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Accords de paix en Colombie

Finir la guerre, construire la paix en Colombie

Clara RODRIGUEZ, 31 août 2016

Le 24 août 2016, un accord de paix a été conclu entre le gouvernement colombien, dirigé par le président Juan Manuel Santos, et la plus ancienne guérilla de Colombie et d’Amérique latine, les Forces révolutionnaires de Colombie (FARC). Cet accord est d’une importance majeure parce que la guerre de 52 ans entre le gouvernement et la guérilla a créé des victimes au sein des deux armées ainsi que dans les populations rurales où la guérilla a séjourné. Les populations ont souffert du harcèlement des militaires et paramilitaires qui ont laissé d’innombrables victimes, orphelins, veuves, causant les déplacements forcés et les perte des terres et des cultures. Comme toute guerre laisse la désolation, cet accord de paix, bien que considéré imparfait dans quelques secteurs de la société colombienne, est préférable à une guerre parfaite. Il est nécessaire que les Colombiens, autant les victimes directes qu’indirectes de cette guerre, comprennent que l’importance de cet accord réside dans le fait qu’en état de guerre les seuls bénéficiaires sont l’armée et ceux qui, au coeur du chaos, réussissent à faire des affaires. La présence de la guérilla dans différentes régions du pays a justifié la naissance de groupes paramilitaires financés par les grands propriétaires des terres et du bétail pour se protéger contre les abus de la guérilla. Le budget national de la Colombie depuis l’existence même de la guérilla a acheminé d’énormes sommes d’argent pour la défense nationale au détriment de l’éducation et de la santé. Sur le plan du contrôle policier et militaire de la population face aux revendications sociales des syndicats, amérindiens, paysans, etc., les gouvernements colombiens antérieurs ont établi le Statut de la Sécurité nationale sous prétexte de la guerre pour faire des arrestations arbitraires, faire des perquisitions dans les maisons et même faire disparaitre des opposants politiques. Ce sont quelques exemples de ce que la présence d’une guérilla dans le pays peut générer comme choix budgétaires et pour la direction du pays.

Des essais antérieurs ont été effectués par différents gouvernements pour arriver à un accord de paix avec les FARC sans atteindre un consensus des parties impliquées dans cette guerre. Le succès de cet accord de paix avec le gouvernement Santos réside en ce qu’on a nommé un groupe de négociateurs civils et militaires efficaces et bien renseignés qui ont négocié avec les représentants de la guérilla pendant deux ans à La Havane en faisant face à tous les hauts et bas d’une négociation sur des sujets que les deux parties ont considérés vitaux pour mettre fin à cette guerre.

Cet accord est un succès politique et historique que les Colombiens devront appuyer le 2 octobre prochain quand le président Juan Manuel Santos soumettra l’accord via un référendum à la population colombienne. Déjà, des médias colombiens et les réseaux sociaux sont en train de diffuser le document final de l’accord afin que tous les Colombiens soient informés et votent en connaissance de cause.

Il y a des secteurs de la société colombienne qui se sont opposés au processus de paix depuis le début des négociations, menés alors par l’ex-président Alvaro Urive Vélez. Ils font circuler des opinions controversées pour miner la crédibilité des accords et diffusent par différents moyens des rumeurs qui produisent des craintes dans la population quant à la participation des guérilleros à la vie politique du pays. Ces peurs représentent bien tous ceux qui trouvent que l’intervention militaire est le seul moyen de faire face à l’opposition politique ou à un acte de rébellion. S’il y a quelque chose que nous devons proposer en Colombie, comme société, c’est qu’il faut affronter la pauvreté et les inégalités sociales en donnant l’espace à la participation sociale et politique des secteurs marginalisés pendant des décennies. Le renforcement des institutions démocratiques peut réussir avec la participation des personnes qui proviennent de différents secteurs représentatifs de la société et capables d’apporter connaissances, imagination et créativité. C’est là que réside le succès d’une société démocratique.

Si cet accord est signé et est approuvé par la société colombienne, c’est la fin de la guerre et le début de la consolidation des bases d’un processus de paix démocratique. Ceci implique plusieurs défis, d’une part économique, parce qu’on a besoin d’investissements sociaux de l’État pour donner habitation, santé, éducation, emploi, et justice dans les régions où les guérilleros vont s’établir. Pour l’instant, ces régions rurales ont vécu une absence de services de l’État et d’appui agricole et sont les régions où la guérilla a opéré militairement pendant la guerre.

Enfin, il y a aussi l’enjeu de la justice. Il faudra condamner et imposer des sanctions pour les délits commis pendant ces 52 ans de guerre. Il y a eu des otages, assassinats, massacres de populations, disparitions provoquées tant par la guérilla, les militaires et paramilitaires ; ces derniers financés par les grands propriétaires terriens qui ont profité de la guerre pour s’approprier d’autres terres. Étant donné que le sujet de la justice est délicat et pose beaucoup de questions au sein de la population colombienne, l’accord de paix conclu à La Havane prévoit la création d’un tribunal spécial pour la paix et des commissions de vérité qui auront pour mandat de réaliser les processus judiciaires et d’établir des sanctions selon les codes pénals colombien et international sans omettre que ces délits ont été commis dans un contexte de guerre.

Nous, les Colombiens, sommes dans un moment historique sans précédent et nous pouvons manquer le train si nous répondons de manière négative à cet accord de paix qui se présente comme une alternative pour en finir avec une guerre qui a eu un coût humain, social et économique très élevé.


Clara Rodríguez est une journaliste indépendante colombienne