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Élections québécoises et négociations de l’ALÉNA, une même échéance

Claude Vaillancourt, 25 September 2018

Le 1er octobre prochain sera une date marquante, à cause bien sûr des élections au Québec. Mais c’est aussi la date butoir imposée par les États-Unis pour que se concluent les négociations de l’ALÉNA avec le Canada. Ces deux évènements n’ont en apparence rien à voir l’un avec l’autre. Ils représentent cependant deux aspects de notre système politique, l’un hypermédiatisé et spectaculaire, l’autre nettement plus occulte.

Une campagne électorale se déroule en effet sous les feux des projecteurs et permet de traquer les politicien-ne-s à toute heure du jour, sans répit. Ces dernier-e-s participent à une joute où l’on marque les bons et les mauvais coups, alors que l’effet d’une déclaration sur les électeurs-trices compte souvent davantage que son contenu. Par contre, les accords de libre-échange se négocient à portes fermées, entre expert-e-s sous l’influence de lobbyistes. Les conséquences en sont cependant considérables : ces accords sont conçus, entre autres, pour rester intacts malgré les élections et les changements de gouvernement.

L’ALÉNA s’est imposé dans la campagne électorale principalement par le débat sur la gestion de l’offre. Avec une rare unanimité, les chef-fe-s se sont opposé-e-s à sa disparition. Les conséquences seraient terribles non seulement pour nos fermes familiales qui résisteraient difficilement à la concurrence des grandes exploitations étatsuniennes, mais aussi pour la vie dans les régions, qui pourraient être victimes d’un exode dévastateur.

Cependant, d’autres aspects du nouvel ALÉNA en cours de négociations ont peu fait l’objet de débats. Par exemple, le prolongement des droits de propriété intellectuelle pour les médicaments de marque qui pourrait faire hausser les coûts de la santé. Ou la hausse du seuil à partir duquel s’appliquent les droits de douane, ce qui permettrait d’acheter davantage de biens sans payer de taxes aux États-Unis, aux dépens de nos propres commerces. Ou l’élimination de l’exception culturelle, par la soumission des plateformes numériques aux lois du marché, ce qui empêcherait nos gouvernements de règlementer dans ce secteur afin de protéger notre culture.

Il ne fait pas de doute qu’un nouvel ALÉNA aurait des conséquences bien réelles sur la vie des Québécois-e-s. Pourquoi dans ce cas en parle-t-on si peu dans la campagne électorale?

C’est que bien sûr, les candidat-e-s aux élections carburent à la saveur du jour. Si un enjeu n’est pas perçu comme étant électoralement rentable, s’il n’est pas porté par une bonne rumeur médiatique, il demeurera dans l’ombre. Ce qui plaît d’ailleurs aux négociateurs-trices des ententes commerciales, qui n’aiment surtout pas qu’on se mêle de leurs oignons.

De plus, la question de la gestion de l’offre a bien montré à quel point ces deux facettes de notre système politique que sont les élections et les accords commerciaux peuvent être antagonistes. L’unanimité des chef-fe-s à ce sujet et la forte solidarité des agriculteurs-trices qui y tiennent mordicus pourraient ne rien changer. C’est le gouvernement du Canada qui tire les ficelles. Et celui-ci est déchiré entre de nombreux intérêts. Devant les menaces de Trump de mettre fin à l’ALÉNA, il pourrait prendre de bien mauvaises décisions.

La volonté de protéger la gestion de l’offre, pour les politicien-ne-s québécois-e-s, a de lourdes conséquences. Il leur faut questionner le pouvoir du gouvernement du Canada d’intervenir dans l’économie québécoise sans nécessairement tenir compte de leur avis. Donc remettre en cause le fédéralisme canadien, ce à quoi renoncent de prime abord le PLQ et la CAQ.

Il faut aussi critiquer de façon globale la logique même du libre-échange, dont l’aboutissement est nécessairement une plus grande ouverture des marchés, qui tend à l’élimination de mesures comme la gestion de l’offre, ou d’autres qui permettent, par exemple, de protéger la culture. Trois des grands partis sur quatre offrent un net appui au libre-échange (QS est l’exception). Ils semblent toujours croire que les accords commerciaux peuvent répondre à d’autres intérêts qu’à ceux des entreprises transnationales, d’abord et avant tout.

Bien sûr il n’est pas facile de prédire ce qui se produira le 1er octobre ni de savoir ce qui changera davantage notre paysage économique : le nouveau gouvernement ou un ALÉNA renouvelé et soumis aux vœux de l’administration de Donald Trump ? Dans les deux cas, il faut rester à l’affût pour que ce soit l’intérêt collectif qui l’emporte, et non pas celui d’une minorité déjà outrageusement favorisée.

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