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Rapport mondial 2017 : Les démagogues menacent les droits humains

Donald Trump ainsi que des démagogues européens favorisent l’intolérance et les discriminations

12 janvier 2017

La montée en puissance de dirigeants populistes aux États-Unis et en Europe représente une sérieuse menace pour la protection des droits humains fondamentaux, tout en encourageant les abus de la part des autocrates à travers le monde, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, à l’occasion de la publication de son Rapport mondial 2017 (version abrégée en français). L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, à l’issue d’une campagne ayant alimenté la haine et l’intolérance, ainsi que l’influence croissante en Europe de partis politiques rejetant les droits universels, mettent en danger le système des droits humains mis en place après la Seconde Guerre mondiale.

Entretemps, des dirigeants se présentant comme des « hommes forts » en Russie, en Turquie, aux Philippines et en Chine ont imposé leur propre autorité en lieu et place de celle d’un gouvernement responsable et de l’État de droit, comme garantie de prospérité et de sécurité. Ces tendances convergentes, soutenues par des opérations de propagande dénigrant les normes de droit et méprisant toute analyse factuelle, constituent une menace directe pour les lois et les institutions qui promeuvent la dignité, la tolérance et l’égalité, a affirmé Human Rights Watch.

Dans cette 27e édition annuelle de son Rapport mondial, Human Rights Watch passe en revue les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son essai introductif, le Directeur exécutif, Kenneth Roth, écrit qu’une nouvelle génération de populistes autoritaires cherche à anéantir le concept de protection basée sur les droits humains, en considérant ces droits non comme un contrôle essentiel du pouvoir établi mais comme une entrave à la volonté de la majorité.

« La montée du populisme constitue une grave menace pour les droits humains », a déclaré Kenneth Roth. « Donald Trump et diverses personnalités politiques en Europe cherchent à renforcer leur pouvoir en misant sur le racisme, la xénophobie, la misogynie et le nativisme, mouvement qui s’oppose à l’immigration. Tous prétendent que le public accepte les violations des droits humains en tant que mesures prétendument nécessaires afin d’assurer la pérennité de l’emploi, d’éviter les évolutions culturelles ou d’empêcher les attentats terroristes. Mais en réalité, le mépris des droits humains constitue la voie la plus susceptible de mener à la tyrannie. »

Kenneth Roth cite la campagne présidentielle de Donald Trump aux États-Unis comme un exemple frappant de politique de l’intolérance. Il indique que Trump a répondu au mécontentement d’Américains face à la situation économique et au caractère de plus en plus multiculturel de la société par une rhétorique rejetant les principes fondamentaux de dignité et d’égalité. Sa campagne a avancé des propositions qui risquent de nuire à des millions de personnes, notamment les projets d’expulsions massives d’immigrés, de restriction des droits des femmes et de la liberté de la presse, et d’autorisation du recours à la torture. Si Trump ne revient pas sur ces propositions, son administration risque de commettre des violations massives des droits humains aux États-Unis et de renoncer à l’attachement de longue date et bipartite -bien qu’imparfaitement mis en œuvre - à un programme de politique étrangère en matière de droits humains.

En Europe, un populisme de même nature cherche à faire porter aux migrants la responsabilité des désordres économiques. La campagne en faveur du « Brexit » en a sans doute été l’illustration la plus évidente, observe Kenneth Roth.

Au lieu de désigner comme boucs émissaires les personnes qui fuient la persécution, la torture et la guerre, les gouvernements devraient investir dans des programmes visant à aider les communautés immigrées à s’intégrer dans leurs sociétés et à y participer pleinement, a souligné Kenneth Roth. Les responsables publics ont également le devoir de rejeter la haine et l’intolérance exprimée par les populistes, tout en soutenant une justice indépendante et impartiale contre toutes discriminations visant des minorités vulnérables, ajoute-t-il.

Les passions alimentées en ce moment par les populistes tendent à masquer les dangers à plus long terme que représentent les régimes autocratiques, poursuit Kenneth Roth. En Russie, Vladimir Poutine a répondu à une vague de mécontentement populaire en 2011 par la répression, notamment des restrictions draconiennes aux libertés d’expression et de réunion, des sanctions sans précédent contre les critiques exprimées sur internet, et des lois restreignant sévèrement l’activité des organisations indépendantes. Le dirigeant chinois, Xi Jinping, préoccupé par le ralentissement de la croissance économique, a lancé contre toute forme de dissidence la plus dure campagne de répression depuis l’époque du soulèvement de la place Tiananmen.

En Syrie, le président Bachar al-Assad, appuyé par la Russie, l’Iran et le Hezbollah, a perfectionné une stratégie de crimes de guerre ciblant les civils dans les zones tenues par l’opposition, foulant aux pieds les principes les plus fondamentaux des lois de la guerre. Les forces de l’autoproclamé État islamique (EI), ont également régulièrement attaqué des civils et exécuté des détenus, tout en encourageant et en commettant des attentats contre des populations civiles dans le monde entier.

Plus de cinq millions de Syriens ayant fui le conflit dans leur pays ont fait face à d’énormes obstacles dans leur quête de sécurité. La Jordanie, la Turquie et le Liban ont accueilli des millions de réfugiés syriens, mais ont fermé dans une large mesure leurs frontières à de nouvelles arrivées. Les dirigeants de l’Union européenne ont échoué à se partager équitablement les responsabilités liées à l’arrivée de demandeurs d’asile ou à créer des itinéraires sûrs pour les réfugiés. En dépit de nombreuses années de leadership américain en matière de réinstallation de réfugiés, les États-Unis n’ont accueilli que 12 000 réfugiés syriens l’année dernière et Donald Trump a menacé de mettre fin au programme.

En Afrique, un nombre préoccupant de dirigeants ont supprimé ou prolongé les limites de leurs mandats – par des « coups d’État constitutionnels » – afin de se maintenir au pouvoir, tandis que d’autres ont eu recours à des répressions violentes pour réduire au silence les protestations contre des élections inéquitables ou des régimes corrompus ou prédateurs. Plusieurs dirigeants africains, se sentant vulnérables face à de possibles poursuites, ont vivement critiqué la Cour pénale internationale (CPI), et trois pays ont annoncé leur retrait de la CPI.

Cette offensive à l’échelle mondiale nécessite une réaffirmation et une défense vigoureuses des valeurs des droits humains qui étayent le système international, affirme Kenneth Roth. Et pourtant, trop de responsables publics semblent s’être mis la tête dans le sable, espérant que les vents du populisme finiront par retomber. D’autres, espérant préempter leur message, se font les émules des populistes et, de fait, les renforcent, a-t-il ajouté. Les gouvernements qui se prévalent ostensiblement des droits humains devraient défendre ces principes de manière beaucoup plus vigoureuse et constante, selon Kenneth Roth, notamment les démocraties d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie qui soutiennent des initiatives générales aux Nations Unies mais prennent rarement la tête de propositions visant à répondre spécifiquement à des crises dans des pays particuliers.

En fin de compte, la responsabilité est entre les mains de la population, affirme Kenneth Roth. Les démagogues obtiennent un soutien populaire en proférant de fausses explications et des solutions bon marché à des maux qui, eux, sont réels. Le remède réside dans l’exigence par les électeurs de politiques basées sur la vérité et sur les valeurs qui fondent la démocratie respectueuse des droits. Une forte réaction populaire, utilisant tous les moyens disponibles – organisations civiques, partis politiques, médias traditionnels et sociaux – constitue la meilleure défense en faveur de valeurs auxquelles d’innombrables personnes sont encore profondément attachées.

« C’est à nos risques et périls que nous oublions les démagogues du passé : les fascistes, les communistes et leurs semblables, qui prétendaient savoir mieux que quiconque quel était l’intérêt de la majorité mais ont en fin de compte écrasé l’individu », a conclu Kenneth Roth. « Quand les populistes considèrent les droits humains comme des obstacles à leur conception de la volonté de la majorité, ils ne tardent généralement pas à s’en prendre à quiconque n’est pas d’accord avec leurs objectifs. »


Voir en ligne : Human Rights Watch