20 mars : manifestation intersyndicale en appui au secteur public québécois

samedi 13 février 2010, par Ronald Cameron

Y aura-t-il une entente avant le 31 mars ?

Des experts d’un comité consultatif suggère au ministre des Finances de soumettre les établissements publics à la concurrence et de récompenser les plus performants. Pauline Marois se rallie à ces idées et signale au passage que les demandes syndicales sont « un peu élevées » ! La classe politique serre les coudes et confirme qu’elle n’a aucune intention de chercher des solutions ailleurs que dans les sentiers battus des politiques antisociales. Au vu du débat public, prendre la défense des revendications syndicales est encore la manière la plus concrète de poursuivre la bataille pour une fiscalité plus équitable ! Mais la manifestation appelée le 20 mars prochain par le Front commun des organisations syndicales des salariés-es contribuera-t-elle à une conclusion satisfaisante des négociations le 1er avril ?


Pauline Marois scelle le consensus des lucides !

Au lendemain du colloque d’un jour convoqué par le premier ministre Charest sur la situation des finances de l’État, peu de voix se sont faites entendre pour soutenir l’idée d’un réinvestissement. Au Parti québécois, seul le SPQ libre semble prendre la défense des salariés-es du secteur public ! La cheffe, Pauline Marois, persiste et signe : la voie de la conquête du pouvoir à Québec est d’être la plus zélée dans l’atteinte du déficit zéro ! Cohérence oblige pour qui fut jadis la comptable de l’État, qui a participé à l’adoption de la loi du déficit zéro et qui a appliqué les sévères coupures des années 90.

Dans un tel contexte, le gouvernement Charest n’a pas besoin de trop se compromettre. On laisse discuter une société civile bien ciblée et on demande à un comité « indépendant » de lucides de faire le point sur la performance du secteur public. Les solutions, en trois pamphlets, sont dans l’ordre : 1. « accepter de faire des choix difficiles », c’est-à-dire se serrer la ceinture ; 2. « mieux dépenser », donc resserrer les contrôles dans le secteur public et introduire du privé pour émuler une saine concurrence ; 3. « mieux financer », par l’augmentation des tarifs et des taxes à la consommation pour ne pas contraindre « la création de richesses » !

Compte tenu de cette offensive, comment les négociations dans le secteur public pourront-elles se terminer dans quelques semaines ? La manifestation prévue pour le 20 mars prend ainsi une véritable dimension politique.

Le décompte du 31 mars !

Le 31 mars prochain est le dernier jour dans l’existence de la loi 142 ! En effet, cette loi qui mit fin brutalement aux négociations en décembre 2005, s’éteint avec la fin de la durée des conventions collectives. Adoptée sous le bâillon et condamnée par le Bureau international du travail, la loi 142 décrétait les salaires et menaçait non seulement d’imposer les autres conditions de travail mais aussi d’appliquer des sanctions à l’encontre de toute perturbation dans les établissements. Même le port d’un T-shirt pouvait être considéré comme illégal.

Ainsi, le 1er avril, après plus de 4 ans, les 475 000 salariés-es du secteur public retrouveront le droit de manifester, de se faire entendre, voire de perturber le fonctionnement des établissements. Un potentiel énorme d’énergie pourrait alors s’exprimer. À compter de cette date, chaque petit geste pourra exprimer la contestation sans crainte de représailles. Retrouver cette liberté d’expression et d’action syndicales peut constituer une véritable outil de mobilisation.

Et le gouvernement Charest le sait bien ! Des rencontres soutenues ont lieu depuis le début de l’année, à toutes les tables sectorielles et aussi à la table centrale. Malgré la très faible proposition sur les salaires qui se résume dans les faits à 5,5 % sur 5 ans, des sites syndicaux laissent entendre que certaines progressions peuvent être observées par ailleurs. Dans ce contexte, un blitz de négociations se déroulera au cours des prochaines semaines et le dépôt du budget provincial sera sans conteste un moment de vérité.

S’il n’y a pas d’entente d’ici le 31 mars, plusieurs scénarios sont possibles, dont la poursuite de la négociation et de la mobilisation dans le cadre du nouveau budget. Après la période habituelle de médiation, le droit de grève légale serait obtenu selon les règles habituelles qui régissent les relations de travail dans le secteur public.

L’histoire du décret peut-elle se répéter ?

Le gouvernement libéral peut toujours prévoir un décret au terme de toutes ces étapes mais la répétition de l’histoire n’a pas toujours la même portée. En 2005, c’est ce qu’il avait choisi sans égard à l’ouverture syndicale faite à ce moment. Aujourd’hui, faible d’une courte majorité depuis 2008, il rabroue PKP sur son antisyndicalisme. Et tout en maintenant la pression avec le spectre de la dette, il suspend temporairement la contrainte du déficit zéro.

Jean Charest et le PLQ semblent souhaiter une entente avec les syndicats, du moins plus que la dernière fois. Et, dans ce contexte, il se réjouit certainement des déclarations de madame Marois et de la rectitude politique du PQ au niveau des finances publiques qui mettent une pression à la baisse sur les demandes syndicales sans qu’il est à en remettre. Mais une entente dans le secteur public, aujourd’hui comme demain, exige que le gouvernement déroge à son attitude d’antan et consente, même partiellement, à soutenir le secteur public. Le contexte économique lui offre, a contrario, une telle possibilité et les salariés-es du secteur public ont raison d’exiger leur dû envers et contre les défaitistes de la conjoncture que sont les fabricants d’opinion publique.

Du côté syndical, il est certain que la conclusion d’une entente satisfaisante est souhaitée. La vigueur des débats sur les questions fiscales en témoigne. Des divergences publiques sont apparues entre une volonté de refuser toute hausse des tarifs et des taxes et l’idée de proposer des solutions à court terme en vue de consentir à offrir des marges supplémentaires au gouvernement. Il est évident que la hausse de la TVQ, même à la hauteur de l’espace laissé par la baisse fédérale de la TPS, demeure régressive et ce, malgré qu’elle offrirait des revenus supplémentaires à l’État. Rappelons aussi qu’une majorité de la population rejette cette option. En pleine période de préparation des déclarations fiscales, qui et combien pourront se soustraire à payer des impôts ?

Prendre la défense des demandes syndicales

La polarisation entre les syndicats et le gouvernement s’approfondit. Des instances rejettent les propositions patronales tout en réitérant leur appui aux équipes de négociation. Ces gestes préparent les salariés-es à mieux saisir les enjeux. Si l’heure demeure de tenter au maximum de conclure une entente satisfaisante, la mise en place dès aujourd’hui des conditions pour ce faire constitue encore le meilleur antidote au pessimisme néolibéral ambiant qui ne table que sur l’irréalisme des demandes, la mauvaise conjoncture ou le poids inexorable de la dette.

C’est de cette manière que la défense des revendications syndicales est encore la façon la plus concrète de poursuivre la bataille pour une meilleure répartition de la richesse, même si ce combat ne peut se limiter à la présente négociation dans le secteur public. Quelle que soit la conclusion de ces négociations, il devra aussi se poursuivre par la suite.

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