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Université européenne des mouvements sociaux

Continuer le combat en des temps orageux

Claude Vaillancourt, 6 septembre 2017

Du point de vue des organisateurs, l’Université européenne des mouvements sociaux d’Attac, qui s’est tenue à Toulouse du 23 au 27 août, a été un franc succès, avec de plus de 2000 participant.e.s, des conférences, ateliers et séminaires bien remplis, et une organisation efficace. Un nombre élevé des personnes inscrites étaient Françaises, mais il y avait tout de même une bonne délégation étrangère.

La conférence d’ouverture a été marquée par la présentation de Zoé Konstantopoulou, ex-militante de Syriza et ex-présidente du parlement grec, fondatrice du mouvement Trajet de Liberté. Sur un ton vibrant, elle a dénoncé la trahison du parti de la gauche radicale Syriza, aujourd’hui entièrement soumis aux diktats néolibéraux. Pourtant ce parti avait dans sa main ce qu’il fallait pour être beaucoup plus combattif : un référendum qui montrait que la population grecque était clairement opposée aux plans d’austérité exigés par l’Europe ; et un audit de la dette, qui a permis de constater que la dette grecque était en grande partie illégitime, illégale, odieuse et insoutenable.

L’intervention de Zoé Konstantopoulou a donné une bonne idée du ton de plusieurs autres qui ont suivi. Et l’échec de la Grèce à se transformer par la voie politique crée inévitablement une inquiétude partagée. Si la démocratie est impuissante et n’arrive pas à permettre des changements souhaités par la majorité, quels recours nous restent-ils donc ?

Malgré la réussite de l’événement, les constats sur le climat politique européen étaient plutôt moroses. Le néolibéralisme est toujours en progression, les privatisations et les libéralisations ne semblent plus avoir de fin. La montée de l’extrême droite, qui a repris en le pervertissant certains éléments du discours de gauche, complexifie les enjeux : l’ennemi est plus diffus, les problématiques plus complexes et les cibles plus difficiles à déterminer.

D’après ce que j’ai pu observer, les succès populaires des partis nettement ancrés à gauche (ceux de Sanders aux États-Unis, Corbyn au Royaume-Uni, et Mélenchon et Hamon en France) ont peu été soulignés. Peut-être parce qu’aucun de ces hommes ne s’est fait élire. Ou parce que la mise au pas de Syriza a laissé chez plusieurs un goût amer. Pourtant, le fait que la montée de cette gauche qu’on dit « extrême » se produise au sein de puissances occidentales, que ses appuis sont plus élevés que jamais depuis les dernières années, aurait pu se mériter une plus grande attention.

Mais aussi, la multiplication de gouvernements autoritaires et racistes —celui de Trump étant particulièrement problématique — a relégué dans l’ombre ces avancées de la gauche. En France, l’impopulaire Macron reste un bon dirigeant pour l’élite seulement et poursuit d’importantes réformes néolibérales, en s’en prenant entre autres à la loi du travail. Les Britanniques présents à l’Université peinent encore à digérer le Brexit, qui a permis de mettre en place le gouvernement le plus à droite de l’histoire contemporaine selon eux, ce qui est difficile à croire, après ceux de Margaret Thatcher et de David Cameron. Les Allemands quant à eux semblent pris dans une grande stagnation politique. « Puisque notre modèle fonctionne, pourquoi le changer ? » est un mot d’ordre de bien des gens, selon une intervenante de ce pays. Les participant.e.s d’autres pays européens, Espagne, Italie, Belgique, Autriche, Pays-Bas, pays scandinaves, sont aussi confrontés, à différentes échelles, aux mêmes problèmes de racisme, de fermeture à l’autre, de libéralisation sauvage de l’économie.

Sur le plan du libre-échange, les militant.e.s européen.ne.s se félicitaient d’avoir remporté une victoire contre le TAFTA (accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis). Mais les chances de stopper l’AÉCG paraissent très minces et plusieurs s’inquiètent du TISA, un accord qui porte spécifiquement sur le commerce des services, et qui est protégé par un secret particulièrement opaque. Le libre-échange a été un sujet fondamental dans cette université d’été : le séminaire portant sur cette question a été très fréquenté et les accords commerciaux ont été abordés de façon transversale dans plusieurs autres ateliers et séminaires.

La question de la justice fiscale a aussi été une grande préoccupation. On saluait certaines victoires, comme le reporting pays par pays adopté en Europe. Mais pour certain.e.s, dont John Christensen du Tax Justice Network, il s’agit peut-être d’une victoire à la Pyrrhus, puisque qu’il existe une inquiétante tendance des États à réduire considérablement les impôts et les taxes des entreprises. L’échange automatique de renseignements adopté par les États-Unis (ou FATCA) est un modèle à suivre selon plusieurs, bien que fragilisé par le gouvernement de Trump. À la fin du séminaire sur le sujet, il a été décidé que l’automne 2018 serait l’occasion de souligner les 20 ans d’Attac et les 10 ans de l’effondrement de Lehman Brothers (soit l’évènement le plus marquant de la crise économique de 2007-2008).

Dans un atelier portant sur les FSM, il a été souligné que la dimension internationaliste de ces forums reste tout aussi indispensable aujourd’hui et qu’Attac doit continuer à les soutenir fermement. Un représentant de l’organisation du prochain FSM, qui aura lieu à Bahia, au Brésil, l’hiver prochain, a su convaincre les personnes présentes dans la salle que le combat des Brésiliens contre le gouvernement Temer est une lutte qui recoupe différentes préoccupations partout dans le monde, et qu’il est important d’avoir une bonne participation internationale.

Malgré la difficulté de la situation politique, les participant.e.s n’avaient surtout pas envie de baisser le pavillon. Le succès de cette Université a permis, comme toujours dans ce genre de réussite, d’entretenir la flamme militante, d’obtenir des informations récentes, de renforcer ses convictions. Ce qui demeure nécessaire dans le tourbillon politique qui nous emporte, comme plusieurs l’ont remarqué.

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