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Le club des milliardaires québécois

Claude Vaillancourt, 23 novembre 2017

En cette période préélectorale, on chercher à savoir s’il est préférable d’accorder de nouvelles baisses d’impôt ou de réinvestir dans les services publics. S’il semble évident que bien financer notre système de santé et nos écoles devrait être la grande priorité, il est aussi possible de se demander si la question est bien posée.

Ainsi, il est toujours important de chercher où se trouve l’argent. Depuis plusieurs années, dans les médias, on nous répète que le Québec est pauvre, que le nombre de riches est beaucoup trop insuffisant pour qu’on puisse exiger d’eux une contribution fiscale significative.

Un coup d’œil sur la fameuse liste des milliardaires de la revue Forbes permet d’aborder le problème de façon différente. On y voit qu’en terme d’ultra-riches, nous sommes plutôt bien pourvus.

En général, l’attention est portée sur les personnes qui se retrouvent en tête du peloton. Il y de quoi. Les trois premiers lauréats de l’extrême richesse, Bill Gates, Warren Buffet et Jeff Bezos, auraient ensemble une fortune estimée à 234,3 milliards $, un montant si élevé qu’il en donne des frissons. Et il nous force à nous poser une fois de plus cette question fondamentale : comment a-t-on laissé quelques individus accumuler tant d’argent alors qu’il existe tant de personnes pauvres dans le monde ?

Dans cette liste ultra sélecte de 2043 milliardaires sur une population mondiale de 7,5 milliards d’individus, on y retrouve 12 Québécois, une quantité très respectable, proportionnellement beaucoup plus élevé que le nombre de Québécois dans le monde.

Même par rapport au reste du Canada, dont on ne cesse de répéter à quel point il est plus riche que le Québec, nous sommes du côté des gagnants : sur un total de 39 milliardaires canadiens, nos compatriotes constituent 32% de ce nombre, alors que nous formons environ 23% de la population canadienne.

La plupart de ces milliardaires sont très connus : de Lino Saputo (5,6M$), le plus riche, à Pierre-Karl Péladeau, le plus « pauvre » (1M$), en passant par Alain Bouchard, le « challenger » (3,3M$), le champion de l’investissement Stephen Jarislowky (1,3M$), le champion du divertissement Guy Laliberté (1,4M$).

Ce club de 12 personnes accumule à lui seul la somme rondelette de 25 M$. Certes, on peut nous dire que ces hommes sont des bâtisseurs, des entrepreneurs de génie, des audacieux, des créateurs d’emploi, etc. (Certains d’entre eux sont tout de même des héritiers, des spéculateurs…) Mais tout de même, 25 milliards de dollars, appartenant à 12 individus, pensons-y sérieusement… Même les dépenses les plus folles et les plus inutiles n’arriveraient qu’à capter une petite proportion de pareilles fortunes.

« Il faut créer la richesse avant de la distribuer » a-t-on entendu mille fois au Québec. Elle est donc là, bien dodue, dans d’immenses coffres, cette richesse. Ne serait-il pas temps alors d’en commencer la grande distribution ?

Le parti libéral du Québec préfère surtout détourner l’attention. Après des années de coupes à la tronçonneuse dans nos services publics, on propose à la population l’équivalent d’un gros 11$ par paye en baisses d’impôt. Nos écoles et nos hôpitaux, avec quelques miettes de plus, resteront dans la disette.

Quant aux très riches, on les laisse en paix. Il y aura quelques mesures pour s’attaquer aux plus malhonnêtes d’entre eux qui cachent leur fric de façon illégale, comme nous le laisse entendre le timide Plan d’action pour assurer l’équité fiscale du gouvernement. Mais pas davantage. Avec les libéraux, et aussi avec la CAQ, qui a un programme similaire, prendre le chemin qui mènerait vers une société un peu plus équitable, ce n’est pas pour demain.

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