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L’ESN514

Ouverture d’une école de sécurité numérique axée vers le mouvement social

Anne-Sophie Letellier, 1er décembre 2016

Le premier décembre 2016, l’ESN514 sera officiellement lancée. Il s’agit d’un projet mené conjointement par Alternatives, la Chaire de recherche en éducation aux médias et droits humains et l’Autorité canadienne des enregistrements Internet. L’ESN514 veut sensibiliser les membres de la société civile aux enjeux de la surveillance numérique et à l’importance sociale et politique de la vie privée. Elle offre des formations en sécurité numérique axée vers le mouvement social, le milieu associatif et journalistique.

Qu’est-ce que l’ESN514 ?

L’école offre des formations de groupes, mais également des outils et des ressources en ligne adaptées à la réalité et aux besoins des mouvements sociaux, des chercheurs universitaires, des journalistes et des acteurs issus du milieu associatif, ces groupes étant souvent les premières cibles de surveillance gouvernementale. Le projet s’inscrit donc dans un effort essentiel de vulgarisation et d’éducation populaire relativement aux enjeux liés aux droits humains et aux technologies numériques.

Effectivement, depuis les révélations de Snowden en 2013, mais plus récemment avec la loi anti terroriste (C-51) adoptée par le gouvernement Harper en mai 2015 et avec « l’Affaire Lagacé » survenue il y a quelques semaines, une chose semble certaine : les pratiques de surveillance opérées tant par la sphère marchande que gouvernementale posent d’importantes menaces à plusieurs valeurs – telles que la liberté d’expression, le droit à la vie privée et la liberté de la presse – à la base du fonctionnement de nos sociétés démocratiques. Pourtant, la subtilité des pratiques de surveillance doublée de la complexité apparente du fonctionnement des technologies numériques et des méthodes de cryptages semblent décourager la majorité des individus à s’initier à des meilleures pratiques en sécurité numérique.

C’est exactement pour répondre à ce besoin que l’ESN514 a été mise sur pied.

En ce sens, l’école de sécurité numérique est une initiative qui défend et promeut les libertés civiles telles que la vie privée et la liberté d’expression dans un environnement numérique de plus en plus vulnérable aux pratiques de surveillance. Les formations proposées s’articulent autour des trois objectifs suivants :

  1. 1. Mieux comprendre le fonctionnement des outils utilisés quotidiennement et les vulnérabilités qui leurs sont associées ;
  2. 2. Sensibiliser des citoyens aux enjeux politiques liés à la vie privée et à la surveillance en ligne et ;
  3. 3. Adopter des pratiques numériques plus sécuritaires par l’utilisation, entre autre, de logiciels de cryptage.

Nos formations

Les formations de l’ESN514 se déroulent à travers deux séances d’environ 3 heures au cours desquelles les groupes seront initiés aux principes de base de la sécurité numérique. La sécurité numérique passe, bien entendu, par la substitution de certains services et applications ainsi que par l’utilisation d’outils de cryptage (tels que GPG, TOR, Veracrypt, etc.). Cependant, il est autant, sinon plus important de vulgariser le fonctionnement de nos technologies et des processus à la base de l’échange d’informations en ligne afin d’ensuite mettre l’accent sur divers comportements et habitudes à prendre en ligne. Nous accordons une grande importance aux petits gestes qui peuvent significativement améliorer notre sécurité dans le monde en ligne et hors ligne : changer les paramètres de base des fureteurs, gérer efficacement ces mots de passe, etc.

Le but est de proposer une gamme de pratiques et d’outils qui pourront être implantés progressivement et à long terme dans les groupes formés. La sécurité numérique n’est pas une solution clé en main, c’est un processus. L’ESN514 souhaite donc se poser comme équipe d’experts en formation et en vulgarisation pour accompagner et suivre les groupes dans leurs premiers pas.

Changer notre approche à la vie privée : au delà du « je n’ai rien à cacher »

Enseigner la sécurité numérique peut parfois sembler complexe. Les outils sont nombreux, parfois plus compliqués à utiliser que ceux auxquels nous avons étés habitués. Une question se pose donc : pourquoi faire l’effort, surtout si l’on considère que l’on n’a rien à cacher ?

L’ESN514 promeut des pratiques numériques qui se distancent d’une vision « individualiste » de la vie privée pour mettre de l’avant son importance sociale et politique. Dans un contexte où la majorité des services que nous utilisons récoltent et mettent en relation une panoplie de données concernant nos activités numériques et celles des personnes avec qui nous interagissons, la sécurité numérique et la protection de la vie privée devient réellement l’affaire de tous. Effectivement, la collecte et l’analyse des données se fait de manière automatisée et par des ordinateurs très puissants qui sont créés dans l’objectif spécifique d’analyser de grandes quantités de données. Ainsi, on ne peut plus penser que d’être « un utilisateur parmi tant d’autres » nous permet de nous cacher dans la foule. Plutôt, la masse de données ainsi que leur analyse automatique permet d’identifier plus facilement les « valeurs aberrantes ».

C’est donc dire qu’en tant que militant, journaliste, chercheur ou membre d’un milieu associatif, vous et votre entourage avez plus de chances de faire l’objet de surveillance ciblée. Si ce n’est pas le cas, vos données peuvent tout de même être mobilisées rétroactivement et elles contribuent à tout le moins à identifier plus facilement certains types de profils dissidents et donc, potentiellement contribuer à certaines formes de discrimination.

Ainsi, adopter des meilleures pratiques en sécurité numérique devient une forme de bienveillance : elles contribuent à protéger les gens qui nous entourent et à rendre plus difficiles les pratiques de discrimination permises par la collecte et l’analyse de données. Réduire ses traces numériques ou crypter ses communications, ce n’est pas avoir quelque chose à cacher. C’est limiter – même partiellement - le pouvoir qu’ont les entreprises et les agences gouvernementales sur la société civile. C’est proclamer et défendre concrètement la valeur de la vie privée, de la liberté de la presse et de la liberté d’expression dans une société démocratique. C’est contribuer à protéger les sources des journalistes d’enquête. C’est participer collectivement à la protection de ceux qui sont susceptibles d’être brimés par les pratiques de surveillance gouvernementale. En bref, être un protecteur de la vie privée, c’est être solidaire. C’est prendre soin de soi, mais surtout des autres.

Participez au lancement de l’ESN514 le jeudi 1er décembre 2016


Voir en ligne : ESN 514