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Palestine : Des capoeiristas manifestent leur solidarité !

Bérengère Ruet, 1er mai 2017

Des capoeiristas manifestent leur solidarité avec le peuple Palestinien à l’occasion du jour de la Nakba.

Depuis 2013, des groupes de capoeira (art martial afro-brésilien) organisent chaque année des « rodas » (rondes ou cercle) de solidarité avec le peuple palestinien dans plusieurs villes à travers le monde.

Pour la première fois cette année, Montréal participera à travers le groupe de capoeira angola FICA Montréal. Nous avons rencontré Corey Balsam, membre de FICA Montréal, qui était à Ramallah il y a quatre ans quand tout a commencé. Il nous explique comment l’idée de cette solidarité s’est transformée en un mouvement mondial.

Le 15 mai, vous organisez une roda pour la Palestine. Peux-tu nous expliquer la signification de cet acte de solidarité pour ton groupe ?
Le 15 mai est le jour de la Nakba, qui en arabe signifie « la catastrophe ». Ce jour marque pour les Palestiniens la colonisation de leur terre et le début de l’exil. Plus de 700 000 Palestiniens déplacés et leurs descendants sont toujours incapables de retourner chez eux. C’est pourquoi c’est une date si importante et il y aura beaucoup d’événements qui seront organisés pour marquer cette commémoration. Pour nous, faire une roda est notre façon de participer.

La capoeira est un art-martial afro-brésilien né dans le contexte de l’esclavage des noirs au Brésil. Quel lien faites-vous entre cette histoire et la lutte palestinienne d’aujourd’hui ?
On ne cherche pas nécessairement à faire un parallèle direct entre l’esclavage et la colonisation israélienne. Ce qu’on tient à souligner, c’est cette chose qu’il y a en commun et qui est la résistance à l’oppression. En capoeira, surtout en capoeira angola, il y a une tendance forte à commémorer l’histoire, notamment à travers les chansons, pour ne pas oublier cette idée de libération, de résistance. Mais à mon avis ça reste parfois bloqué dans le passé, alors que prendre cette histoire vraiment au sérieux implique aussi de réfléchir à ce qu’il se passe aujourd’hui. Beaucoup de capoeiristas (joueurs de capoeira) sont engagés dans les questions de racisme au Brésil, et aux États-Unis par exemple.
En Israël, la capoeira est très populaire, comme dans beaucoup d’autres pays occidentaux. Mais ce qui est particulièrement problématique, c’est que de nombreux groupes de capoeira ont émergé dans les colonies israéliennes illégales. Or c’est sur cette présence de la capoeira dans les colonies, qui sont exclusives puisqu’elles sont réservées aux israéliens, sur la terre palestinienne, qu’on a voulu attirer l’attention quand on a créé le collectif en 2013.

Parle-moi de ce collectif. À ce moment-là tu travaillais pour une ONG internationale et tu enseignais la capoeira à Ramallah depuis quelques années. Tu as décidé, avec d’autres palestiniens et étrangers capoeiristas, de former un collectif. Avec quel objectif ?
Oui, on a créé le « Capoeira Freedom Collective » en août 2013 avec deux objectifs principaux. Le premier, c’était de renforcer la présence de la capoeira en Cisjordanie et de transférer la responsabilité du groupe aux Palestiniens. Le deuxième objectif, c’était de susciter une prise de conscience dans le monde de la capoeira sur ce qui était en train de se passer en Israël et Palestine. La meilleure façon de susciter cette prise de conscience, c’était que les capoeiristas viennent voir ce qu’il se passe vraiment sur le terrain. Donc on a organisé une tournée d’une dizaine de jours à travers la Cisjordanie, avec des capoeiristas venus d’un peu partout. L’idée était de les exposer à la situation et de réfléchir ensemble sur la signification de la capoeira et sur sa place dans un contexte comme celui-là. Bien-sûr, tout le monde a été très affecté par cette expérience.

Après la tournée, on s’est demandé : et maintenant on fait quoi ? L’idée a émergée de lancer un appel à organiser des rodas de solidarité chaque année, non seulement pour marquer notre soutien avec la cause palestinienne mais aussi pour mettre ces questions sur la table. La première année, six ou sept groupes ont répondu à l’appel. L’année suivante, un peu plus. Et en 2015 ça a explosé : 20 villes ont participé, dont 7 au Brésil, ce qui était une première. Et des Mestres (maîtres) brésiliens très importants ont organisé leur propre roda. C’était incroyable, ça voulait dire que le mouvement prenait son envol et qu’il n’était plus seulement incité par nous, mais que les groupes se l’appropriaient.

Est-ce que tu dirais que votre mouvement s’inscrit dans la lignée de la campagne mondiale Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) ?
C’est certainement une discussion qui émerge dans les différents groupes qui participent. Il y a eu une déclaration du Comité National de BDS pour soutenir notre initiative.

La campagne BDS prend de l’ampleur et on voit beaucoup d’artistes, notamment des chanteurs très connus, qui refusent aujourd’hui d’aller se produire en Israël tant que les Palestiniens ne pourront pas, eux aussi, assister à leurs spectacles. Or la capoeira, avec son histoire de lutte contre l’oppression, doit se poser la question de sa participation dans cette dynamique. En tout cas, on voulait que le débat existe. Notamment il y a la question des Mestres qui sont invités en Israël pour donner des ateliers ou rencontrer des groupes. Mais les Palestiniens capoeiristas qui habitent de l’autre côté du mur ne peuvent pas participer. On voudrait que les Mestres, et la communauté de la capoeira en général s’interrogent là-dessus.

Qu’est-ce que tu espères de ce mouvement dans l’avenir, en tant que capoeirista ?
On est encore en train de chercher comment aborder toutes ces questions. Avant tout il faut se rappeler qu’on est des invités dans cette maison de la capoeira, qui est d’abord un art afro-brésilien et c’est de la part des afro-brésiliens qu’on doit prendre nos conseils et nos directions. Il faut aussi que la lutte contre le racisme, qui est la lutte originelle de la capoeira, reste la priorité.
Mais ce que j’espère, c’est que ce type de réflexion va contribuer à développer un réseau de groupes de capoeira qui s’impliquent dans des questions politiques et qui s’interrogent ensemble sur la façon dont on peut soutenir différentes luttes. La question de fond que nous posons, c’est comment s’engager sur les questions de racisme et d’autres formes d’oppression partout où la capoeira est présente, physiquement, à travers ses groupes ?

La roda de solidarité avec la Palestine aura lieu le lundi 15 mai, de 18h30 à 20h30, au MAI (3680, Jeanne-Mance, Studio 428). Elle est ouverte à tous et sera suivie d’une discussion avec des intervenants palestiniens et d’une Mesa de Fruta (collation conviviale).