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Les fausses mauvaises nouvelles

Claude Vaillancourt, 15 juin 2016

Certaines manchettes prêtent à confusion. D’après le ton utilisé, soutenu par un vibrato dramatique, nous avons l’impression d’être confrontés à une mauvaise nouvelle. À lire le titre, il est clair que les choses ne vont pas aussi bien qu’avant et que tout fout le camp. Mais à revenir attentivement sur le propos, on découvre qu’il s’agit en réalité d’un fait plutôt réjouissant.

Par exemple, Le Devoir rapportait une étude du FMI selon laquelle « un recul du Canada pourrait faire plomber plusieurs économies des Caraïbes ». Toute personne bien intentionnée serait portée à s’attendrir sur le sort de la population de cette région affectée par une baisse éprouvante des investissements canadiens.

Après réflexion, il vient cependant à l’esprit que les Caraïbes sont d’importants paradis fiscaux qui absorbent l’argent destiné à nos services publics et à nos programmes sociaux. Les « investissements » que l’on y fait ne sont pas du tout consacrés à l’économie locale.

Les paradis fiscaux sont d’ailleurs définis, entre autres, par le fait qu’ils ne génèrent aucune activité économique sur un territoire. Que ces juridictions de complaisance soient un peu moins utilisées, à cause des l’effet dissuasif des documents de Panama nous dit le FMI, n’est certes pas une mauvaise nouvelle.

Une manchette de Radio-Canada déplorait que du côté des « investissements miniers : le Québec glisse au 8e rang ». Tout va donc mal pour nos mines. Il n’y a pas si longtemps au sommet de ce palmarès des sociétés les plus accueillantes pour les investissements miniers, voilà que nous dégringolons. Et cela pour être exclus un jour de cette classification ? N’aimons-nous pas être toujours parmi les premiers ?

Ce que laisse entendre cette nouvelle, c’est surtout que le Québec est un peu moins à genou devant les compagnies minières, et qu’on a manifesté une certaine volonté — encore très faible, il faut le souligner — de les empêcher de tout prendre sans payer de redevances et de laisser des sites dévastés et pollués lorsqu’elles ont fini leur exploitation. Que le Québec se trouve exclu de ce palmarès serait la vraie bonne nouvelle.

« Les jeunes délaissent-ils la voiture ? » s’inquiète-t-on à La Presse. Non seulement achètent-ils moins d’automobiles, mais ils semblent insensibles aux belles campagnes de publicité ciblées qui associent la voiture à la liberté. Ils préfèrent leur téléphone. C’est donc tout un pan de l’économie qui risque de s’écrouler : adieu voitures neuves et rutilantes, publicité qui les accompagnent, pétrole en abondance, investissements dans les autoroutes… Comment survivrons-nous à un pareil recul ?

À l’heure des changements climatiques, cette attitude des jeunes envers les voitures est pourtant l’une des meilleures nouvelles qu’on puisse entendre. Se libérer du carcan de l’automobile, des bouchons de circulation, de combustibles dévastateurs pour l’environnement, utiliser les transports en commun et le vélo, faire une transition vers un autre mode de vie moins nocif pour notre planète, voilà ce que le gros bon sens nous dicte de faire. De nombreux jeunes l’ont bien compris.

Sur le site Branchez-vous, on fait part des soucis d’une grande multinationale : « Facebook s’inquiète de la montée des bloqueurs de pub ». En fait, l’ensemble des grands médias déplore l’existence de ces logiciels qui nous permettent de naviguer sans être bombardés par des publicités idiotes. Il faut cependant bien en comprendre les dangers. Sans publicité, c’est la capacité d’informer qui est menacée : comment nos médias pourront-ils survivre ?

La question est ici majeure et nous force à aborder les liens parfois pervers entre l’information et la publicité. Depuis l’apparition des grands médias, il va de soi que la publicité doit financer l’information. Et si ce lien, en vérité, n’était ni obligatoire ni naturel ? On peut se rappeler que les grandes entreprises — celles qui sont les plus à même de se payer la publicité la plus rentable pour les médias — se réservent le droit légitime d’intervenir sur un contenu qui leur déplait.

Les bloqueurs de pub permettent ainsi d’ouvrir un débat fondamental sur le financement de l’information. Actuellement, il est vrai que leurs effets négatifs sur les revenus de la profession journalistique sont réels. Mais on peut y voir l’occasion de lancer une réflexion en profondeur sur la façon de financer le journalisme, de manière à rendre cette profession plus libre et plus indépendante.

Nous pourrions continuer encore longtemps. Tout changement a forcément des effets positifs sur les uns et négatifs sur les autres. La recherche toute naturelle d’un certain sensationnalisme dans les médias les poussent à mettre l’accent sur ce qui va mal. Les lecteurs et lectrices doivent cependant distinguer le bon grain de l’ivraie et comprendre ce qui est réellement bon pour l’ensemble de la population, même si on ne les aiguillonne pas dans cette direction.

Avec l’été qui s’en vient, méditer sur les fausses mauvaises nouvelles nous offrira peut-être une occasion inattendue de nous réjouir.

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