doivent travailler avec leurs partenaires sur leurs propres bases, dans des modalités déterminées par des objectifs communs de résistance et de construction des alternatives. La solidarité se construit là.


Pierre Beaudet a publié récemment Qui aide qui ? Une brève histoire de la solidarité internationale au Québec (Boréal)

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