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Brésil

Manifeste : Une élection sans Lula serait frauduleuse

Marilza de Melo Foucher, 8 mars 2018

Les signataires du manifeste défendent aujourd’hui non seulement l’ancien Président Lula d’une condamnation injuste, mais aussi le maintien de la primauté de l’Etat du droit au Brésil.

Pour la défense d’un état de droit et la préservation de la souveraineté populaire, il est essentiel que le pouvoir judiciaire soit indépendant, tout comme le législatif afin de garantir les décisions. Ce qui est évident dans un Etat de droit, c’est que tous les citoyens peuvent croire en une justice indépendante, impartiale et non-médiatique. C’est pourquoi la condamnation de Lula prévue pour le 24 janvier, représente la condamnation de la jeune démocratie brésilienne et légitime l’état d’exception au Brésil.

Si l’ancien président est condamné et arrêté, c’est certainement parce qu’il a commis des crimes graves contre les intérêts de son pays ; Quels seraient les crimes de Lula ? Dans ce cas, les tribunaux brésiliens ont l’obligation de présenter des preuves concrètes des actes illégaux de corruption passive et de blanchiment d’argent commis par le président Lula. Cependant, le juge Sergio Moro et son équipe « Lava-Jato » n’ont fourni aucune preuve authentique de l’implication directe de Lula dans la création d’un système de corruption lié à Petrobras pour son propre bénéfice.

Selon la défense de Lula, il n’y a aucune preuve et aucun élément de preuve qui incriminent l’ancien président. Lula est victime, selon ses avocats, de normes procédurales d’exception. L’ancien Président a été traité de manière discriminatoire et inégale, sa défense a été constamment obstruée. L’instruction du procès a été faite à une vitesse éclair afin de fixer la date du procès au 24 janvier pour l’associer au calendrier électoral afin d’empêcher la candidature de Lula. Dans toutes les enquêtes d’opinion, Lula est en tête de tous les scénarios politiques de cette année 2018 et peut même gagner au premier tour.

Selon les avocats du président, Lula est la victime de la méthode « lawfare » du juge Sergio Moro et son équipe. « Lawfare » est un mot anglais qui désigne l’utilisation abusive des ressources juridiques à des fins de persécution politique. Lula est également victime de « fake news » qui sont des informations totalement fausses sans aucun fondement. Les grands médias brésiliens connus pour leur soutien à la dictature militaire, ont agi en complicité avec le secteur conservateur de la magistrature brésilienne et ont contribué largement au coup d’Etat contre la présidente Dilma Rousself et aujourd’hui dans la condamnation de Lula. Ils ont transformé les questions juridiques de l’opération « Lava-jato » en opération politique. Aujourd’hui, l’opinion publique brésilienne et internationale réalise que l’objectif principal de cette opération n’a pas été le combat contre la corruption, mais la lutte pour le pouvoir par les puissants.

La complicité confirmée entre les médias et la justice a conduit le pays à l’état d’exception, la méthode du « lawfare » a été utilisée pour influencer les trois pouvoirs (judiciaire, législatif et exécutif) et pour manipuler l’opinion publique.

J’utilise les mots prononcés dans une lettre publique écrite par l’évêque de l’Église catholique au Brésil, D. Paulo Jackson (évêque de Garanhuns-PE) : « S’ils veulent condamner Lula pour enrichissement illicite, ils doivent trouver des comptes à son nom, des documents, des écrits et des données concrètes. Pas de simples déductions quel argent, quelle propriété ; quelle réforme serait pour l’usage de Lula ? S’il n’y a pas d’acte de propriété, de preuve d’utilisation personnelle et effective de pot de vin, il faut chercher au-delà de la simple délation opportune d’un accusé en quête de liberté et de réduction de la peine. Je suggère de chercher des enregistrements audio et des vidéos, comme cela a été fait pour Aécio (le candidat du PSDB qui a perdu les élections contre Dilma). »

Il est évident que tout le monde devrait être égal devant la loi, personne n’est au-dessus de la loi. Ce qui a conduit à la rédaction de ce manifeste signé par des personnalités représentatives du monde et par des intellectuels de différents pays est la défense de l’Etat de droit au Brésil. Le président Lula s’est tant battu pour la reconstruction de la démocratie brésilienne.

Quand j’ai signé le « Manifeste : Une élection sans Lula serait frauduleuse », de nombreux souvenirs sont apparus dans mon esprit. Le souvenir de mon ami Ferreirinha (José Domingos Cardoso) syndicaliste, qui était un ami proche de Lula, les deux étaient des ouvriers et appartenaient au syndicat des métallurgistes, Ferreirinha a travaillé à Rio et Lula à Sao Paulo, tous les deux ont participé à la CUT-Union Centrale des Travailleurs. Quand nous nous sommes rencontrés pour la dernière fois à Rio de Janeiro, Ferreirinha m’a parlé de son cancer, il était très déprimé, mais il gardait son sourire de coquin. Il m’a rappelé son exil et la solidarité qu’il y avait en Belgique et en France. Il a rappelé le voyage qu’il avait fait en 1981 en France avec d’autres syndicalistes brésiliens pour discuter de différentes formes de soutien et de travail en commun. Il disait que c’était grâce au soutien de la solidarité française et de ses avocats que les comités d’amnistie ont gagné en force, que le PT a été légalisé et que la CUT a été créée. Sans cette solidarité, ils n’auraient pas pu s’organiser, disait Ferreirinha. Et avec son grand sourire, il déclarait que grâce au charisme de Lula, la CUT a obtenu une projection nationale et que le PT est devenu un parti avec une pluralité politique.

Longtemps avant d’être un symbole admiré dans de nombreux pays du monde, Lula a été un syndicaliste combatif qui a fait face à la dictature militaire et a contribué à l’innovation du syndicalisme brésilien avec la création de la CUT. Il est Impossible de nier le rôle important de Lula dans la présidence brésilienne. Il a été un grand homme d’État et a fait de la lutte contre la misère sa priorité absolue.

Aujourd’hui, selon la CSI, la Confédération syndicale internationale, la plus grande organisation syndicale mondiale, avec environ 180 millions de travailleurs de 161 pays, réunie dans 325 entités affiliées. "Personne ne refuse de soutenir Lula. Il est très admiré et respecté par le mouvement syndical international, qui le reconnaît comme le plus grand président que le Brésil ait jamais eu et comme une référence mondiale. "

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