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L’ombre de Trump a plané sur les négociations climatiques de Marrakech

Roger RASHI, 21 novembre 2016

La conférence des Nations Unis sur le climat tenue à Marrakech du 7 au 18 novembre, la COP 22 de son titre officiel, qui se targuait d’être une "COP d’action où l’accord de Paris serait mis en pratique " fut bien au contraire une rencontre d’inaction et d’immobilisme, totalement dominée par l’ombre pesante de Donald Trump.

L’élection d’un climato-sceptique avéré à la présidence des États Unis a totalement déstabilisé cette conférence internationale. Pris de court, les diplomates et chefs d’état se sont contentés lors de la première semaine — à l’instar de Ban Ki Moon secrétaire général de l’ONU, ou bien de François Hollande, président français— d’en minimiser l’impact et de répéter, de façon totalement irréaliste, que l’accord de Paris sur le climat était irréversible, quoi que Trump puisse dire ou faire. Certains diplomates allèrent jusqu’à suggérer à des ONG vertes qu’il ne fallait surtout pas "sur-réagir" face à Trump car le "pragmatisme" finirait par l’emporter chez ce nouvel élu !

La COP 22 déstabilisée

Toutefois, la réaffirmation par l’entourage de Trump que la nouvelle administration voulait non seulement se retirer de l’accord de Paris mais cherchait à remettre en question sa participation à la convention cadre des Nations Unis sur le climat (en clair, se retirer du processus des COP), et surtout la nomination d’un lobbyiste pro-pétrole notoire à la tête l’Environment Protection Agency (l’équivalent américain du ministère de l’environnement), finirent par forcer la COP officielle à se rendre à l’évidence. Loin de tempérer ses ardeurs climato-négationniste, la future administration Trump allait tout faire pour relancer la production pétrolière, gazière et charbonnière aux USA et ainsi contrevenir dans les faits aux cibles pourtant modestes de réductions des émissions de GES annoncées l’année dernière à Paris . Désormais, quelle que soit l’état juridique de sa participation aux traités internationaux sur le climat, les États Unis, première économie mondiale et deuxième émetteur de gaz à effet de serre, entendrait faire faux bond à l’accord de Paris sur le climat.

Ce n’est qu’à trois jours de la conclusion de la conférence, avec le discours fleuve du secrétaire d’état américain sortant,John Kerry, que cette crise dans les négociations climatiques internationales fut abordée de front. Dans une intervention à saveur de testament politique, Kerry a exhorté le président élu à revoir ses politiques environnementales insensées et dangereuses pour la planète et lancé un appel, dans le plus pur style néolibéral, aux forces du marché et à l’entreprise privée pour mettre en œuvre la lutte aux changements climatiques.

Blocages et critiques de la COP 22

Ainsi cette COP se termine sur une impasse totale. Blocage sur la question clé pour les pays en développement du financement de l’adaptation au changement climatique. Aucune feuille de route pour avancer sur la question de la révision à la hausse des engagements nationaux. Aucune riposte significative à l’incertitude que fait planer l’élection de Trump sur les accords climatiques internationaux si ce n’est qu’un appel au secteur privé pour accomplir ce que les acteurs étatiques sont incapable de faire.

Sans surprise, les critiques se font féroces face à un bilan aussi mince. Une quarantaine d’états du sud réunis dans le Climate Vulnerable Forum dénoncent vertement le blocage des pays riches sur les questions de financement et s’engagent à atteindre 100% d’énergie renouvelable le plus rapidement possible. Plusieurs ONG, à l’instar d’Oxfam, se disent globalement déçues par une COP tenue dans l’ombre de Trump et qui n’a rien accompli de significatif. ATTAC France va plus loin en dénonçant "une démission des États vers le secteur privé avec la vaine croyance qu’il va tout régler."

Toutefois, c’est des mouvements sociaux, tant internationaux que locaux, réunis dans un espace alternatif et autogéré qu’est venu la réaction la plus claire. Dans "La déclaration de Marrakech" adoptée le 17 novembre , ils affirment sans ambages que "Les mouvements et les organisations de la société civile constatent que les négociations internationales sur le climat ne parviennent à déboucher sur les politiques indispensables, et considèrent donc que continuer de construire le mouvement pour la justice climatique est une priorité....Nous n’attendrons pas les moments de négociation internationale pour nous réunir et travailler à notre convergence. La travail se fait depuis longtemps, se poursuit et continuera sur le terrain et au niveau des mouvements de base qui luttent localement pour un autre système, un autre monde."


Voir en ligne : Déclaration de Marrakech


Roger Rashi est coordonnateur des campagnes à Alternatives

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