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Bonne chance G7 !

Claude Vaillancourt, 4 juin 2018

Les chefs d’État des pays du G7 auront beau se réunir dans un site enchanteur, en plein cœur de Charlevoix, rien ne laisse penser que leur sommet sera agréable. Pendant de longues années, les rencontres de ce club sélect ressemblaient à des réunions d’amis. On s’entendait sur les politiques néolibérales à soutenir, on prenait de belles photos et on rentrait chez soi le sourire aux lèvres. Cette année, les tensions seront grandes entre des gouvernements qui ont des intérêts très divergents.

Depuis ses origines, le G7 incluait essentiellement des pays dirigés par des gouvernements de centre-droit ou de centre-gauche qui appliquaient les mêmes politiques économiques. La Russie a fait un passage dans ce groupe alors devenu le G8, dans l’espoir qu’elle se range derrière la même orthodoxie.

La belle harmonie de surface du groupe s’est ternie. Les problèmes générés par ses politiques, qu’on a refusés de voir pendant de longues années, se sont grandement accentués : appauvrissement de la classe moyenne, inégalités et migrations toujours croissantes, fuites fiscales à haute échelle, catastrophes écologiques, excroissance du pouvoir des multinationales.

Devant l’insécurité provoquée par ces difficultés, les électeurs ont fui le centre dans plusieurs pays, au profit surtout de l’extrême-droite, ou de ce qui s’en rapproche. Pour représenter les bonnes vieilles prises de position du G7, il ne reste plus que le Canada, l’Allemagne et la France. Et encore, dans ce dernier pays, le président s’est fait élire alors que le Front national menaçait de prendre le pouvoir et que les grands partis s’effondraient.

Teresa May du Royaume-Uni et Donald Trump des États-Unis défendent un protectionnisme économique doublé d’un libéralisme extrême, une étrange combinaison qui donne des maux de têtes aux centristes de bon aloi. Le Japonais Shinzo Abe et la majorité de ses ministres ne cachent pas leurs sympathies révisionnistes et sont membres d’un groupe de discussion affilié au Nippon Kaigi, la plus grande organisation d’extrême-droite du pays. L’Italie a élu des partis antisystèmes, avec de forts penchants pour la droite radicale, en ce qui concerne la Ligue.

Un simple calcul nous permet de constater qu’on se retrouve avec 4 pays très à droite, 3 très au centre (mais pour compliquer la donne, le Japon est très libre-échangiste). Ce qui met Donald Trump dans une position pas aussi inconfortable qu’on pourrait le penser. Non seulement son pays domine le G7 à cause de sa puissance impériale, mais Trump pourrait trouver d’importants appuis, alors qu’on aurait pu penser qu’il serait isolé, comme lors des conférences des Nations unies sur les changements climatiques ou à l’OCDE. Ce sommet ne sera peut-être pas le G6 + 1 annoncé par plusieurs observateurs.

Il est difficile de compter sur le Canada, la France et l’Allemagne pour bâtir une solide opposition. Angela Merkel se trouve fragilisée dans son propre pays, dépassée à sa droite par un mouvement anti-immigration. Emmanuel Macron a montré à plusieurs reprises à quel point il peut être complaisant envers son « ami » Donald. Et Justin Trudeau, empêtré à la suite d’une série de mauvaises décisions, dont celle de l’achat du pipeline Trans Mountain, évite à tout prix la confrontation avec son puissant voisin, ne serait-ce que pour ne pas nuire aux négociations de l’ALÉNA, auxquelles il tient tellement.

Entre le radicalisme des uns, le manque de fermeté des autres, et des problèmes très graves pour lesquels on ne semble avoir aucune solution efficace, on peut se demander comment les puissances du G7 pourront trouver des terrains d’entente et comment Justin Trudeau pourrait promouvoir des idées « progressistes ». Ainsi, nous leur souhaitons bonne chance ! Les conversations seront lourdes derrière les portes closes du Manoir Richelieu. Peut-être que le G7, lieu d’un pouvoir illégitime, sera confronté à ses limites et se posera quelques questions sur son existence ?

Ou plus probablement, Donald Trump profitera de cette tribune pour frapper du poing sur la table, faire avancer ses politiques guerrières et s’opposer aux mesures de protection de l’environnement. Ce qui donne bien sûr des frissons. Et justifie, une fois de plus, l’action des citoyens et militants qui s’organisent contre ce sommet dans un contexte difficile, alors que ceux qui nous gouvernent ne savent plus très bien où ils s’en vont.

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