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Présidentielle française de 2017

Séismes politique et populaire

1er mai 2017

C’est une véritable débâcle pour Benoît Hamon et le PS. Avec 6,4 % des voix, le vainqueur de la primaire de janvier est laminé… et laisse un parti complètement éclaté.

Éliminé, même s’il a réussi un bon score, Jean-Luc Mélenchon n’a pas choisi d’appeler à barrer la route au FN. À l’évidence, la recomposition de la gauche a commencé. Et sans doute pas comme l’avaient rêvée Manuel Valls et François Hollande.

Une page se tourne

Un fossé de rancoeur a fini par se creuser au fil du quinquennat. Des divisions qui n’ont fait que s’accentuer dans le renoncement de François Hollande, en décembre dernier. Quelques jours plus tard, Manuel Valls démissionne pour se lancer dans la bataille de la primaire de la gauche. Mais ses ambitions se fracassent, le soir du second tour, sur la ligne rose - rouge - vert incarnée par Benoît Hamon, l’ancien frondeur plébiscité par les électeurs.

Cette désignation ne fera que renforcer les fractures profondes du parti. Plutôt que de se rassembler, chaque camp aiguise ses couteaux. "Il n’y avait pas de place pour Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon." analyse le président en petit comité.

Qui va garder la vieille maison ? Le PS peut-il survivre après la déroute historique de son candidat passé largement sous la barre des 10 % ? Le candidat socialiste assume l’humiliation du PS. Il a déjà prévenu les siens qu’ il "ne désertera pas". Et après ? "On sort la pelle, la pioche, et on construit", répond un de ses proches.

Malgré la défaite du candidat socialiste, il existe aujourd’hui en France un bloc progressiste qui est majoritaire, ce qui contredit ceux qui prédisaient l’enfer pour la gauche, analyse un conseiller régional PS. Mais le Parti doit tirer les conséquences de ce qui s’est passé.

Il manquait une dynamique positive. Certains socialistes se sont éloignés des fondamentaux du parti : le socialisme de gouvernement, le réformisme de gauche, la capacité à rassembler une gauche large et non étroite , à accepter les différences. Il importe donc, en attendant le prochain congrès du PS, lieu d’une grande explication, que le PS, autour de sa direction, reprenne son destin en main [1].

Les défis de la gauche

Après l’élection présidentielle, les législatives seront un enjeu crucial, car il faudra mettre à profit la dynamique de gauche enclenchée pendant la campagne, tant en terme de propositions en faveur de profonds changements sociaux et écologiques, que dans la refondation d’une nouvelle force politique en capacité de les mettre en oeuvre.

La poursuite de cette dynamique dépendra de la volonté et de la maturité des électeurs et des responsables politiques auxquels ils accordent leur confiance, ainsi que de la capacité des militants engagés dans la campagne électorale à travailler ensemble.

Les 9,3 millions d’électeurs de Mélenchon et d’Hamon seront une force de poids, offrant des propositions qui ouvrent de nouveaux horizons pour une politique qui repense les manières de produire, le partage des richesses, la façon de décider de l’intérêt général et la compatibilité des sociétés modernes avec l’impératif climatique [2].

La fin des partis traditionnels ?

La percée d’En Marche ! et du FN inquiète les partis traditionnels, du Parti socialiste aux Républicains, en passant par les petites formations centristes : d’un côté, En Marche !, parti de la mondialisation et qui est parti de rien, il y a tout juste un an, prospérant sur le rejet du clivage droite – gauche ; de l’autre, le FN, antieuropéen et antimondialisation, vitupérant contre l’"UMPS" et bâtissant sa singularité et son succès sur le rejet des élites et des appareils partisans.

L’élection d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen au second tour ne signifie pas la mort des partis traditionnels. Quant aux Républicains, parti usé par des décennies d’alternance au pouvoir et dans l’opposition, il survivra à l’attraction Macron ou Le Pen. La droite n’est pas morte, car son socle électoral, de retraités et de propriétaires, existe et il est différent de celui d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen.

Sans les "affaires", les Républicains auraient été présents au second tour. En revanche, on va assister à un vrai règlement de comptes dont le vainqueur mènera la bataille pour les législatives. En ce qui concerne le FN et En Marche !, leur objectif n’est autre que de devenir des partis classiques, avec des députés, des sénateurs et des représentants à tous les échelons locaux. Si le FN a fait sa place à la droite extrême, celle d’En Marche !, le plus jeune des deux, est le centre droit ou gauche.

Quelle majorité pour gouverner ?

Avec pour le (ou la) futur (e) président (e), deux scénarios sont à envisager : une dynamique présidentielle permettant de réunir une majorité de députés autour du Premier ministre et du Chef de l’État, ou alors une majorité composite contraignant le président, entre les deux tours des législatives, à signer un contrat de gouvernement avec une autre force politique que la sienne. Mais qui accepte d’appliquer le programme présidentiel.

Le deuxième scénario - pas de majorité absolue à l’Assemblée - semble le plus probable. Si Emmanuel Macron l’emporte, il devra alors mener à bien sa politique, constituer un grand bloc central promondialisation. Et donc s’allier à LR. Les Républicains l’ont fort bien compris : se battre pour les législatives. L’échiquier parlementaire s’organise désormais autour de quatre forces politiques : deux partis antimondialistes, la France insoumise et le FN ; et deux partis européens et mondialistes, En Marche ! et les Républicains.

Pour ce parti, qui vient de perdre la présidentielle, face à un exécutif qui leur a échappé, organiser un contre-pouvoir de poids au Parlement serait la meilleure revanche. Certains rêvent même imposer l’un des leurs comme Premier ministre dans une éventuelle cohabitation. François Baroin, par exemple.


1- Le Parisien du 24 avril 2017
2- Ivan Du Roy. ÉLECTIONS. Présidentielles 2017 : la démocratie en sursis (24 avril 2017). https://www.bastamag.net/Presidentielles-2017-la-democratie-en-sursis


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