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Chili

Grève dans l’une des plus grandes mines de cuivre du monde

Franck Gaudichaud, 3 mars 2017

Depuis le 9 février dernier, 2 500 travailleurs sont en grève dans la mine Escondida, située dans le nord du Chili.

Aux mains de deux géants du secteur privé, BHP Billiton et Rio Tinto PLC (capitaux anglo-australiens), Escondida est la plus importante productrice d’« or rouge » de la planète, avec l’extraction de 900 000 tonnes par an, soit 20 % de la production chilienne (la nation qui possède la principale réserve mondiale de ce minerai).

Face à l’annonce d’une grève « illimitée », le groupe a paralysé les activités du site, affolant les spéculateurs de la bourse de Londres. Malgré les menaces du président de la mine, Marcelo Castillo, et la pression du gouvernement de Michèle Bachelet (socialiste), les mineurs ont maintenu leur mouvement, installant un piquet de grève tournant, un campement à l’extérieur de la mine (à 3 100 mètres d’altitude en plein désert d’Atacama) et en ayant préalablement réuni un important fonds de soutien. Et le ministre des Finances, Rodrigo Valdés, a dénoncé cette lutte : « cette grève pourrait affecter plus gravement le produit intérieur brut que les incendies de forêts – les plus graves de l’histoire du Chili – qui ont ravagé le pays fin janvier ».

C’est après avoir rompu les négociations que le principal syndicat de Escondida s’est lancé dans la grève, avec pour revendication principale la revalorisation des salaires, alors que le prix du cuivre a connu une augmentation de 27 % en 2016, et devrait poursuivre cette montée en flèche d’ici 2020, pour le plus grand profit des actionnaires. « Le minimum que nous demandons – a répété le dirigeant du syndicat Jaime Thenoux – est de pouvoir maintenir les bénéfices de la convention collective actuelle », en particulier pour les mineurs qui viennent d’intégrer Escondida.

Une position qui pèse...

La stratégie des entreprises minières est toujours plus de flexibilisation, alors que des milliers d’emplois ont été supprimés par les nombreux sous-traitants. Le syndicat exige quant à lui une augmentation de 7 % des salaires et une prime exceptionnelle de 38 000 dollars par personne.

Si ces mineurs sont souvent qualifiés d’« aristocratie ouvrière » du fait de revenus très élevés en comparaison avec l’immense majorité du peuple chilien, ils doivent supporter des conditions de travail extrêmes. Et c’est surtout la position stratégique qu’ils occupent dans l’économie primo-exportatrice du pays qui donne énormément de poids à leurs résistances.

Dans un contexte de forte atomisation du mouvement syndical, héritage de la dictature mais aussi de 25 ans d’un modèle ultra-libéral (administré en grande partie par les sociaux-libéraux), cette grève pourrait montrer la voie. D’autant que la Centrale unitaire des travailleurs (CUT) reste aux mains d’une bureaucratie très largement cooptée par les partis du gouvernement, à commencer par le Parti communiste…

Désormais, rôde le spectre de la grande grève d’Escondida de 2006, au grand dam des médias conservateurs et du patronat. Ce conflit dur, qui dura 25 jours, avait fait trembler le secteur minier mondial et participé de la revitalisation syndicale en cours dans tout le pays. Salvador Allende en son temps a souligné à quel point le cuivre était le « salaire du Chili ». Aujourd’hui à nouveau très largement dans les mains du capital transnational, les appels à la renationalisation des ressources minières, sous contrôle de la population, résonnent avec force.


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