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Dossier spécial Mexique : les défis de AMLO

Myriam Cloutier, 6 August 2018

Le 1er juillet dernier, l’accession de Andrés Manuel López Obrador (surnommé « AMLO ») à la présidence du Mexique, avec 53,2 % des voix, signifie un tournant pour le pays. Une victoire électorale incontestée – un fait nouveau - et un taux de participation historiquement élevé, signe des espérances démocratiques de la population lassée par des décennies de règne de la clase política au sein de l’hégémonique Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) puis l’alternance avec le Parti de l’action nationale (PAN), ne donnant qu’une illusion de pluralisme. AMLO annonce un registre narratif de changement, de « regénération ». Mais le Mexique est-il pour autant en train de virer à gauche ?

Alors que dans les années 2000 l’Amérique latine a connu sa « pink tide », une vague de la gauche au pouvoir marquée par les figures de Lula et Chavez, les années 2010 ont plutôt laissé place à la « conservative wave » (Temer, Piñera, Macri, etc.). C’est dans ce contexte à contre-courant que la perspective de la présidence de AMLO a ramené un lot de mises en garde alarmistes dans le traitement que lui a réservé la presse mexicaine et internationale traditionnelle tout au long de la campagne. Mais une attitude des médias plus modérée en comparaison à l’ampleur des attaques à son encontre lors de ses précédentes tentatives aux élections présidentielles en 2006 et 2012, alors qu’il était perçu par l’establishment comme un « danger pour le Mexique », un partisan d’une gauche dure et radicale non « présidentiable ». Si certains commentaires ont fusé, lui reprochant un populisme à la Trump ou de suivre les pas de Nicolás Maduro, AMLO s’est appliqué à déjouer ces étiquettes, souvent même avec humour (sa réplique « Je suis Andrés Manuelovich » à ses supposés liens avec le Kremlin a été virale). Serait-ce que López Obrador ne dérange plus autant ?

Tout au long de la campagne, López Obrador a misé sur le rejet généralisé parmi la population de l’héritage politique des gouvernements panistes (centre-droite) de Vicente Fox (2000-2006) et Felipe Calderón (2006-2012), ainsi que l’impopularité du président Enrique Peña Nieto (PRI) au pouvoir depuis 2012. Il a pointé du doigt la corruption qui gangrène la classe politique des partis institutionnels, dépeinte en tant que « mafia au pouvoir », et la culture de privilèges et le clientéliste néoporfiriste du « PRIAN » (terme qu’emploie López Obrador pour discréditer l’élite au pouvoir, le PRI et le PAN, devenus indifférenciés).

Au cœur de la stratégie, la formation depuis 2011 d’un large rassemblement d’appuis dans le Mouvement de régénération nationale (MORENA). Fondateur et leader de ce mouvement transformé en parti politique, AMLO mise sur le regroupement de forces allant de progressistes aux plus conservatrices (par exemple le parti évangélique de droite Partido Encuentro Social -PES-), et paradoxalement aussi d’anciens du PRI et du PAN. À mi-chemin entre le vieux système et une promesse de changement, comment AMLO a-t-il réussi à inspirer confiance et être perçu comme celui qui combattra la corruption et l’impunité endémiques ?

AMLO a, de campagne en campagne, adouci le ton. Faut-il y percevoir une ambiguïté idéologique ou un pur pragmatisme ? Avec MORENA, López Obrador propose aujourd’hui un programme de « regénération », basé sur une austérité, qui dans ce cas consiste à la réduction des salaires et de la gamme d’avantages de la haute bureaucratie, envisagée comme moyen pour financer la lutte contre la pauvreté et stimuler une « renaissance » par le développement économique et social.

Dans son discours de victoire devant l’immense foule au Zócalo de la ville de Mexico, AMLO a déclaré se ranger en priorité du côté des pauvres et de la population autochtone, mais a aussi démontré beaucoup d’attentions pour rassurer le monde des affaires. Ces messages contradictoires et concessions de part et d’autre, véritable caractéristique du post-politique, font se demander si AMLO ne va pas vite s’essouffler à souffler ainsi le chaud et le froid. Quel changement profond sera-t-il en mesure d’apporter ? Et pourra-t-il avoir les moyens de mettre en œuvre un programme progressiste de lutte contre les inégalités et en faveur de la justice sociale ?

Voilà les questions sur lesquelles se sont penchés nos auteurs invités. Ils vous proposent des textes inédits pour réfléchir à cette élection, ce qu’elle signifie pour le Mexique et ses forces progressistes, les dilemmes et potentialités qui surgissent avec AMLO et MORENA, et les défis à relever.

Pour illustrer le dossier, nous vous proposons de découvrir le travail photojournalistique de Oscar Aguirre, photographe qui a documenté le jour des élections tel que vécu dans l’État de Veracruz, son œil s’attardant aux protagonistes de ce jour historique.

Oscar Aguirre Photography www.oscaraguirre.ca

Bonne lecture !


View online : Oscar Aguirre Photography