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La CAQ, la mauvaise solution

Claude Vaillancourt, 27 février 2018

Bien que jouissant d’une confortable avance dans les sondages, la CAQ se trouve dans une situation difficile. Son programme demeure incompatible avec l’aspiration des Québécois à obtenir de meilleurs services publics. Et sa très grande similarité avec celui des libéraux ne permettra pas, s’il est élu, ce grand changement désiré par une grande partie de l’électorat.

Mais la joute politique ne se limite pas aux programmes des partis. La CAQ a gagné une première bataille, celle de l’image. Elle l’a fait surtout à cause de la faiblesse de ses adversaires et en créant l’illusion d’une certaine nouveauté. Mais pourra-t-elle résister au moment où les projeteurs seront enfin braqués sur elle ?

La CAQ est soumise à un dilemme peu évident à résoudre. D’après les récents sondages, elle aurait intérêt à se présenter comme un parti de centre, surtout dans la lignée de la victoire d’Emmanuel Macron en France, ce qui aurait tout pour convenir à l’amour des Québécois pour le consensus. Mais si elle agit ainsi, elle trahit ses racines de parti très à droite. Et si elle maintient sa ligne ferme néolibérale et antiétatique, elle risque de déplaire à une grande partie de la population.

Une rapide visite du site web de la CAQ permet de constater que ce parti choisit pour le moment de rester fidèle à lui-même. Lorsque j’ai consulté, on nous accueillait avec un titre bien en évidence : « Baisse de la taxe scolaire », en grosses lettres majuscules. Ce qui demeure très cohérent avec une autre promesse, elle aussi très visible : « Réduire les impôts des Québécois ». Selon la CAQ, nous avons surtout besoin d’un « répit fiscal » et il faut empêcher le gouvernement « de toujours piger dans les poches des citoyens ».

Par contre, on mentionne nulle part l’état déplorable de nos écoles, les attentes interminables dans les hôpitaux et pour les services de santé, l’épuisement du personnel dans nos réseaux de santé et d’éducation, les compressions dans les programmes sociaux, le délabrement des infrastructures dans les municipalités, etc. Ignorante de ces problèmes bien réels, la CAQ propose 1000$ de réduction d’impôt par famille. Sans ne rien prévoir des difficultés qui, ainsi, s’accentueront. Cette proposition de baisses d’impôts est surtout en parfait accord avec ce qu’annoncent les libéraux.

Revenons à l’éducation. Malgré la baisse de la taxe scolaire, la CAQ prétend en faire une priorité. Mais comment pourra-t-elle alors financer des promesses comme « ajouter des ressources spécialisées » au primaire et un éventuel ajout « d’aide au devoir, d’activités parascolaires, d’orientation professionnelle, de tuteurs », dans un contexte où il y aura en plus des baisses d’impôts ? Les dures mesures d’austérité budgétaire des libéraux nous ont cependant bien montré qu’il ne reste plus tellement de gras à couper.

En ce qui concerne l’université, on parle de valoriser des domaines tels « le génie, les technologies et les sciences de la santé. » N’est-ce pas ce qui est le cas depuis de nombreuses années ? Cette éducation orienté sur « la valorisation des domaines où se situe l’avenir économique » correspond très bien à la vision des libéraux, avec son intérêt pour l’adéquation formation emploi et une remise en cause discrète de la formation générale dans les cégeps (qu’on retrouvait par exemple dans le rapport Demers.)

Jetons un regard du côté de l’environnement. Pas grand chose à l’horizon, sinon des vœux pieux… Peut-être le fameux projet Saint-Laurent, dont on a beaucoup parlé ? Manque de pot : il s’agit en fait de devenir la « Vallée de l’innovation » qui sera une réponse à la Silicon Valley créée par nos voisins du Sud. Combien de pays, au juste, partagent un pareil rêve ? Quant au fleuve, on parle de le dépolluer… mais aussi de le repolluer en exploitant « un potentiel de dizaines de milliards de barils de pétrole. » Et cela, même les libéraux y ont renoncé.

Pour faire passer son message, la CAQ insiste sur la soi-disant pauvreté du Québec. On nous sort une vieille statistique de 2014, selon laquelle « le Québec est au 57e rang sur 61 états nord-américains pour sa richesse par habitant. » Le prétexte devient alors idéal pour ne pas distribuer une richesse que nous n’aurions pas.

Pourtant, avec un PIB en hausse, un taux de chômage en baisse, et un surplus de 4,5 milliard de dollars, accumulé aux dépens des plus pauvres et de la classe moyenne, ne serait-il pas plutôt temps de passer à des réinvestissements massifs dans les services publics ?

Bien sûr, un site web n’est pas tout, et peut-être serait-on tenté de donner à ce nouveau parti le bénéfice du doute. Mais il faut surtout admettre que derrière sa façade riante, on constate que le parti est d’abord et avant tout le grand défonceur des portes ouvertes par les libéraux. S’imaginer que la CAQ incarnera le changement voulu par l’électorat québécois est une pure illusion. Il reste tout de même quelques bons mois pour remettre les pendules à l’heure.

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