Journal des Alternatives

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70% de la nature détruite en 2032

Paul BROWN, 1er septembre 2002

Un terrible rapport préparé par 1 100 scientifiques a été publié le 22 mai dernier. Ses conclusions : dans trente ans, 70 % de la nature aura été détruite, un grand nombre d’espèces auront disparu et l’organisation sociale se sera effondrée dans de nombreux pays du monde.

Établi par les Nations unies, The Global Environment Outlook [L’avenir de l’environnement mondial] fait un bilan de la détérioration subie par l’environnement au cours des trente dernières années - c’est-à-dire depuis la première conférence mondiale sur l’environnement, qui s’est tenue à Stockholm en 1972 - et émet des pronostics sur l’état de la planète en 2032.
Si les dirigeants mondiaux continuent à accorder la priorité aux marchés, explique le rapport, de nombreuses espèces vont s’éteindre, en particulier dans les zones côtières, où est concentrée la majeure partie de la population. Les forêts continuent aujourd’hui de disparaître à un rythme alarmant, et 10 % des terres destinées à l’agriculture sont d’ores et déjà inutilisables du fait de la dégradation des sols.

Plus de la moitié de la planète connaîtra également des problèmes de pénurie d’eau. Ils affecteront gravement 95 % des habitants du Moyen-Orient et 65 % de ceux du reste de l’Asie et du Pacifique. Le littoral méditerranéen sera particulièrement touché par les effets de l’urbanisme à outrance, du traitement insuffisant des eaux usées, du développement touristique et des cultures intensives. Le rapport souligne toutefois qu’il pourrait en être autrement. Dans les pays les plus riches, la pollution de l’eau et de l’air a diminué, les espèces sauvages ont été reconstituées et l’étendue des forêts est en train de s’accroître. Cette étude de 450 pages a été publiée en partie pour sensibiliser les dirigeants du monde entier et les inciter à prendre au sérieux le Sommet mondial sur le développement durable, [qui se tient à Johannesburg, en Afrique du Sud, ces jours-ci].

Pour Klaus Toepfer, directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), « sans protection de l’environnement, il ne pourra jamais y avoir le type de développement nécessaire pour garantir à notre génération et aux suivantes des conditions de vie correctes. Il serait catastrophique de ne pas tenir compte des données de la situation. » Selon lui, un monde qui accorde la priorité au marché n’est bon ni pour les êtres humains, ni pour l’environnement. « Plus l’empreinte de l’homme s’étend, plus les dommages sont importants. Nous disposons aujourd’hui de centaines de déclarations, accords, directives, traités ayant force de droit pour nous attaquer aux problèmes d’environnement et aux menaces que ceux-ci constituent pour la faune et la flore, ainsi que pour la santé et le bien-être des êtres humains. Nous devons trouver le courage politique et de nouveaux financements pour mettre ces textes en vigueur et placer la planète Terre sur une meilleure trajectoire. »

La ministre de l’Environnement britannique, Margaret Beckett, [...] a déclaré [en mai] qu’il était essentiel d’établir un ordre du jour détaillé pour le sommet de la Terre. [...] Mme Beckett a souligné la nécessité de prendre des mesures énergiques dès aujourd’hui pour éviter une catastrophe écologique dans les années 2030. « Peut-être ne fera-t-il plus bon vivre dans ce monde, dit-elle. Si nous ne parvenons pas à relever le défi, cet échec restera dans l’histoire de l’humanité comme une tragique occasion perdue. »

Tout en dressant un tableau très sombre de l’avenir, le rapport attire l’attention sur quelques effets positifs des traités. Ainsi, le trou dans la couche d’ozone, qui atteint aujourd’hui des dimensions records, devrait commencer à se combler vers 2032, car les produits chimiques responsables de la destruction de l’ozone sont peu à peu retirés du marché.

[...] Mais, comme le note le rapport, le temps presse. La dégradation des sols causée par l’activité humaine menace déjà la production agricole dans diverses régions. En Irak, par exemple, l’utilisation de méthodes d’irrigation inadéquates fait que 30 % des terres cultivables ont dû être abandonnées pour cause de salinité. L’ensemble du monde arabe souffre de problèmes de pénurie d’eau, le réapprovisionnement des nappes phréatiques par l’eau de pluie ne parvenant pas à suivre le rythme du pompage. En outre, l’eau de mer se mélange de plus en plus à l’eau douce, et dans la ville de Madras [officiellement Chennai], par exemple, le sel a contaminé les nappes phréatiques sur une dizaine de kilomètres à l’intérieur des terres.
En Amérique latine et dans les Caraïbes - une zone qui abrite 25 % des forêts du monde et 178 régions d’une grande biodiversité -, la situation a déjà atteint un seuil critique dans 31 de ces régions. « La biodiversité est constamment menacée par la perte d’habitats, la dégradation des sols, la réaffectation des terres, la déforestation et la pollution des mers », indique le rapport.

Pour Tony Juniper, vice-président des Amis de la Terre au niveau international, « ce rapport propose un choix tranché entre, d’une part, des politiques destructrices fondées sur les forces mondiales du marché et, d’autre part, l’orientation vers un développement durable. Répondre aux besoins de milliards d’individus victimes de la pauvreté tout en préservant l’environnement est le plus grand défi lancé aux dirigeants politiques et industriels. Il n’est plus possible de chercher à gagner du temps. Le sommet de Johannesburg doit servir à préparer le changement qui s’impose. »

Paul Brown, The Guardian, Londres.


The Guardian est un quotidien anglais distribué à 400 000 exemplaires. Fondé en 1921, il s’est modernisé sans rien céder de son programme d’origine : indépendance, qualité et gauche.

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