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Je suis une femme

Julie Martin, 1er décembre 2018

1h12 du matin
Montréal

Je craque. Comme les mouvements féministes, les manifestations, la vague du #metoo, les actes de solidarité féminine et autres indices l’attestent depuis les dernières années, je ne suis pas la seule à me sentir incomprise. L’urgence de crier ma façon de penser est, elle aussi, arrivée. Vaut mieux tard que jamais, paraît-il.

Je me rappelle de moi, petite Julie, du haut de mes 8 ans, observer mes idoles de jeunesse chanter leurs peines d’amour, insinuant qu’elles n’étaient plus rien sans leur homme. Je me rappelle avoir fondu en larmes en pleine classe lorsqu’un camarade m’avait dit que j’avais un gros derrière. Je me rappelle avoir été offusquée lorsque celui-ci m’a dit que je pleurais « comme une fille ». Moi ? Pleurer « comme une fille » ? Quelle insulte. Je me rappelle aussi me poser un tas de questions. Pourquoi Papa ne se rase-t-il pas comme Maman ? Pourquoi n’a-t-il pas besoin de mettre un haut de bikini lorsqu’il va à la piscine, lui ? Pourquoi les filles dans les magazines sont-elles si « parfaites » ?

Je comprends aujourd’hui qu’elles étaient loin d’être parfaites, les filles dans les magazines. Je peux désormais affirmer, après mûre réflexion, que la perfection n’existe pas. De toute manière, l’imperfection est belle. L’unicité est belle. La diversité est belle. La confiance en soi est belle. Malgré tout, beaucoup trop de questions tournent toujours en boucle dans ma tête. Frustration, colère, dégoût et agacement sont au rendez-vous. J’ai le besoin impulsif de m’exprimer sur ce sujet qui me tient à cœur.

Pour ma part, une femme (incluant toutes les personnes s’identifiant ainsi) devrait pouvoir exprimer son identité de la manière dont elle l’entend. Elle devrait avoir le choix de porter les vêtements qui lui plaisent, de se maquiller ou non, de s’épiler ou non, et plus globalement, d’exprimer sa féminité à sa façon, selon sa personnalité, ses croyances et convictions personnelles. Pourquoi une femme maquillée se fait-elle critiquer ? Pourquoi est-ce le cas également pour une femme qui ne l’est pas ? Pourquoi une femme qui dévoile son corps attise les commentaires désobligeants ? Pourquoi est-ce le cas également pour une femme qui le dissimule ? Pourquoi les filles, dès le primaire, doivent-elles respecter un code vestimentaire ? Pourquoi est-ce qu’on apprend aux jeunes filles à se couvrir pour ne pas déconcentrer la gente masculine, et pas aux jeunes garçons à respecter ces dernières, peu importe la longueur de leur jupe ? Pourquoi les poils d’une femme sont-ils considérés comme étant « sales », mais pas ceux des hommes ? Pourquoi une femme qui se rase les cheveux se fait-elle regarder de travers ? Pourquoi dit-on qu’une femme ayant des courbes est vulgaire, mais qu’une femme plus mince n’en a pas assez ? Pourquoi est-ce mal perçu d’affirmer s’aimer telle que l’on est ?

En outre, une femme devrait être libre au niveau de sa sexualité. Elle ne devrait jamais être jugée pour ce qu’elle fait ou ne fait pas. Elle devrait choisir son moyen de contraception de manière éclairée, étant donné les effets secondaires et coûts que ceux-ci peuvent engendrer. Elle devrait attendre d’être prête avant de se lancer dans une quelconque expérience, sans se sentir honteuse ou pressée. Elle devrait pouvoir se sentir épanouie dans cet aspect de sa vie qui lui appartient. Après tout, pourquoi un homme ayant plusieurs conquêtes a-t-il tendance à être considéré positivement par ses pairs, alors qu’à l’inverse, une femme se fait juger avec mépris ? Pourquoi la relation sexuelle est-elle trop souvent basée sur le plaisir de l’homme ? Pourquoi l’acte se termine-t-il lorsque celui-ci est satisfait ? Pourquoi nous laissons-nous manipuler par des sites pornographiques, vidéoclips, films, publicités et autres médias, qui, eux aussi manipulés, hypersexualisent le corps de la femme, beaucoup trop représenté comme un objet ?

Une femme devrait se sentir en sécurité lorsqu’elle marche dans la rue. Elle devrait se sentir respectée et protégée. Est-ce normal de ne pas oser aller faire un jogging en soirée par peur des scénarios qui pourraient subvenir ? Est-ce normal de devoir constamment surveiller son verre en soirée ? Est-ce normal de se faire lancer des commentaires déplacés lorsque l’on marche dans la rue ? Est-ce normal de se faire klaxonner ou siffler en se rendant à l’arrêt de bus ? Est-ce normal de recevoir des messages malveillants sur les réseaux sociaux ? Est-ce normal qu’un simple « non » ne suffise pas ? Est-ce normal de risquer vivre dans tous les contextes, si anodins soient-ils, des agressions verbales, physiques et sexuelles ? Est-ce normal de demander à une victime d’agression sexuelle ce qu’elle portait à ce moment ?

Une femme devrait avoir les mêmes opportunités que les hommes. Elle devrait pouvoir choisir l’emploi qu’elle aimerait exercer en fonction de ses intérêts et compétences personnelles, et non en fonction de ce que la société lui suggère ou impose. Elle devrait pouvoir se dire qu’elle a autant de chances d’y arriver que son confrère. Elle devrait obtenir le même salaire que celui-ci pour le même poste. Elle devrait être jugée sur ses qualités intrinsèques et non sur son physique. Pourquoi, à compétences égales, est-ce l’homme qui est quasi systématiquement choisi pour les postes décisionnels, par exemple ? Pourquoi la femme doit-elle sans cesse lutter pour convaincre, faire ses preuves et contrer les préjugés et stéréotypes ?

Enfin, elle devrait avoir l’opportunité de gagner son propre argent. Dans le couple, les multiples tâches devraient être divisées d’un commun accord et de manière équitable. La femme devrait avoir le choix de donner la vie et d’éduquer un enfant. Elle devrait pouvoir compter sur son (ou sa) partenaire. Elle devrait être traitée dignement par celui (ou celle) qu’elle aime.

Ce qui m’attriste le plus, c’est que nous, les femmes, ne ressentons pas seulement une pression de la part des hommes. Nous la ressentons également de la part des autres femmes. Le regard d’autrui peut être cruel. Entendre dire d’une femme à une autre qu’elle devrait être plus « féminine » ou qu’elle devrait se comporter « comme une vraie femme » m’horripile. Sommes-nous endoctrinées par notre propre soumission ? Ces normes sociales, ancrées en nous, nous éloignent-elles de l’essence même de ce qu’est notre féminité ? Encourageons-nous les unes les autres, au lieu de nous rabaisser. Prenons conscience de ce que la société actuelle essaie de nous imposer et offrons-nous le choix. Restons solidaires. Faisons en sorte que le « tu te bats comme une fille » devienne un compliment. Parce que malgré la diversité qui nous différencie à tous les niveaux, cette force nous unit. Cultivons-la.


L’auteure est diplômée en psychoéducation et étudiante à la maîtrise en gestion des ressources humaines.