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Forum social mondial thématique en 2018 au Brésil

Sergio Ferrari, 26 juin 2017

Les interrogations qui pesaient sur l’avenir du mouvement altermondialiste après le dernier Forum social mondial (FSM), tenu en août 2016, au Québec, paraissent commencer à se lever. Le collectif brésilien du FSM 2018 vient de ratifier sa décision de convoquer une rencontre mondiale thématique, du 13 au 17 mars de l’année prochaine, sur le campus universitaire de l’Université fédérale de l’État de Bahia, dans la ville de Salvador.

Le thème central proposé inclut les peuples, les territoires et les mouvements en résistance. Et, selon un communiqué publié début juin, « les slogans qui ont imprégné nos débats durant ces derniers mois comme thèmes possibles furent : Résister, c’est créer, résister pour transformer, Résister, c’est créer et transformer, résister est nécessaire et Résister, c’est créer, exister et transformer ».

Ce collectif réunit déjà une centaine d’organisations et « continue à croître ». Il sera géré par un groupe *facilitateur* composé de 20 membres, représentants « d’organisations et de mouvements sociaux de Bahia, d’entités brésiliennes présentes dans le Conseil international et d’organisations et de mouvements d’ampleur nationale représentatifs de la diversité des luttes ».

Pour prévenir toute critique sur une éventuelle manipulation politique et conjoncturelle de l’invitation à Bahía, les organisateurs rappellent que, bien que 2018 sera une année électorale au Brésil, l’autonomie de la société civile est assurée.

Malgré les élections nationales du 7 octobre 2018, « l’autonomie des mouvements sociaux » participant à la rencontre « sera préservée, conformément à la charte de principes du FSM » (document fondamental de référence, en 14 point, juin 2001), confirme le collectif de Bahia. Conjointement avec le Conseil international, il prévoit de rechercher une large participation des mouvements sociaux des différents continents.

Vision de l’un des fondateurs

Dans un texte récemment envoyé au Conseil international pour discussion, Francisco « Chico » Whitaker, l’un des fondateurs du Forum social mondial, affirme que cette convocation « est une preuve de la volonté d’une mobilisation planétaire pour dépasser le capitalisme, malgré l’aggravation du processus de globalisation de l’économie ».

Et de rappeler que, 12 ans après la chute du mur de Berlin (novembre 1989), la convocation de la première rencontre du FSM à Porto Alegre (janvier 2001) a permis d’affronter la pensée unique prétendant vendre l’idée que « hors du marché, il n’y a pas d’alternative ». Cette rencontre eut un impact symbolique et communicationnel extraordinaire parce que « nous l’avons organisée en faveur d’un autre monde possible, à la même date et parallèlement au Forum économique de Davos », rappelle Whitaker, lors d’un entretien avec ce correspondant.

Les défis qui se posent actuellement aux mouvements sociaux brésiliens et aux partis d’oppositions sont extrêmement similaires à ceux auxquels sont confrontés les mouvements et partis de gauche dans d’autres régions du monde, spécialement en Amérique latine, mais aussi dans l’hémisphère nord, assure Whitaker. Pour lui, le projet de Trump aux Etats-Unis « est seulement un exemple évident de ce qui se passe dans de nombreux endroits, avec la croissance du fascisme, de la xénophobie et des propositions de droite ». Raison pour laquelle « une rencontre mondiale de militant-e-s promouvant des actions de résistance est extrêmement importante pour échanger des expériences et articuler de nouvelles alliances », souligne-t-il.

Clarifier les concepts et les stratégies

Pour Whitaker, Prix Nobel alternatif 2006, deux aspects revêtent une importance essentielle dans cette phase de la convocation de la rencontre de 2018, à Salvador de Bahia : la nature même du forum, ainsi que les défis actuels et futurs posés au Conseil international, comme instance facilitatrice.

La proposition de Bahia se situe dans « l’intuition d’un nouveau type de forums sociaux : les thématiques ». Ils ont comme point de départ, comme les autres forums (locaux, régionaux, nationaux) leur caractère d’« espace ouvert, créé du bas vers le haut par des comités facilitateurs et donc avec des activités autogérées ».

En vérité, pense Whitaker avec optimisme, « nous constatons qu’en se focalisant sur des luttes précises, on arrive plus directement à des propositions concrètes et à des actions articulées ». D’autre part, les forums thématiques « ont un autre avantage : rien n’empêche les participants de rentrer dans leurs lieux/régions/pays avec des cadres communs déterminés, y compris dans des déclarations finales ». Sans pour autant entrer en contradiction avec la Charte de principes, qui n’autorise pas ce type de déclarations lorsqu’il s’agit d’un FSM, général ou global.

Rien n’empêche, souligne Chico Whitaker, que ce type de rencontres, comme celle convoquée à Bahia en mars 2018, d’être intitulé « mondial », car tous les forums sociaux sont déjà internationaux. Et de prévoir que, dans cette perspective et cette vision, un forum social mondial thématique antinucléaire sera convoqué en novembre 2017 à Paris (France).

La multiplication des forums thématiques mondiaux serait une bonne méthode pour « appuyer l’expansion et l’interconnexion de tous les autres types de forums, dans la construction de grands réseaux planétaires, nécessaires pour affronter efficacement le monstre capitaliste mondial », poursuit Whitaker.

Une façon pertinente, en outre, de désenchevêtrer le processus du FSM. « Nous constatons qu’avec des rencontres mondiales générales – non thématiques – on court le risque de tomber dans un certain vide de contenus, dans le toujours plus la même chose, c’est-à-dire une certaine bureaucratisation du processus ».

Une redéfinition fonctionnelle

L’adoption de cette stratégie des forums sociaux mondiaux thématiques « pourrait aussi constituer un bon mécanisme pour résoudre en partie le grand problème de la crise interne vécue aujourd’hui par le Conseil international du FSM ».

Créé après le premier forum de Porto Alegre, en 2001, le Conseil, considéré comme une instance de facilitation – et non de direction – vit depuis quelques années une paralysie croissante.

Lors de la dernière rencontre de janvier 2017, à Porto Alegre, seuls 30 représentants (sur un total de 170) y ont participé, constate Whitaker. En 2015, à Tunis, il avait proposé, de manière provocatrice, de désintégrer le Conseil international, qu’il considérait alors déjà comme un « lourd éléphant », peu opérationnel et sans presque aucune capacité de réaction ou de proposition.

Dans cette perspective de « rationalité », propose Whitaker, ce Conseil pourrait se réunir une seule fois par an, durant une semaine, pour approfondir l’analyse de la conjoncture et proposer de nouvelles stratégies pour affronter le néo-libéralisme. Tous les organisateurs des différents types de forums dans le cadre du FSM, qui continuent à se tenir dans différentes régions et avec diverses thématiques « au service de la construction d’un autre monde possible », pourraient y participer. Et dans le cadre de cette réflexion animée sur les contenus, représentative de dynamiques réellement existantes, « si on le juge nécessaire et utile, on pourrait évaluer la réalisation d’un grand forum social mondial ouvert à toutes les thématiques, pour alimenter l’espérance de tous », suggère l’intellectuel et militant anti-nucléaire brésilien.

Une révolution dans les formes ; une reconceptualisation des instances des initiatives altermondialistes. La proposition de Chico Whitaker ne se limite pas seulement aux formes et aux fonctions. Mais aussi aux symboles : « Pourquoi ne pas imaginer une première réunion de ce Conseil international d’un nouveau type, en janvier 2018 déjà, à nouveau en parallèle avec le Forum de Davos, dans une ville comme Porto Alegre ? », s’interroge-t-il en conclusion.


Voir en ligne : http://www.alainet.org/es/node/186241


Sergio Ferrari, collaboration de presse d’E-CHANGER, ONG de coopération solidaire engagée depuis 2001 dans le processus du Forum Social Mondial