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Changements climatiques : le devoir d’être exemplaire

Claude Vaillancourt, 19 novembre 2018

La ferveur avec laquelle on parle d’environnement au Québec depuis les derniers mois est exceptionnelle. Les dangers causés par les changements climatiques, de même que l’urgence d’agir contre eux, semblent mieux compris que jamais. Cet enthousiasme contraste avec un refus ferme d’admettre l’ampleur du problème par des gouvernements aux États-Unis, au Brésil et au Canada. Comment persister en de pareilles circonstances ?

Il circule au Québec une Déclaration citoyenne universelle d’urgence climatique, présentée à tous les partis pendant la campagne électorale, adoptée par la Communauté métropolitaine de Montréal, qui regroupe 82 villes et près de la moitié de la population du Québec. Plusieurs manifestations en faveur de la transition écologique se sont succédées. Elles ont culminé avec celle du 10 novembre dernier, qui a rassemblé plus de 50 000 personnes.

Le Pacte pour la transition, lancé par Dominic Champagne, a été appuyé dès le départ par 200 artistes et scientifiques et a recueilli par la suite près de 200 000 signatures. Ce pacte demande aux signataires d’adopter des comportements écologiquement responsables, ce qui leur permet en échange d’exiger des politiques beaucoup plus fermes de la part de nos gouvernements.

Il a cependant déclenché une vive réaction de la part de l’armada des chroniqueur-ses de droite, mais aussi de la part de certain-es militant-es de gauche, tous et toutes s’entendant sur les nombreuses contradictions et le double message de certain-es signataires, ce qui discréditerait le Pacte. Le débat s’est ainsi embourbé dans cette diversion. Il n’en reste pas moins que la nécessité de s’attaquer aux causes des changements climatiques a presque fait l’unanimité, y compris chez les détracteurs-trices. Ce qui demeure l’essentiel.

Le rassemblement très fort des Québécois-es autour de la cause écologique contraste fortement avec le fait d’avoir élu aux dernières élections le parti le moins sensible à la cause environnementale. La pression restera forte, malgré tout, sur le gouvernement Legault pour qu’il prenne des mesures significatives l’engageant sur le chemin de la transition écologique. Premier test : la troisième voie à Québec, qu’il continue à soutenir, mais qui aura de graves conséquences sur l’environnement. Le virage écologique de la population sera-t-il assez fort pour bloquer ce projet ?

La belle prise de conscience sur la nécessité d’entreprendre une transition écologique s’oppose à certains choix politiques inquiétants, dont ceux de notre voisin Doug Ford qui s’est lancé dans une campagne contre les taxes sur le carbone. Bien plus effrayantes, les victoires électorales de Donald Trump aux États-Unis et de Jair Bolsonaro au Brésil, qui ont placé des climatosceptiques à la tête de deux des pays les plus aptes à bousiller l’avenir de notre planète.

Raison de plus pour adopter des mesures encore plus radicales au Québec. D’autant plus que nous avons les conditions gagnantes pour y arriver : une société prospère qui peut financer la transition, des énergies renouvelables à profusion. Et surtout, la conscience de plus en plus grande de la nécessité de ces changements.

Pour nous, devenir exemplaires est plus qu’un devoir. La transition écologique entrainera aussi une hausse considérable de la qualité de vie. Moins de pollution, plus d’espaces verts, moins de véhicules et de congestion routière, une économie de proximité au service de la population sont des facteurs qui rendent l’existence beaucoup plus agréable. Ajoutons à cela une réduction majeure des inégalités sociales.

Nous en sommes bien sûr encore beaucoup trop loin. Le Québec reste entre autres un champion de l’étalement urbain, une tendance qui ne semble pas ralentir. Les Ford, Trump et Bolsonaro de ce monde nous entraineront dans des reculs catastrophiques. Le tout à l’économie continue à justifier des choix irresponsables.

Devant tout cela, devant des reculs et des hésitations inacceptables, il est impératif de proposer des solutions qui fonctionnent, comme les pays scandinaves nous en on offert quelques-unes. Souhaitons que le Québec, entrainé par un important mouvement populaire, fasse partie de ceux qui proposent de bonnes initiatives. Le gouvernement de la CAQ semble encore réticent à suivre cette voie. Il faudra donc que ce mouvement conserve son élan, qu’il évite les guerres intestines, qu’il s’implante en profondeur et continue à nous inciter d’entreprendre les transformations nécessaires.

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